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26 mai 2015

La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca / Lilo Baur / Comédie Française - Salle Richelieu

"Ce sont des femmes sans homme, , voilà tout !"

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La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca fait son entrée au répertoire de la Comédie-Française. Une pièce à la distribution presque exclusivement féminine, magistralement mise en scène par Lilo Baur.

Le second mari de Bernarda Alba vient de mourir. Nous sommes en Andalousie dans les années 30 ; les convenances du lieu et de l'époque veulent que l'on s'impose un long deuil : huit années - autant dire une éternité pour les cinq filles de la famille - cloîtrées derrière de hautes murailles. Au sein de la maison, l'atmosphère devient rapidement explosive : tant de jeunesse et d'énergie vitale ne peuvent se laisser ainsi enfermer. D'autant que l'aînée, âgée de 39 ans, vient d'obtenir son ticket de sortie : le plus bel homme du village vient de la demander en mariage. Il a la moitié de son âge mais elle est riche : fille du premier mariage de Bernarda, elle a hérité de son père. Voilà de quoi exacerber la jalousie de ses sœurs, plus jeunes et plus jolies et pour plusieurs d'entre elles amoureuses du bellâtre.

Dénonciation d'une époque et de ses moeurs, La Maison de Bernarda Alba a été écrite en 1936, quelques mois seulement avant la mort de Federico Garcia Lorca, exécuté par les Franquistes. Par sa mise en scène Lilo Baur traduit parfaitement le sentiment  d'oppression de ces recluses, sensation renforcée par la scénographie d'Andrew D. Edwards et les lumières de Fabrice Kebour. De hautes cloisons en moucharabieh laissent passer le soleil zénithal et permettent d'entrevoir cette liberté extérieure. Un extérieur fantasmé par les jeunes filles, lieu de désir et de sensualité lorsqu'elles regardent passer les moissonneurs mais aussi de danger lorsqu'elles entraperçoivent la lapidation d'une fille-mère. L'ambivalence de cette société se transmet aux filles de Bernarda : éprises de libertés - il faut voir la plus jeune (Adeline d'Hermy) danser au milieu d'un nuage de plume - elles cautionnent et encouragent pourtant ce châtiment ultime.

Dans ce huis clos féminin, les comédiennes sont remarquables. Cécile Brune a la raideur de cette Bernarda, si rigoriste et si soucieuse de la bienséance, incarnant à elle seule le poids des traditions. Anne Kessler (remplaçant au pied levé Véronique Vella, blessée), Coraly Zahonero, Claire de La Rüe du Can, Jennifer Decker et Adeline d'Hermy incarnent brillamment ces sœurs assoiffées d'amour et de liberté. L'on eu du mal a reconnaitre Florence Viala (la mère de Bernarda), transformée en une vieillarde folle. Elsa Lepoivre (Poncia), Claude Mathieu (la servante) et Sylvia Bergé (Prudencia) complètent cette distribution à laquelle il faut ajouter Elliot Jenicot dans le rôle - sans texte - de Pepe le Romano, le bourreau des coeurs par qui la discorde arrive. 

Un spectacle plutôt réussi donc que je me permets de vous recommander chaudement. 

La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca, traduction Fabrice Melquiot, mise en scène Lilo Baur. Avec Claude Mathieu, Anne Kessler, Cécile Brune, Sylvia Bergé, Florence Viala, Coraly Zahonero, Elsa Lepoivre, Adeline d'Hermy, Jennifer Decker, Elliot Jenicot, Claire de La Rüe du Can et les élèves-comédiens : Claire Boust, Ewen Crovella, Charlotte Fermand, Thomas Guené, Solenn Louër, Valentin Rolland. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 25 juillet 2015 (en alternance). Réservations au 0 825 10 1680.
Durée : 1h40 sans entracte.

30 décembre 2013

Antigone de Jean Anouilh / Marc Paquien / Comédie-Française (reprise)

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«On ne sait jamais
pourquoi on meurt.»

Après son succès la saison dernière, au Théâtre du Vieux Colombier, c'est Salle Richelieu qu'est reprise la fabuleuse mise en scène d'Antigone d'Anouilh signée Marc Paquien. 

Rappelons en quelques mots l'intrigue : Polynice et Eteocle se sont entre-tués pour régner sur Thèbes. Leur oncle, Créon, nouveau souverain de la ville, fait de l'un un héros et interdit l'ensevelissement de l'autre, déchéance suprême. Antigone brave cet interdit et parvient à jeter quelques poignées de terre sur le corps de son frère. Elle est jeune, fille et soeur de roi, fiancée au fils de Créon: autant de raisons qui poussent le nouveau roi à vouloir passer cet acte sous silence. Mais Antigone refuse tout compromis. Elle revendique cet acte haut et fort mettant ainsi Créon fasse à son devoir: faire appliquer la loi. 

La scénographie est sobre : le plateau est presque nu avec seulement quatre chaises et un mur, au fond, doté de trois portes, respectant parfaitement les consignes d'Anouilh ("Un décor neutre.Trois portes semblables.")

La réussite de la pièce repose surtout sur la distribution: Françoise Gillard est faite pour le rôle d'Antigone. On a souvent apprécié la comédienne dans ces rôles de filles en rébellion (elle fut une magnifique Mégère apprivoisée dans la mise en scène d'Oskaras Korsunovas), elle nous convainc une fois de plus ici. Des cheveux courts, une chemise et un pantalon d'homme un peu trop grands la font paraître frêle et chétive mais il y a en elle une telle puissance lorsqu'elle se met à hurler sa haine, une telle violence ! Face à elle, Créon est incarné par Bruno Raffaelli. Sa stature, sa voix grave symbolisent parfaitement la toute puissance du monarque.  Lorsqu'il s'approche d'elle, assise sur une chaise, sa masse vient voiler le projecteur comme une éclipse. Et lorsqu'il la saisit par les poignets, on a l'impression qu'il pourrait la briser en un seul mouvement. Effets saisissants.  Mais Antigone est forte : même si son destin est scellé, ses convictions, elles, sont plus puissantes.

Deux autres personnages sont particulièrement intéressants et mis en valeur dans cette distribution. Le garde interprété par Stéphane Varupenne symbolise parfaitement le fonctionnaire qui applique les ordres sans réfléchir, cherchant par dessus tout à éviter les problèmes. A Antigone enfermée et condamnée à mort, il résume d'un ton monocorde les avantages et les inconvénients d'être garde et non soldat. La pièce d'Anouilh, rappelons-le, a été écrite pendant l'occupation... Clothilde de Bayser incarne  quant à elle merveilleusement le choeur. De longs monologues dans lesquels elle souligne que tout est écrit, inéluctable dans cette tragédie. 

Au delà de la tragédie antique, c'est bien de la relation au pouvoir dont il est question. L'idéalisme d'Antigone s'impose ainsi à la vision de la politique de Créon. Pour autant, le monarque n'a rien de caricatural : on ressent dans le personnage interprété par Bruno Raffaelli une certaine résignation. Faire le bien du peuple, maintenir la paix sociale implique des décisions difficiles. 

L'oeuvre d'Anouilh n'a absolument pas vieilli. Chaque mot, chaque phrase prête à réflexion : une pièce à ne pas rater!

Antigone de Jean Anouilh, mise en scène de Marc Paquien. Avec Véronique Vella, Bruno Raffaelli, Françoise Gillard, Clotilde De Bayser, Nicolas Lormeau, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Marion Malenfant, Pierre Hancisse et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Laurent Cogez, Carine Goron et Lucas Hérault. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 2 mars 2014. Réservations au 0 825 10 1680.

09 décembre 2013

Psyché de Molière / Véronique Vella / Comédie-Française

"Ma fille, sois-lui moins sévère. 
Tu tiens de sa Psyché le destin en tes mains..."

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C'est pour répondre à une commande royale - une pièce monumentale pour célébrer le carnaval - que Molière et Lully créèrent Psyché. Cinq heures de théâtre, de chant et de danse données dans la salle des Machines des Tuileries, le must de la technique à l'époque. Féérie et démesure donc pour raconter l'histoire de cette princesse, si belle qu'elle suscite la jalousie de toutes - de ses soeurs à la déesse Vénus - et dont tous tombent amoureux, le dieu Amour compris. 

De la Terre à l'Olympe, les tableaux se succèdent. Pour cette version - de deux heures seulement, rassurez-vous - Véronique Vella a su tirer le meilleur de tous - les comédiens sont excellents comme à l'accoutumée - et s'appuie sur les talents de chacun : Sylvia Bergé (Vénus) dans un impressionnant morceau de chant lyrique, Coralie Zahonero et Jennifer Decker, les deux soeurs jalouses, aux claquettes, Françoise Gillard (Psyché), excellente danseuse, entraînant Benjamin Jungers (Amour)dans un corps à corps très chorégraphique. Les chansons du chœur, elles, sont entonnées sur un rythme jazzy, accompagnées au piano. Les costumes sont dignes d'un conte de fée. Bref, on en prend plein les yeux!

Petit bémol toutefois : sans aller jusqu'à dire que cela part dans tous les sens, l'ensemble manque un peu d'unité. Peut-être est-ce inhérent à l'oeuvre, oscillant entre comédie et tragédie, alexandrins et vers libres. 

Psyché de Molière, mise en scène et direction des chants Véronique Vella, musique originale Vincent Leterme. Avec Claude Mathieu, Sylvia Bergé, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Benjamin Jungers, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Pierre Hancisse, Claire de la Rüe du Can, les élèves comédiens Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matĕj Hofmann, Paul Mcaller, Pauline Tricot, Gabriel Tur et les pianistes Véronique Briel et Vincent Leterme. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 4 mars 2014 (en alternance). Réservations : 0 825 10 1680