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06 juin 2012

Escapade londonienne (épisode 1) : "Beaucoup de bruit pour rien" séduit les anglais

Je dois ici faire amende honorable : j'avais promis de vous faire un compte-rendu détaillé, depuis Londres, de la représentation de Beaucoup de bruit pour rien mais les divertissements londoniens ont eu raison de ma motivation ... De retour à Paris, je me rattrape donc.

Voici, pour commencer, un diaporama des lieux (cliquez sur la photo pour le visualiser)

beaucoup de bruit pour rien,shakespeare,globe theatre,clément poirée,bruno blairet,londonComme je vous le disais précédemment, le Shakespeare's globe theatre accueille depuis plusieurs semaines le festival "Globe to Globe".

Outre-Manche, royaume des "public relations", on ne plaisante pas avec la gestion des informations et donc des journalistes. J'ai donc dû me faire accréditer pour le "media call". Petite explication sur cette coutume toute anglo-saxonne qui consiste à convoquer toute la presse en même temps pour assister à une courte répétition et interviewer le metteur en scène et les comédiens. Un exercice qui a ses limites : à deux heures de la représentation, les répétitions étaient bien évidemment terminées et - en ce week-end de Jubilé Royal - les journalistes étaient peu nombreux au rendez-vous : j'étais toute seule !

beaucoup de bruit pour rien,shakespeare,globe theatre,clément poirée,bruno blairet,londonLe media call s'est donc transformé (et c'est tant mieux !) en une interview de Bruno Blairet, génial interprête de Benedict dans le spectacle. L'occasion pour lui de s'enthousiasmer sur ce projet qui montre à quel point les anglais ont "compris que Shakespeare appartenait au monde entier." Et c'est en vrai amoureux de ce dramaturge qu'il évoque cela, lui qui a déjà joué dans Le Roi Lear et qui souligne ne pas vouloir quitter Benedict de si tôt (le comédien fera d'ailleurs partie de la tournée la saison prochaine). A quelques dizaines de minutes de la représentation - et malgré le peu de temps de répétitions in situ, quelques heures seulement -  on sentait le comédien impatient de jouer la pièce dans son écrin originel.

Et quel écrin ! Pour avoir vu la pièce cet hiver au Théâtre de la Tempête, je peux vous dire que cette représentation-là n'avait rien à voir. En plein air - on entendait les oiseaux piailler mais aussi les avions passer - et sans décor, les comédiens ont vraiment joué avec toute leur énergie et leur enthousiasme. La salle, elle même, ne répondait pas de la même façon : plus dissipée, certes - au Globe, on peut boire sa pinte de bière en regardant le spectacle - mais aussi plus participative avec des chahuts sur les répliques mordantes et des sifflets sur les scènes de baisers. Sans oublier l'ovation finale, des plus chaleureuses. Un véritable retour aux sources en somme car ne l'oublions pas, loin de l'atmosphère un peu trop guindée que nous connaissons aujourd'hui, le théâtre est avant tout un art populaire.

02 février 2012

"Les femmes savantes", mise-en-scène de Marc Paquien au Théâtre de La Tempête

femmes savantes.jpg

« Quand on sait entendre,
on parle toujours bien.  »

Une mise-en-scène un peu sage, voilà mon opinion sur Les femmes savantes proposées par Marc Paquien au Théâtre de la Tempête. Si le metteur-en-scène (à qui l'on doit aussi Oh Les beaux jours de Beckett avec Catherine Frot, actuellement au Théâtre de La Madeleine) glisse ça et là quelques fantaisies, l'ensemble manque un peu de panache. Attention : on est loin du ratage. La qualité de ce spectacle est tout à fait acceptable. Mais il manque ce je-ne-sais-quoi qui vous fait ressortir de la salle la tête dans les étoiles, qui vous fait dire "waouw, j'ai passé un moment génial !"

Côté scénographie, une partie du spectacle se déroule dans un décor faisant penser à un atelier d'artiste  ; l'autre sur l'avant-scène, devant un rideau bleu"Ces femmes savantes évoluent dans un lieu imaginaire qui fait surgir l'action, qui élance les corps des comédiens vers la rampe" explique Marc Paquien dans sa note d'intention.

La distribution est, quant à elle, inégale. Agathe Rouillier (Armande), Matthieu Marie (Clitandre) mais surtout Daniel Martin (Chrysale) et François de Brauer (Trissotin) parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Les Femmes savantes de Molière, mise en scène Marc Paquien. Avec Anne Caillère, François de Brauer, Eric Frey, Jany Gastaldi, Nathalie Kousnetzoff, Matthieu Marie, Daniel Martin, Pierre-Henri Puente, Alix Riemer et Agathe Rouillier. Au Théâtre de La Tempête, jusqu'au 19 février. Réservations par téléphone  : 01 43 28 36 36  ou mail : billetterie@la-tempete.fr. 

22 janvier 2012

Au Théâtre Mouffetard, Ophélia Teillaud et Marc Zammit mettent en scène "Phèdre" sans artifice

  "Ciel ! Que lui vais-je dire
et par où commencer?"

phèdre,racine,ophélia teillaud,marc zammit,ayouba ali,mona el yafi,véronique boutonnet,camille metzger,théâtre mouffetardConceptuelle et depouillée : voilà les deux adjectifs qui pourraient le mieux qualifier cette version de Phèdre présentée au Théatre Mouffetard. Un plateau entièrement nu, un drapé noir en fond de scène ... Pas de décor et pas d'accessoires, les comédiens évoluent d'un halo lumineux à l'autre et le reste de la scène est plongé dans la pénombre.

Ophélia Teillaud et Marc Zammit, les deux metteurs en scène, (également présents sur scène, elle dans le rôle titre, lui interprétant Thésée et Théramène) évoquent dans une note d'intention une volonté de "plonger à corps perdu dans l'expérience du langage". Et cela se traduit par un véritable engagement physique de la part des comédiens lorsqu'ils déclament leur texte. On en arrive ainnsi parfois à la danse : dans le rôle d'Hippolyte, Ayouba Ali va même jusqu'à faire des figures de capoeira entre deux alexandrins. Belle maitrise technique du souffle et de la diction pour arriver à cela !

Reste que le résultat peu sembler un peu aride et difficile d'accés. Le spectateur doit, lui aussi, adhérer à cette plongée dans le texte, accepter ce jeu d'ombre et de lumière qui masque parfois un peu le visage des comédiens. Cette version de Phèdre, très recherchée dans sa forme, pourrait déconcerter un public non averti.

Phèdre de Racine, mise en scène Ophélia Teillaud et Marc Zammit. Avec Ayouba Ali, Mona El Yafi, Véronique Boutonnet, Camille Metzger, Ophélia Teillaud et Marc Zammit. Au Théâtre Mouffetard, jusqu'au 25 février. 2012.  Réservations au 01 43 31 11 99.

08 janvier 2012

A l'Odéon, Castorf mutile La Dame aux Camélias ...

"On ne joue pas
avec les ustensiles de cuisine"

Je sais : j'avais dit, au lancement de ce blog, "Quand je n'aime vraiment pas, je n'en parle pas". Cependant, vos quelques messages à ce sujet me donnent à penser que des billets de ce genre vous permettent, aussi, de mieux choisir les spectacles que vous allez voir.

Hier soir avait lieu la première de La Dame aux Camélias à l'Odéon - Théâtre de l'Europe, mise en scène par Franck Castorf. Un spectacle dont j'ai vu la première partie seulement : je suis partie à l'entracte. C'est la première fois que cela m'arrive ...

Sachez donc que, si comme moi vous avez des goûts assez classiques en matière de théâtre et si, en outre, vous adorez cette oeuvre, vous risquez d'être déconcertés par ce spectacle.

Principalement parce que cela n'a pas grand chose à voir avec l'ouvrage d'Alexandre Dumas fils. Quelques passages de l'oeuvre y sont cités, certes, mais noyés au milieu d'autres textes (renseignements pris, il s'agit de textes érotiques de Georges Bataille et des extraits de La Mission de Heiner Müller) et de dialogues en russe, en anglais, en allemand.

Le décor à présent : côté face, un bidonville ; côté pile, des vitres et des néons faisant penser à une boite de nuit ou un club de strip-tease. A cela, il faut ajouter des poules vivantes (peut-être en référence aux cocottes du 19ème dont Marguerite Gautier faisait partie ????), un panneau publicitaire géant, fausse pub pour du viagra, sur laquelle Khadafi et Berlusconi se donnent l'accolade ... Étrange bric-à-brac dont j'ai eu plus que du mal à trouver la signification.

En revanche, si vous aimez cette conception de la modernité qui veut bousculer les conventions sans avoir peur d'être un peu trash (du porridge recraché et déversé sur scène ou encore des dialogues crus du style  "Oh oui, pisse moi dessus, pisse moi dans le cul")  alors ne vous privez pas de ce spectacle. Et ne voyez dans cette description aucun jugement de valeur de ma part ...

07 janvier 2012

Après Villeurbanne, l'excellent "Ruy Blas" de Schiaretti à Sceaux

" Devant moi tout un monde, un monde de lumière,
Comme ces paradis qu'en songe nous voyons,
S'entr'ouvre en m'inondant de vie et de rayons ! "

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Une pièce qui, rappelons-le, fut présentée à Villeurbanne  en novembre dernier, pour la réouverture du Théâtre National Populaire.

Au milieu d'un vaste espace, aux murs recouverts d'un patchwork d'azulejos  décrépis (peut-être pour figurer les fissures qui menacent le royaume d'Espagne ?), c'est une magnifique interprétation que nous ont proposée les comédiens. Une distribution alliant la troupe du TNP et celle des Trétaux de France.

En tête : Robin Renucci. Don Salluste machiavélique, tout de noir vétu, les traits sévères ... à vous glacer le sang dès son entrée en scène. Jérôme Kircher, lui, est un Don César malicieux et solaire. Aux côtés de ces deux comédiens expérimentés, Nicolas Gonzales et Juliette Rizoud illuminent la scène. Lui, formidable Ruy Blas, voix chargée d'émotion, déborde de talent. Elle, reine opressée par l'étiquette de la cour, nous laisse entrevoir le feu qui bouillonne en elle.

Oh! Comme on aimerait les voir l'un et l'autre briser les conventions ... mais dans ce décor froid et immense, la bienséance pèse sur leurs épaules. Fantastique scène finale où la Reine, découvrant que Ruy Blas n'est qu'un valet, ne s'approchera plus de lui. Et c'est de l'autre bout de la scène qu'elle assiste à son agonie, qu'elle lui dit au revoir avant de fuir, nous laissant, nous spectateurs, bouleversés.

Ruy Blas de Victor Hugo, mise en scène Christian Schiaretti. Avec Robin Renucci, Jérôme Kircher, Roland Monod, Isabelle Sadoyan, Clara Simpson, Gilles Fisseau, Yves Bressiant, Philippe Dusigne, Claude Kœner, Romain Ozanon, Antoine Besson, Luc Vernay, Antoine Lyes, Vincent Vespérant et la troupe du TNP : Nicolas Gonzales, Juliette Rizoud, Yasmina Remil, Olivier Borle, Clément Morinière, Julien Tiphaine, Damien Gouy. Au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, jusqu'au 29 janvier 2012. Réservations au 01 46 61 36 67 .

06 décembre 2011

Au Vingtième Théâtre, les Epis Noirs revisitent "Andromaque"

 "Monsieur a préféré
faire les choses à l'envers."

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Photos : Les Epis noirs

Ici pas de "serpents qui sifflent sur vos têtes" mais des comédiens, instruments de musique en main, qui revisitent ce grand classique. Les Épis Noirs - c'est le nom de cette compagnie - l'annonce tout de go : ils déRACINEnt Andromaque et en font une "fantaisie barock'". Barock'? Oui, un peu barré et pas mal rock ! 

A la tête de cette troupe, Pierre Lericq signe texte, musiques et mise en scène. L'intrigue est resserée autour des quatre personnages principaux. Une chaîne amoureuse à sens unique : Oreste aime Hermione mais celle-ci aime Pyrrhus qui est amoureux de la captive Andromaque, fidèle à son mari Hector tué lors de la guerre de Troie.

les épis noirs,andromaque,anaïs ancel,muriel gaudin,fabrice lebert,pierre lericq,vingtième théâtrePas facile de faire rire avec une telle histoire. Et pourtant, Les Epis Noirs y parviennent. Pyrrhus (Pierre Lericq) devient ici un crooner un peu baratineur, Andromaque (Muriel Gaudin) a des accents hippies, Oreste (Fabrice Lebert) est légèrement idiot. Quand à Hermione (Anaïs Ancel), la voilà relookée en danseuse de saloon. A ce quatuor, ajoutons le personnage de la mort (Pierre Lericq aussi), finalement le plus sensé et sympathique de tous. La faucheuse, pleine de  sagesse et de douceur, nous livre une vision de la vie assez philosophique.

Chansons bien rythmées (musique live par les comédiens eux-mêmes) et jeux de mots qui font mouche viennent ponctuer ce spectacle sympathique. Une heure vingt bien distrayante !

Les Épis Noirs déracinent Andromaque. Texte, musiques et mise en scène  de Pierre Lericq. Avec Anaïs Ancel, Muriel Gaudin, Fabrice Lebert et Pierre Lericq. Du 9 novembre 2011 au 15 janvier 2012 à 19h30 au Vingtième Théâtre, 7, rue des Platrières - 75020 Paris. Réservations : 01 43 66 01 13.

05 décembre 2011

La Comédie-Française nous émeut avec "Le Petit Prince" au Studio Théâtre

"On risque de pleurer un peu
si l’on s’est laissé apprivoiser..."


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Il y a des oeuvres avec lesquelles ont n'a pas le droit à l'erreur. Des monuments auxquels on ne peut porter atteinte. A mes yeux, Le Petit Prince en fait partie. Aussi, on ne peut que doublement saluer le travail d'Aurélien Recoing : pour  la prise de risque d'abord, mais aussi pour avoir aussi bien réussi cette adaptation. Une réussite qui doit beaucoup à la scénographie de Muriel Trembleau.

Tout y est. A commencer par la poésie. Il faut voir le narrateur, incarné par Christian Gonon, débuter son récit tout en faisant des tours de magie, cartes à jouer en main. Les enfants sourient mais ne perdent pas une miette du discours, d'autant qu'il s'agit de souligner que les grandes personnes ne comprennent jamais rien. Échange de sourires complices. Et puis bientôt, ce n'est plus à nous qu'il parle mais à lui même. Merveilleuse prestation de Christian Gonon qui porte ce spectacle de bout en bout et nous émeut aux larmes. On est avec lui au milieu du désert, au pied d'une silhouette d'avion noire.

Grande fidélité à l'oeuvre. Au texte mais aussi aux illustrations pour les costumes. Et cela avec seulement quatre comédiens. Pourtant, aucun personnage ne manque : le roi, le vaniteux, l'ivrogne, le businessman, l'allumeur de réverbères ... ils sont tous là, interprêtés par un seul et même comédien, Christian Blanc. Changement de veste, de chapeau, quelques accessoires, un peu de fard sur les pommettes puis sur le nez ... Hop ! Le tour est joué : on saute de planète en planète avec le Petit Prince pour découvrir ces personnages un peu farfelus.

Et puis il y a la rose, si fragile et si vaniteuse, Suliane Brahim, sublime comme d'habitude.

Spectacle réussi donc, aussi permettons-nous de chipoter un peu. Benjamin Jungers, très bon interprête, a la blondeur du Petit Prince mais pas la taille : un peu grandet !  (oui, bon je sais, il faut savoir faire preuve d'abstraction) La pureté et l'ingénuité sont là mais il manque un peu d'enfance et de fragilité. Et puis il y a la rencontre avec le renard. Lire ce passage du livre, ou simplement l'évoquer, me met normalement les larmes aux yeux. Pas ici : le renard (Christian Gonon également) est un peu agressif, trop rugissant. Au lieu d'un animal fuyant et apeuré, on est face à un fauve. Alors la douceur et la mélancolie ne sont pas au rendez-vous et le "J’y gagne, à cause de la couleur du blé" tombe un peu à plat. Qu'importe, j'ai tout de même versé ma larme à la fin.

Et comme je suis sure que vous êtes tous des enfants bien sages, voici un petit bonus :

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, mise en scène d’Aurélien Recoing. Avec Christian Blanc, Christian Gonon, Benjamin Jungers et Suliane Brahim. Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 24 novembre 2011 au 8 janvier 2012 à 18h30. Réservations : 01 44 58 98 58.
Le spectacle sera repris en décembre 2012 au Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne.

03 décembre 2011

"Dommage qu'elle soit une putain" au Théâtre des Gémeaux (Sceaux) : quand Donnellan dépoussière le théâtre élisabéthain.

 "I would not change this minute for Elysium"

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Dommage qu'elle soit une putain est une histoire d'amour impossible mais  beaucoup plus trash que Roméo et Juliette : ici pas de familles rivales pour la bonne raison que nos deux amoureux, Annabella et Giovanni, sont ... frère et soeur. Une histoire d'inceste qui finira dans un bain de sang. Beaucoup de metteurs en scène se sont déjà intéressés à cette pièce sulfureuse : Luchino Visconti en donna une version avec Romy Schneider et Alain Delon.

Le metteur en scène britannique Declan Donnellan, lui,  nous propose une version plutôt rock de cette pièce écrite au 17ème siècle (ne pas confondre John Ford l'auteur élisabéthain avec le réalisateur américain ). La scénographie, signée Nick Ormerod, est des plus modernes. L'ambiance est rougeoyante, comme si cela laissait déjà présager la fin sanglante de l'histoire.

Sur le plateau, une chambre d'ado avec affiches de films au mur - True Blood et Breakfast at Tiffany's - et CD en vrac au sol. Pendant que le public s'installe, la résidente des lieux, affalée sur son lit,  casque sur les oreilles et ordinateur portable négligemment posé près d'elle, semble s'ennuyer mortellement. Et puis elle se lève, se met à danser et tous les autres comédiens la rejoignent pour une chorégraphie ... Entrée en matière surprenante mais qui nous donne immédiatement le tempo.

La mise en scène de Donnellan est époustouflante. Dans ce lieu unique, il place l'ensemble des protagonistes et les laisse presque en permanence sur le plateau, spectateurs de la scène en cours et parfois acteurs muets. La scène où Soranzo , amoureux d'Annabella, dépeint la jeune fille d'une façon angélique, par exemple : en arrière plan, les autres comédiens la pare d'un voile et se presse à ses pieds, dressant sous nous yeux une image de Sainte-Vierge adulée. Plus loin dans l'histoire, lorsque Soranzo, finalement marié à Annabella, découvre la perversion de sa belle (qui plus est, engrossée par ce frère incestueux), c'est une vision des enfers qui se compose en fond de scène. Fascinant.

Ajoutez à cela une intrigue menée tambour battant. Les scènes se succèdent sur un rythme effreiné : la première réplique d'une scène venant parfois presque interrompre la dernière réplique de la scène précédente. Dit comme cela, ça peut paraître un peu étrange mais, croyez moi, cela fonctionne parfaitement. On a l'impression de tomber dans un abîme. La pièce, ainsi ramassée, ne dure plus qu'une heure quarante-cinq (plutôt court pour une pièce en 5 actes), laissant le spectateur un peu haletant, essoufflé par ce sprint mais n'ayant jamais relâché son attention.

Côté comédiens, rien à redire. Lydia Wilson est très touchante dans le rôle d'Annabella, Jack Gordon campe un Giovanni au charme latin et l'on partage la souffrance de Soranzo sous les traits de Jack Hawkins. Mais c'est à Suzanne Burden qu'il faut rendre hommage : dans le rôle d'Hippolita, maîtresse éconduite de Soranzo, la comédienne incarne une femme à poigne, caractère bien trempé, un rien effrayante et castratrice. Bravo !

Une pièce que l'on ne saurait que trop vous conseiller en vous disant : surtout ne vous laissez pas rebuter par les sur-titrages, cela serait bien dommage !!

Dommage qu'elle soit une putain (’Tis Pity She’s a Whore) de John Ford, mise en scène de Declan Donnellan. Avec Suzanne Burden, David Collings, Ryan Ellsworth, Jimmy Fairhurst, Jack Gordon, Nyasha Hatendi, Jack Hawkins, Lizzie Hopley, Peter Moreton, David Mumeni, Laurence Spellman, Lydia Wilson. Au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, du mercredi au samedi à 20h45, dimanche à 17h, jusqu'au 18 décembre 2011. Réservations : 01 46 61 36 67 Durée : 1h45. En anglais avec sur-titrages en direct de Gilles Charmant.

29 novembre 2011

Le Lucernaire, l'Odéon et le TNP rendent hommage à Laurent Terzieff

C'est mon plus grand regret de théâtrophile : ne jamais avoir vu Laurent Terzieff sur scène. Comment ai-je pu rater cela ? Les aléas du quotidien, les  "j'irai plus tard." Et puis le "plus tard" devient impossible...

Cela fait à présent un an que Laurent Terzieff n'est plus. Trois théâtres se sont alliés pour lui rendre un bel hommage : Le Lucernaire et l'Odéon à Paris, le TNP à Villeurbanne.

Une très belle exposition pour commencer, au Lucernaire, théâtre où Laurent Terzieff a tant joué. Des affiches, des photos de pièces et de films  (Terzieff a tourné dans 65 long-métrages), quelques maquettes, de nombreux documents ... mais aussi la voix de Terzieff grâce à des lectures enregistrées  de textes qu'il affectionnait : Rilke, Milosz, Brecht. "Pour que le comédien soit véritablement un passeur, et non seulement un diseur, ou un 'bien-disant' comme on dit péjorativement, il faut qu'il ait envie de nous faire partager, comme on partage un secret, le plaisir qu'il a éprouvé en découvrant le poême, même si cette découverte est ancienne. Cela suppose que le comédien ne devrait dire que les poètes occupant une place privilégiée dans son esprit" disait Terzieff.

Un hommage qui se devait aussi d'être sur scène. A l'Odéon, c'est une lecture qui sera proposée, le 5 décembre prochain, avec Anne Alvaro, Christophe Maltot et  Benjamin Bellecour (qui donna la réplique à Terzieff en 2006 dans Mon lit en zinc de David Hare).   

Laurent Terzieff, du visible à l’invisible exposition d'archives et de photographies  au Théâtre du Lucernaire, tous les jours de 14h à 22h (entrée libre), jusqu'au 1er janvier 2012. 
Hommage à Laurent Terzieff : Le Théâtre comme engagement à l'Odéon - Théâtre de l'Europe,  lundi 5 décembre à 20h. Réservation : 01 44 85 40 40.
Mais aussi cycle Laurent Terzieff au cinéma au Lucernaire, exposition de portraits sous les arcades de l'Odéon, soirée au Théâtre National Populaire à Villeurbanne ... Programme détaillé

20 novembre 2011

"La Folie Sganarelle" : trois courtes pièces de Molière mises en scène par Claude Buchvald au Théâtre de la Tempête

 "Quel désordre, quelle querelle,
quel grabuge, quel vacarme, quel bruit,
quel différend, quelle combustion ..."

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 Mais qu'est-ce donc que cette Folie Sganarelle ? Trois courtes oeuvres de Molière regroupées par Claude Buchvald. La metteuse-en-scène s'est attachée ici au personnage de Sganarelle dont chacune de ces pièces représenterait un épisode de la vie. Épisode 1 : Sganarelle s'oppose au mariage de sa fille : c'est L'amour médecin. La jeune fille opprimée feint alors la maladie et parvient à se marier grâce aux intrigues de sa servante. Épisode 2 : le vieillard Sganarelle veut se marier à Dorimène, beaucoup plus jeune que lui. Fait-il bien ? Après avoir pris conseil - sans succés - auprès de savants, il découvre que la jeune femme est bien volage. Trop tard pour renoncer au mariage : les arguments des bandits qui servent de famille à Dorimène sont les plus forts : c'est Le Mariage forcé. Épisode 3 : La Jalousie du Barbouillé. Sganarelle est marié, sa femme ne s'occupe guère de son foyer et le maltraite.


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Laurent Claret, Régis Kermorvant et Stéphanie Schwartzbrod
© Fabienne Rappeneau

Trois pièces qui ont aussi en commun critiques et moqueries envers les hommes de science, qu'ils soient médecins, savants, philosophes. Leur jargon est longuement caricaturé dans les dialogues, mettant ainsi en exergue leur fatuité et leur incompétence à résoudre réellement les problèmes pour lesquels on les consulte, qu'il s'agisse de la maladie de Lucinde dans L'Amour médecin ou du choix de prendre ou non une épouse pour Le Mariage forcé.

On y retrouve aussi tous les ingrédients de la farce. Les coups de bâtons sont présents à foison et ce pauvre Sganarelle est la victime idéale : trompé par sa servante et sa fille dans la première pièce, copieusement cocufié par sa femme dans les deux suivantes. Un côté farce renforcé par la mise-en-scène. Le décor  est sommaire : un plancher brut et une petite cabane en planches. Le jeu, lui, fait largement appel au burlesque. Virevoltant et euphorisant.

Seul regret : aucune pause entre les trois pièces. Certes, l'ensemble ne dure qu'une heure cinquante mais le texte est dense, les intrigues très rythmées. Achever une histoire et replonger, tambour battant, dans la suivante : un peu lourd en encaisser pour les spectateurs qui risquent de sortir de ce spectacle un peu ennivrés.

La Folie Sganarelle (L'Amour Médecin, Le Mariage Forcé et La Jalousie du Barbouillé) de Molière, mise en scène Claude Buchvald. Avec avec Benjamin Abitan, Laurent Claret, Cécile Duval,Régis Kermorvant, Claude Merlin, Aurélia Poirier, Stéphanie Schwartzbrod, Céline Vacher et Mouss Zouheiry.  Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 11 décembre 2011. Réservations : 01 43 28 36 36