Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04 mai 2014

Tempête sous un crâne d'après Victor Hugo / Jean Bellorini / Théâtre des Quartiers d'Ivry

  "La lumière naturelle était allumée en lui."

tempete sous un crane,jean bellorini,victor hugo,les miserables,mathieu coblentz,karyll elgrichi,camille de la guillonnière,clara mayer,céline ottria,marc plas,hugo sablic,théâtre des quartiers d'ivry,théâtre,avis,critique,blog

Bien avant Paroles gelées, bien avant qu'il ne soit nommé directeur du Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis, voici la pièce qui a révélé au grand public le metteur en scène Jean Bellorini : Tempête sous un crâne est reprise jusqu'au 28 mai 2014 au Théâtre des Quartiers d'Ivry. Un spectacle époustouflant par sa mise en scène et la qualité de ses interprètes. 

Tempête sous un crâne n'est rien de moins que l'adaptation à la scène des Misérables de Victor Hugo. L'histoire est magnifique, certes, mais la transposer au théâtre aurait pu tourner au carnage. Bellorini, allié à Camille de la Guillonnière pour l'adaptation, évite l'écueil de la réécriture et procède par ellipses. Les épisodes choisis sont présentés quasiment in-extenso, respectant ainsi la splendeur des mots et le lyrisme hugoliens. Pas de dialogues mais un récit où les descriptions alternent avec des passages plus incarnés.  Le texte, pourtant dru, est dit magnifiquement par les cinq comédiens.  Trois heures trente durant, on reste suspendus à leurs lèvres.

L'histoire, on la connait pourtant tous... celle de la rédemption du bagnard Jean Valjean. Touché par la grâce d'un évêque qui lui tend la main à sa libération, l'ancien forçat n'aura de cesse de faire le bien autour de lui tout le reste de sa vie, prenant sous son aile Fantine puis sa fille Cosette. Sur ces traces, l'inflexible inspecteur Javert incarne la dureté de cette époque : la bonté de Jean Valjean n'a pas de prise sur lui, un forçat reste un forçat et l'on ne peut racheter ses fautes. 

tempete sous un crane,jean bellorini,victor hugo,les miserables,mathieu coblentz,karyll elgrichi,camille de la guillonnière,clara mayer,céline ottria,marc plas,hugo sablic,théâtre des quartiers d'ivry,théâtre,avis,critique,blogJean Bellorini met merveilleusement en valeur l'humanisme d'Hugo. Dans le roman, "une tempête sous un crâne" est le titre donné au chapitre dans lequel Jean Valjean, devenu le respectable Monsieur Madeleine, doit choisir entre laisser condamner un autre à sa place ou se dénoncer. Sur la scène, l'épisode est très fort sur le plan d ela symbolique : on y retrouve Valjean devant un mur, parlant à son ombre. Par un habile jeu de lumière, la silhouette devient immense une fois la décision prise, soulignant ainsi la grandeur d'âme nécessaire à ce choix.

La première partie du spectacle laisse ainsi une large part à l'introspection, aux questionnements intérieurs. La mise en scène reste sobre et se concentre autour de deux comédiens. Dans la seconde partie, où sont narrées les journées insurrectionnelles de juin 1832, les combats sur les barricades occupent une grande place. Un souffle épique souffle alors et la mise en scène se fait plus dynamique avec cinq comédiens. L'émotion est toujours là pourtant, plus que jamais même au moment de la mort d'Eponine Thénardier. 

N'oublions pas la partie musicale ! Deux musiciens, omniprésents, ponctuent le récit d'extraits musicaux et sonores mais aussi de chansons. Des poèmes d'Hugo mis en musique et accompagnés au piano, à la guitare électrique ou encore à l'accordéon. La batterie, elle, nous fait entendre le canon. Les mots manquent un peu pour qualifier cette adaptation. On trépigne par instant devant l'enthousiasme des révolutionnaires, on pleure à d'autres devant la beauté de cette histoire si merveilleusement racontée. Ne vous laissez pas rebuter par la durée du spectacle et foncez à Ivry !

Tempête sous un crâne, d'après Les Misérables de Victor Hugo, adaptation Jean Bellorini et Camille de la Guillonnière, mise en scène Jean Bellorini. Avec Mathieu Coblentz, Karyll Elgrichi, Camille de la Guillonnière, Clara Mayer, Céline Ottria, Marc Plas, Hugo Sablic. Au Théâtre des Quartiers d'Ivry, jusqu'au 25 mai 2014, à 19h du mardi au samedi, le dimanche à 15h. Réservations au 01 43 90 11 11. Durée : 3h30 + entracte

03 février 2013

Comédie-Française : pour Hernani, Nicolas Lormeau chamboule le Théâtre du Vieux-Colombier

"La foule demande surtout au théâtre des sensations ;
la femme, des émotions ;
le penseur, des méditations."

hernani.jpg

Créée pour le Printemps des comédiens à Montpellier l'année dernière, la mise en scène de Nicolas Lormeau d'Hernani de Victor Hugo a quelque peu modifié la physionomie du Vieux-Colombier

Le pensionnaire de la Comédie-Française - dont on a déjà pu apprécier la Confession d'un enfant du siècle d'après Musset et la visite guidée de la maison de Molière -  a en effet opté pour une scénographie bi-frontale. Comprenez par là que les spectateurs sont placés de part et d'autre d'une scène carré. Il a pour cela fallu monter une tribune là où les comédiens jouent habituellement et poser un placher en lieu et place des fauteuils des premiers rangs. 

Pour le reste, la scénographie est dépouillée : plateau nu pour les trois premiers actes, éléments de décor limités pour les deux suivants. Une voix enregistrée, celle de Thierry Hancisse, vient cependant à chaque changement d'acte nous décrire les lieux où se situent l'action, tels que Victor Hugo les a imaginés. Cette même voix nous lit aussi la préface de Ruy Blas avant que ne débute le spectacle, un texte très intéressant où Hugo développe une théorie sur les spectateurs et leurs attentes.

Hernani - rappelons le - est une histoire d'amour tragique sur fond politique. Le héros est un bandit (en réalité un noble banni) épris de Doña Sol. Mais il n'est pas le seul à convoiter la jeune femme. Le tuteur de celle-ci, Don Ruy Gomez, envisage de l'épouser ; Don Carlos, roi d'Espagne, veut quant à lui la mettre dans son lit. Entre les trois hommes, cette rivalité amoureuse vire à l'affrontement et devient une histoire d'honneur.

Félicien Juttner dans le rôle titre est  la révélation de cette pièce. Entré dans la troupe en 2010, il joue là son premier grand rôle du répertoire classique.  Jérôme Pouly (Don Carlos) et Bruno Raffaeli (Don Ruy Gomez) sont eux aussi très bons. Je suis en revanche un peu moins convaincue par Jennifer Decker : sa Doña Sol ne m'a pas vraiment émue. 

L'ensemble reste cependant plutôt réussi. Par ce dépouillement, l'intrigue gagne en concision. Belle idée aussi de faire jouer les comédiens dans des costumes du XIXe siècle (et non du XVIe, époque où se situe l'intrigue). C'est tout l'univers d'Hugo que l'on retrouve dans le texte : le discours de Don Carlos, futur Charles Quint, sur la tombe de Charlemagne prend ainsi une autre dimension politique. 

Hernani  de Victor Hugo, version scénique, scénographie et mise en scène Nicolas Lormeau.
Avec Bruno Raffaelli, Françoise Gillard, Jérôme Pouly, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Elliot Jenicot et avec la voix de Thierry Hancisse.
A la Comédie-Française, Théâtre du Vieux-Colombier, jusqu'au 17 février 2013.
Réservations : 0 825 10 1680.

16 novembre 2012

Reprise au Théâtre de Belleville de "Hernani", mise en scène Margaux Eskenazy

"Éteins-toi, coeur jeune et plein de flamme!
Laisse régner l’esprit que longtemps tu troublas.
Tes amours désormais, tes maîtresses, hélas !
C’est l’Allemagne, c’est la Flandre, c’est l’Espagne."

hernani,théâtre de belleville,victor hugo,margaux eskenazi,sylvie beurtheret,laurent deve,thomas moreno,jean pavageau,laure grandbesançon

Voici la critique publiée en avril 2012 : 

Hugo encore ... après Quatre-vingt-treize à la Maison de la poésie, voici Hernani au Théâtre de Belleville. Le Théâtre de Belleville, c'est l'ancien Tambour-Royal, une des salles de spectacle les plus vieilles de Paris. Laurent Sroussi, financier devenu comédien, a repris les lieux voilà un an et a procédé à une rénovation complète de la salle. 

A sa création, en 1830, Hernani fit scandale : sa "bataille" a marqué l'histoire du théâtre. Dans ce drame romantique, Victor Hugo plonge dans l'Espagne du 16e siècle pour nous parler de passion. Une femme, Doña Sol, et trois prétendants, Hernani, noble déchu, le roi Don Carlos, futur Charles Quint, et le vieux Don Ruy Gomez de Silva, tuteur de la belle qui espère néanmoins l'épouser. 

Hernani 2.JPG

Il y a dans cette mise en scène de la jeune Margaux Eskenazy du bon et du moins bon. On ne retiendra pas la musique pop, un peu trop forte, qui vient par moment couvrir les dialogues, ni la première tenue de mariée de  Doña Sol, kitsch au possible. On préfèrera souligner l'ingéniosité de la scénographie, avec peu de moyens, et les changements à vue, rapides, faits par les comédiens eux-mêmes. 

Hernani.jpg

Du côté des comédiens, Hernani (Thomas Moreno) manque un peu de gravité (certaines répliques sont dites sur un ton des plus légers qui ne sied pas vraiment à l'image du héros romantique) mais Doña Sol (Laure Grandbesancon) parvient à nous charmer par sa grâce un peu enfantine. Dans cette distribution, un des comédiens sort vraiment du lot : Laurent Deve confère à Don Carlos un petit air narquois - qui lui va plutôt bien - et réussit brillamment la tirade de l'acte IV, celle où, attendant sa désignation comme empereur, le futur Charles Quint s'adresse à Charlemagne. Un tirade où l'on retrouve tous les accents hugoliens.

En résumé, ce spectacle vaut tout de même le coup d'oeil malgré ses imperfections. Margaux Eskenazi et sa troupe parviennent à nous séduire. Une jeune metteuse en scène sur l'avenir de laquelle on peut se permettre de parier sans gros risque !

Hernani de Victor Hugo, mise en scène de Margaux Eskenazi. Avec Sylvie Beurtheret, Laurent Deve, Thomas Moreno, Jean Pavageau, Laure Grandbesançon. Au Théâtre de Belleville, jusqu'au au dimanche 3 juin 2012 (du mercredi au samedi à 21H, le dimanche à 17H). Réservation 01 48 06 72 34.

Reprise au Théâtre de Belleville, du mercredi 14 novembre au dimanche 30 décembre 2012 (du mardi au jeudi à 21H) et du mardi 1er au dimanche 6 janvier 2013 (du mardi au samedi à 21H, dimanche à 17H).