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26 décembre 2014

Il était une fois ... Le Petit Poucet / Emmanuel Besnault / Théâtre du Lucernaire

"Rallume les étoiles"

Il était une fois ... Le Petit poucet, mon coup de coeur du OFF à Avignon en 2013 débarque à Paris. Un spectacle musical pour enfants - mais pas seulement - mis en scène par le talentueux Emmanuel Besnault. A voir au Lucernaire, du mardi au samedi pendant les vacances de Noël puis les mercredi, samedi et dimanche jusqu'au 8 mars 2015.

Retrouvez ci-dessous la critique écrite alors.

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Tout a commencé par une invitation via Twitter. L'auteur de la missive en moins de 140 signes : Emmanuel Besnault, metteur en scène de 21 ans à peine. A Avignon, il présente Il était une fois ... Le Petit Poucet au Théâtre au Coin de Lune, une petite salle à deux pas de La Luna.

La pièce, inspiré du fameux conte de Perrault, s'appuie sur un texte de Gérard Gelas, le patron du Théâtre du Chêne noir, institution avignonaise. La Compagnie de l'éternel été - quel joli nom ! - a un peu arrangé cela, y rajoutant quelques chansons fort entraînantes, reprises en chœur avec guitare, djembé et accordéon. On y retrouve le Petit poucet, devenu adulte et marquis, tentant de se remémorer son enfance. A ses cotes, des valets facétieux l'aident au mieux avec la complicité du public. 

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La jeunesse de cette troupe, la fraîcheur de leur jeu est ce qu'il y a de mieux pour affronter la chaleur de plomb des après-midi avignonais. Un boite en bois sur roulette, théâtre dans le théâtre, permet une mise en scène pleine de facéties. Rarement un spectacle pour enfant m'aura autant fait rire. C'est régressif à souhait et la nouvelle fin trouvée à cette histoire vous régalera au sens propre.


Encore un mot sur ce tout jeune metteur en scène. Emmanuel Besnault n'a donc que 21 ans mais déjà pas mal d'année de théâtre derrière lui. Pur Avignonais, il évolue sur les planches depuis l'age de 15 ans. Il y a quelques semaines, il a réussi le concours d'entrée au Conservatoire National Supérieur d'art dramatique. Trois années d'études qui le force à repousser quelques projets de mise en scène m'a-t-il expliqué autour d'un coca après la représentation (une si gentille invitation en impliquait forcément une autre de ma part). Ses metteurs en scène préférés ? Ostermeier et Laurent Pelly... une réponse qui ne pouvait me rendre le personnage que plus sympathique. 

Alors si vous êtes à Avignon - avec ou sans enfant - allez découvrir cette fabuleuse histoire. Quant à moi, je garde un œil sur cet autre petit poucet qu'est Emmanuel Besnault. Deviendra-t'il marquis, comédien, metteur en scène ? Qui sait, s'il trouve des bottes de 7 lieues, directeur du festival In dans 20 ans ? Gageons en tout cas que cette pièce n'est que l'un des premiers cailloux qu'il sèmera sur le chemin qui conduit au succès.

Il était une fois ... Le Petit Poucet d'après le conte de Charles Perrault. Texte de Gérard Gélas, mise en scène et scénographie Emmanuel Besnault. Avec Johanna Bonnet ou Elisa Oriol, Benoît Gruel, Deniz Türkmen, Schemci Lauth, Maïa Liaudois, François Santucci et Manuel Le Velly. 
Au théâtre du Lucernaire, jusqu'au 8 mars 2015, les mercredis et samedis à 15h (du mardi au samedi pendant les vacances scolaires à 15h), les dimanches du 8 janvier au 8 mars 2015 à 15h
Relâche 25 décembre, 1er janvier et les 1er, 7 et 18 février
Dès 5 ans. Durée : 55 minutes. 

30 juin 2014

Coup de théâtre(s) / Sébastien Azzopardi - Sacha Danino

Presque deux mois sans billet sur le blog ... mais j'ai une bonne excuse : un "projet" au long court qui me prend beaucoup d'énergie et me tient loin des salles de théâtres. Je vous en dirai plus prochainement.

D'ici là - et en attendant le début du festival d'Avignon - voici  un vidéo de la pièce Coup de théâtre(s), actuellement à l'affiche à la Gaité Montparnasse. Sébastien Azzopardi et Sacha Danino nous y conte l'histoire du théâtre dans un esprit à la fois érudit et potache. A voir tout l'été à Paris. 

Un reportage réalisé pour France 3 Ile-de-France

Coup de théâtre(s) de Sébastien AZZOPARDI et Sacha DANINO. Avec Benoit CAUDEN, Alyzée COSTES, Alexandre GUILBAUD, Nicolas MARTINEZ, Laurent MAUREL, Olivier RUIDAVET, Salomé TALABOULMA. Au Théâtre de la Gaîté Montparnassejusqu'au 27 septembre 2014, du mardi au samedi à 21h, le samedi à 17h,. Réservations au 01.43.22.16.18 

03 mars 2014

Invisibles de Nasser Djemaï / Reprise au Théâtre des Quartiers d'Ivry

"Ça te tombe sur la gueule
comme une brique"

Parler de ceux que l'on a oubliés au fond de leur foyer Sonacotra : voilà la tâche que s'est fixée Nasser Djemaï. Avec Invisibles - dont il signe le texte et la mise en scène - il nous raconte la douloureuse histoire des chibanis*, ces travailleurs immigrés, aujourd'hui retraités, coincés en France pour faire valoir leurs droits à la retraite. Après le Théâtre 13, la pièce est reprise au Théâtre des Quartiers d'Ivry du 5 au 15 mars 2014.

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Photo : Philippe Delacroix

Combien sont-ils à Belleville, en Seine-Saint-Denis ces oubliés ? Impossible à dire ... Sur la scène, ils sont cinq, dans un décor fait de meubles en formica. Autour de la table, on joue au domino, on se raconte des souvenirs. Un univers bien réglé dans lequel fait irruption Martin. Le jeune homme vient de perdre sa mère. Dans une dernière lettre, cette dernière lui a livré l'adresse de ce foyer, début de piste pour trouver des informations sur un père inconnu.

Par les yeux de ce trentenaire, on découvre le quotidien des chibanis. Comme lui, on est émus par leur sort, leur difficultés pour subsister. On est révoltés aussi par cette impasse administrative : de faibles retraites complétées par le minimum vieillesse. S'ils rentrent chez eux, ils perdront ce complément et leur couverture de santé, et ce, malgré de longues années de labeur, souvent dans des métiers pénibles. Il y a aussi ceux  dont les dossiers sont incomplets, documents perdus ou employeurs peu scrupuleux... Alors ils restent ici, dans le confort spartiate de chambres de 5 mètres-carré avec sanitaires en commun. 

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Photo : Philippe Delacroix

Pour construire ce récit poignant, Nasser Djemaï a patiemment collecté des témoignages dans les foyers. Pas facile de faire se délier les langues : à force d'être oubliés de tous, les chibanis ont appris à devenir invisibles. L'auteur - metteur en scène a su comprendre et nous transmettre leurs douleurs. Celle d'avoir laissé leur famille de l'autre côté de la Méditerranée, de ne pas avoir vu grandir leurs enfants, de ne rentrer chez eux que quelques semaines en été, d'économiser au maximum pour envoyer un mandat chaque mois. La douleur aussi d'avoir été un peu floués, de se retrouver vieux et pauvres dans un pays étranger en ayant travaillé toute sa vie. L'histoire de Martin n'est pas le cœur de la pièce, simplement une passerelle pour pénétrer ce monde clos.

Reportage réalisé pour France 3 Ile-de-France
(rédaction : Isabelle Dupont, images : Audrey Natalizi, son : Mohamed Chekoumy)

Ce récit est poignant mais pas larmoyant. En partie grâce aux comédiens Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Azize Kabouche et Kader Kada qui insufflent à ces hommes une grande dignité. Lounès Tazaïrt lui incarne Driss, personnage le plus attachant de la pièce. Loin d'être aigri, le vieil homme est un être lumineux, rempli  de bienveillance. Un personnage positif qui parvient, au milieu de ce sujet difficile, à apporter une bouffée d'optimisme. C'est là toute la force de cette pièce.

*En arabe, le mot veut dire "cheveux blancs".

Invisibles, texte et mise en scène Nasser Djemaï. Avec David Arribe, Angelo Aybar, Azzedine Bouayad, Azize Kabouche, Kader Kada, Lounès Tazaïrt et la participation de Chantal Mutel. 
Au Théâtre 13 / Jardin (métro Glacière) mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30, jusqu'au 20 octobre 2013. Durée 1h40

Les dates de la tournée
> Théâtre Firmin Gémier / La Piscine – Châtenay-Malabry 26 novembre 2013 
> ATP, Gare du midi – Biarritz 5 décembre 2013
> Théâtre Romain Rolland – Villejuif 13 décembre 2013
> Fontenay en scènes – Fontenay-sous-bois 5 février 2014
> Théâtre des Quartiers d’Ivry du 5 au 15 mars 2014
> Théâtre du Cormier – Cormeilles-en-Parisis 25 mars 2014
> Théâtre de Goussainville 27 mars 2014
>  Espace culturel Boris Vian – Les Ulis 6 mai 2014
> Théâtre de Rungis 16 mai 2014

hors IDF
> Théâtre Théo Argence – Saint-Priest 21 mars 2014
> Salle CO2 – La Tour de Treme, Suisse 5 avril 2014
> Théâtre Beno Besson – Yverdon-les-Bains, Suisse 8 avril 2014
> Théâtre de Vevey – Suisse 11 avril 2014
> Théâtre national – Nice 17 et 18 avril 2014
> Théâtre La Colonne – Miramas 23 mai 2014 

 

Pour aller plus loin ...

Une mission parlementaire sur les "immigrés âgés" a remis un rapport cet été. Parmi les pistes proposées : une allocation remplaçant le minimum vieillesse pour permettre à ces retraités de rentrer chez eux.

 

03 janvier 2014

Un point sur la situation à la Comédie-Italienne

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Photo : Mirco Magliocca

C'est un rendez-vous raté : courant décembre, j'avais pris date avec Attilio Maggiulli, le directeur de la Comédie Italienne, pour une interview début janvier. Nous devions évoquer le 40e anniversaire de ce théâtre, situé rue de la Gaîté à Paris et spécialisé dans la Commedia dell'arte, et parler aussi de sa mise en scène de Noblesse et bourgeoisie de Goldoni, actuellement à l'affiche.

Les événements en ont décidé autrement : le 26 décembre, le directeur de la Comédie Italienne, lassé de voir son théâtre sombrer financièrement dans l'indifférence, a foncé avec sa voiture sur les grilles de l'Elysée. Deux jours avant, presque au même endroit, il avait brûlé un mannequin à l'effigie d'Arlequin. Un acte désespéré qui lui vaut d'être depuis une semaine interné en hôpital psychiatrique.

 

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Photo : Mirco Magliocca

A la Comédie Italienne, le spectacle continue. Les dix comédiens assurent deux représentations par jour durant les vacances scolaires : en plus de Noblesse et bourgeoisie, chaque soir, un spectacle pour enfants est proposé l'après-midi. Hélène Lestrade, comédienne et épouse d'Attilio Maggiuli, et Claudine Simon, l'assistante du metteur en scène, assurent la continuité, le coeur en berne. Autour d'elles, les soutiens s'organisent. Un appel aux dons a été être lancé ainsi qu'une pétition pour sauver le lieux.

A défaut d'interviewer Attilio Maggiulli, j'ai pu, dans le cadre d'un reportage pour France 3 Ile-de-France aller à leur rencontre pour tenter de comprendre comment l'homme de théâtre en est arrivé là (images Pierre Lassus, montage David Robert):

Depuis plusieurs années, la Comédie-Italienne est exsangue. La jauge est petite - une centaine de places - et le prix du billet n'a pas augmenté depuis 2000 afin de permettre au plus grand nombre de découvrir la commedia dell'arte. Les subventions, elles, ont fondu. Ici, on joue la même pièce une année entière alors que les aides désormais se consacrent surtout à la création. Des masques et des costumes ont du être vendus pour payer les factures, essayer de gagner du temps. On a renoncé à la musique pour ne pas avoir de droits à payer et ainsi réduire les frais... 

Voilà la situation dans laquelle Attilio Maggiuli se débat depuis des années jusqu'à son pétage de plomb du 26 décembre. Le terme n'est pas élégant mais comment décrire autrement cet acte ? Si les médias l'ont présenté comme un acteur du film Les bronzés font du ski (triste raccourci!), Attilio Maggiuli est un homme de théâtre au parcours enviable : formé par Giorgio Strehler au Piccolo Teatro de Milan, il a travaillé avec Ariane Mnouchkine et Jean-Paul Roussillon avant de créer en 1974 la Comédie Italienne.

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Pour lui venir en aide, une pétition a été lancée. Vous pouvez aussi envoyer vos dons (à Comédie Italienne 17-19 rue de la Gaîté 75014 Paris) ou un message de soutien par mail (sauvonslacomedieitalienne@orange.fr). Vous pouvez aussi tout simplement aller voir Noblesse et bourgeoisie. 

06 novembre 2013

La Taverne Munchausen par la Compagnie des Femmes à barbes / Le Monfort

"Ne serait-ce pas le présage que je me mets
dans une histoire qui va m’entraîner loin ? "

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C'est un spectacle dont il ne servirait à rien de vous raconter l'histoire : elle change chaque soir ! Et pour dire vrai, il ne s'agit pas d'une mais de tas d'histoires, inventées par les comédiens au fil de la soirée. De l'impro façon siècle des Lumières.  La Taverne Münchausen s'installe pour quelques soirées au Monfort Théâtre et croyez moi, c'est un vrai régal ! 

Münchausen en hommage bien sûr au Baron du même nom, baron dont les histoires farfelues valent bien celles que nous narrent les comédiens de la Compagnie des Femmes à Barbes. A tour de rôle, les quatre personnages, nobles déchus en quête de quelques écus à gagner lors de cette "joute verbieuse", tirent un sujet au sort et se lancent dans un récit. Les trois autres ont le droit d'intervenir pour ajouter un détail à l'anecdote. et l'on découvre vite que ces interventions sont de vraies chausse-trappes, amenant le récit dans des contrées qui dépassent l'imaginaire.

Autour de la table, du beau monde ! S'étaient donnés rendez-vous ce soir-là le Marquis Stanislas de la Hulotte (Stanislas Hilairet), la Marquise Carmen Maria de la Nadividad (Lula Hugot)Dom Pedro de la Mancha (Pépito Matéo) et la Comtesse Olympe Paschassés de Montalenvert (Miren Pradier). Tous vêtus de leurs plus beaux atours, mouches et perruques XXL poudrées compris.  Sous la direction du maître des joutes (Gwen Aduh qui signe la mise en scène et veille à donner du rythme à ces drôles d'histoires), nous avons ainsi pu découvrir comment l'un des personnages a contribué à l'emprisonnement de Voltaire à Sully, comment un autre a inventé la crème Chantilly ou encore comme une troisième a été amenée à offrir un oignon à la maîtresse du roi. Autant de récits abracadabrantesques qui rendent le public hilare. En seconde partie, c'est au public de proposer des histoires. Instant de délice lorsque sa propre idée est tirée au sort ! 

Deux autres versions du spectacle existent : le Saloon Münchausen qui nous entraine, sur le même principe, au Far West et Super Münchausen où les impro sont signées par des super héros. On se laisserait bien tenter à nouveau !   

 La Taverne Münchausen, joutes verbieuses et improvisations façon 18e siècle par la Compagnie des Femmes à Barbes, mise en scène Gwen Aduh. Avec en alternance Gwen Aduh, Arnaud Aymard, Aurélie de Cazanove, Jeanne Ferron, Stanislas Hilairet, Lula Hugot, Pépito Matéo, Yann de Monterno, Calixte de Nigremont, Miren Pradier, Valérie Véril, Jennie Anne Walker.

Au Monfort Théâtre, les 12 AU 14 DÉCEMBRE et du  4 AU 7 JUIN. Réservations : 01 56 08 33 88
Le spectacle est également présenté régulièrement à La Nouvelle Eve

25 octobre 2013

Audrey Dana et Sami Bouajila, un couple sur le "Ring" au Petit Saint-Martin

La vie est un combat, l'amour encore plus ! Sur la scène du Théâtre du Petit Saint-MartinAudra Dana et Sami Bouajila nous le démontrent dans Ring, texte Léonore Confino et  mise en scène de Catherine Schaub.

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Photo : Bernard Richebé

Ring, c'est l'anneau, l'alliance mais c'est surtout un lieu de lutte, de joute verbale entre Audrey Dana et Sami Bouajila. Au travers de 18 courtes scènes - comme autant de rounds - les deux comédiens incarnent toutes les situations du couple, de la drague à la disparition de l'être aimé.

Et qu'il en faut de l'énergie pour passer en un quart de secondes de situations et de sentiments totalement différents ! Tout y est : la jalousie, la colère, le désir, la peur, la tristesse ... le tout avec beaucoup d'humour et en évitant les clichés. 

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Photo : Bernard Richebé

Au milieu d'un décor sobre - peu d'accessoires mais un plan incliné sur lequel sont projetés textes et lumières - les deux comédiens sont épatants. Coup de cœur pour une des saynètes finales où on les découvre en boite de nuit, victime d'un rendez-vous arrangé. Tout les oppose, ils sont bien d'accord là-dessus, mais l'alcool aidant, la soirée n'évolue pas vraiment selon leur prévision ...

On rit beaucoup devant ces situations. Les répliques - bien écrites - fusent et le tempo effréné ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. Un spectacle bien distrayant que je vous conseille donc. Petit avant-goût avec la bande-annonce: 

Ring de Léonore Confino, mise en scène Catherine Schaub. Avec Audrey DAna et Sami Bouajila. Au Théâtre du Petit Saint-Martin, du mardi au vendredi à 21 heures, samedi à 16 heures et 21 heures, jusqu'au 4 janvier. Réservations au  01 42 08 00 32.

20 octobre 2013

Un bon petit diable et Boucle d'or : deux spectacles pour enfants au banc d'essai

Loin des grosses productions avec danseurs par dizaines et costumes XXL, ce sont deux pièces pour enfants plus intimistes que j'ai testées pour vous. Un Bon Petit diable et Boucle d'or - une étrange affaire sont à voir pendant les vacances de la Toussaint (et même après !)

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Photos : Luca Malterre

D'Un bon petit diable, je garde en mémoire ma frayeur d'enfant devant Alice Sapritch incarnant l'horrible veuve Mac'Miche dans le film de Jean-Claude Brialy. Sur la scène d'A la Folie théâtre, la vieille femme vénale (Caroline Marchetti) - qui affame son pupille Charles (Raphaël Poli) et le met finalement en pension pour capter son héritage, -est plus ridicule qu'effrayante.

Cette adaptation s'adresse clairement aux jeunes enfants et s'attache au début de l'histoire de la Comtesse de Ségur. Le spectacle vire au numéro de clown mais les clowns font toujours rire les enfants même quand ils ont recours à des subterfuges aussi éculés qu'un coussin péteur...

On retiendra surtout le personnage de Betty (Charlotte Popon), domestique façon Mary Poppins qui insuffle quelques grammes de magie et de féerie dans l'histoire. Les décors sont simples mais les accessoires et les costumes soignés. La pièce ravira les enfants mais frustrera un peu les parents nostalgiques de l'oeuvre originale.

 

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Photos : Maud Bernos

Au Lucernaire, c'est une enquête autour de l'histoire de Boucle d'or qui nous est proposée. Boucle d'or - Une étrange affaire décortique le conte de façon ultra-pédagogique. Etape 1 : comprendre pourquoi Boucle d'or s'est échappée de chez elle. Etape 2 : que faire si l'on croise un ours ? Et la magie dans tout ça me direz-vous. Qui sait, peut-être que Boucle d'or et Petit ours sont restés en contact, peut-être même qu'ils sont à présent amis et confidents l'un de l'autre ? 

Sur scène, les deux comédiennes déplient des trésors d'inventivité pour construire cette "enquête". En guise de décor, des patchworks en tissus sur lesquels des mobiles se dessinent en ombres chinoises grâce à des lampes de poches. Magie et poésie de l'enfance, un peu comme quand on raconte des histoires sous les couvertures. La maison des trois ours, elle, est une magnifique maquette en carton. 

Le spectacle est lui aussi pour les tout-petits (à partir de 4 ans) mais les parents ne pourront pas lutter contre une certaine régression. On fond un peu devant cette création ! 


Un Bon petit diable d'après la Comtesse de Ségur, adaptation Rébecca Stella et Danielle Barthélemy, mise en scène Rébecca Stella. Avec Caroline Marchetti, Charlotte Popon et Raphaël Poli. A la Folie Théâtre, jusqu'au 11 janvier 2014, samedi à 18h15, dimache à 15, réprésentations supplémentaires les 2 et 3 janvier 2014 à 18h15. Réservations au 01 43 55 14 80. 
Boucle d'or - Une étrange affaire de Florence Le Corre, mise en scène  Isabelle Hazaël. Avec (en alternance) Mia Delmaë, Flore Grimaud, Rachel Huet-Bayelle, Florence Le Corre. Au Lucernaire, jusqu'au 8 février 2014, les mercredis et samedis à 16h30, du mardi au samedi pendant les vacances scolaires à 16h30. 

23 septembre 2013

Acrobates de Stéphane Ricordel et Olivier Meyrou / Le Monfort Théâtre

Au printemps dernier, j'ai été très émue par Acrobates présenté au Théâtre Silvia Monfort. Le spectacle y est repris du 24 septembre au 19 octobre 2013. Ode à la vie, l'amitié, le souvenir, cette création de Stéphane Ricordel (mise en scène) et Olivier Meyrou (dramaturgie) allie vidéos et acrobaties. Voici l'article que j'avais écrit après avoir vu ce spectacle. 

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Au coeur du projet, il y a Fabrice Champion. Membre de la compagnie les Arts Sauts, le trapéziste est devenu tétraplégique en 2004 à la suite d'un accident en répétition. Olivier Meyrou a fait de sa rééducation un documentaire intitulé Acrobate (au singulier cette fois).  De larges extraits de cette oeuvre émaillent la spectacle. On y voit Fabrice tenter de donner un nouveau sens à sa vie, de rester acrobate malgré tout, aidé de ses amis Alexandre Fournier et Matias Pilet. Fabrice est décédé depuis... Alexandre et Fabrice sont toujours acrobates. C'est l'essence même de leur vie. Sur la scène, ils expriment par leurs mouvements leurs émotions face à cette épreuve.

 

Le metteur en scène du spectacle, Stéphane Ricordel (par ailleurs co-directeur du Monfort) a bien connu Fabrice Champion puisqu'il est l'un des fondateurs des Arts Sauts avec Laurence de Magalhaes (l'autre co-directrice du Monfort). L'amitié est ainsi le thème central du spectacle. L'amitié au delà du deuil et l'amitié entre ceux qui restent. Et plus largement la notion d'entraide et de confiance, primordiale dans l'acrobatie. Se soutenir, tendre la main, compter sur l'autre : dans ce domaine, ces expressions courantes prennent une autre dimension. 

L'histoire de Fabrice nous est présentée avec pudeur, à mots couverts. Extraits visuels ou juste sonores tandis qu'Alexandre et Mathias évoluent sur le plateau. Par leurs gestes, ils illustrent la souffrance de perdre le contrôle de son corps lorsque l'on est acrobate. Ils exprimeront aussi la douleur face à la mort puis l'élan vital qui demeure le plus fort. On passe aussi de l'ombre à la lumière.

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La grâce et la fluidité de leurs mouvements  nous font  perdre de vue les exploits physiques qu'ils mettent en oeuvre pour défier la gravité. Ce ne sont pas des gymnastes qui sont sous nos yeux mais des artistes qui véhiculent des émotions. La scénographie contribue aussi à faire de ce spectacle un hymne à la vie : la nature est sans cesse célébrée sur les écrans sur lesquels les acrobates évoluent.  

En un mot, un spectacle magnifique qui nous saisit aux tripes, nous laisse à la fois chamboulés et éblouis par ce que les gestes de ces acrobates arrivent à transmettre au delà des mots.  

Acrobates, mise en scène Stéphane Ricordel, dramaturgie et film Olivier Meyrou. Avec Alexandre Fournier et Matias Pilet. Au Monfort Théâtre  du 24 septembre au 19 octobre 2013. Réservations : 01 56 08 33 88.
Durée : 1h15 

En tournée :
les 9 & 10 janvier 2014 au Théâtre La Passerelle/Scène Nationale des Alpes du Sud à Gap,
du 13 au 19 janvier 2014 au Cirque-Théâtre d’Elbeuf

18 septembre 2013

Macbeth de Shakespeare / Laurent Pelly / Théâtre des Amandiers (Nanterre)

"C'est un glas qui t’appelle au ciel ou en enfer"

L'affiche toulousaine nous avait fait saliver : Macbeth de Shakespeare, mis en scène par Laurent Pelly avec dans le rôle titre Thierry Hancisse, accompagné de Marie-Sophie Ferdane et Emmanuel Daumas. Le déplacement dans la ville rose ne fut finalement pas nécessaire : le spectacle est programmé au Théâtre des Amandiers à Nanterre jusqu'au 13 octobre 2013.

Pelly, Hancisse, Ferdane ... le trio a déjà collaboré pour l'Opéra de quat'sous à la Comédie-Française. Le metteur en scène toulousain a cette fois entraînés les deux comédiens loin de la maison de Molière. Et cette distribution est un coup de maître. Si l'on ne doutait pas un seul instant du talent de Thierry Hancisse, Marie-Sophie Ferdane, dans le rôle exigent de Lady Macbeth (l'un des plus durs du répertoire disent les anglo-saxons) se révèle comme une grande comédienne, passant de la détermination froide à la folie. 

Choix de costumes contemporains pour cette intrigue qui se déroule, rappelons-le, au XIe siècle. Macbeth, guerrier triomphant, est le thane - comprenez le seigneur - de Glamis. De retour du combat, il rencontre trois sorcières qui l'interpellent sous le titre de thane de Cawdor et de roi. Or, quelques instants plus tard, il se voit effectivement récompensé de ses efforts au combat par le titre de thane de Cawdor ... Il n'aura de cesse alors que de faire se réaliser le reste de la prophétie, poussé en cela par son épouse, l'impitoyable Lady Macbeth.

La soif du pouvoir et la folie qui en découle : les thèmes centraux de cette pièce se retrouvent dans la scénographie. Un trône bien trop grand, des murs qui se déplacent au fil des scènes comme un labyrinthe ... Les lumières sont extrêmement travaillées, jouant souvent le contre-jour et transformant ainsi les comédiens en ombres sur l'avant-scène. C'est graphiquement très beau mais aussi très oppressant. Au loin, le tonnerre gronde. 

Pas toujours évident de maintenir le public en haleine pendant 3h20. Laurent Pelly réussit à nous captiver jusqu'au bout faisant presque de cette histoire un thriller. Hypnotisant.

Macbeth de William Shakespeare, mise en scène, scénographie et costumes Laurent Pelly. Avec Thierry Hancisse de la Comédie-Française, Marie-Sophie Ferdane, Pierre Aussedat, Emmanuel Daumas, Rémi Gibier, Benjamin Hubert, Eddy Letexier, Régis Lux, Laurent Meininger, Ronan Rivière, Fabienne Rocaboy, Jean-Benoît Terral,Damien Vigouroux. Au Théâtre Nanterre-Amandiers, jusqu'au 13 octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le jeudi à 19h30 et le dimanche à 15h30 (relâche lundi). Réservations au 01 46 14 70 00 

17 septembre 2013

L'Ecole des femmes de Molière / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Oui mais qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche
on rie aussi de lui."

Il y a de nombreuses façons de monter L'Ecole des Femmes. On peut en faire une pièce sombre façon fait divers sordide où Arnolphe serait un tortionnaire qui séquestre une enfant. On peut aussi faire rire avec cette histoire : c'est le choix de Philippe Adrien qui met en valeur la farce dans la pièce de Molière. A voir au Théâtre de la Tempête jusqu'au 27 octobre 2013.

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Photo Laura Mariani

La scénographie est des plus élégantes. Sur l'avant-scène, un chemin de gravier. Un parquet en bois clair et un petit champ planté de choux occupent le milieu du plateau. C'est la demeure d'Arnolphe, séparée de la rue par un mur invisible. Pour y accéder, on emprunte au choix une porte à jardin ou une autre à cour. Tout au fond, dissimulée derrière un tulle qui devient opaque lorsque la lumière décroit, il y a la chambre d'Agnès, cellule de couvent ou la jeune fille est recluse comme une novice.

Tout cela est très lumineux, à l'image de cette mise en scène. Loin d'être effrayant, Arnolphe (Patrick Paroux) devient ici le dindon de la farce, personnage ridicule aux dépens de qui on rit. Agnès, elle, est lumineuse d'intelligence. Valentine Galey qui incarne la jeune fille est la révélation de cette pièce. Elle esquive avec merveille le piège de la mièvrerie pour nous livrer une Agnès, pleine de bon sens et d'aplomb malgré son éducation.

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Photo Laura Mariani

Mimiques, portes qui claquent, personnages caricaturaux  comme ce notaire bourré de tics nerveux ou Enrique et Oronte, les pères d'Agnès et Horace, relookés en Quakers (ou peut-être s'agit-il d'Amish, je ne sais pas exactement) : tout est fait - et bien fait - pour que l'on rit. 

Le rire, c'est ce qui a guidé Philippe Adrien dans cette mise en scène, comme dans celle du Dindon de Feydeau il y a deux ans. Le directeur du Théâtre de la Tempête explique son travail dans la vidéo suivante (réalisée par Visioscène). 

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien. Avec Raphaël Almosni, Vladimir Ant, Gilles Comode, Pierre Diot, Joanna Jianoux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre et Patrick Paroux. Au Théâtre de la Tempête, juqu'au 27 Octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36