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30 janvier 2013

Un fil à la patte de Feydeau / Lise Quet / Théâtre de Belleville

 "Il est plouss pétite que l'autre...
mais il est plouss portatif ! ..."
Un fil à la patte.jpg

Une fois de plus, le Théâtre de Belleville réussit le pari de la jeunesse. Après Hernani de Victor Hugo mis en scène par Margaux Eskenazy, voici Un fil à la patte de Feydeau, mis en scène par Lise Quet et interprêté par la jeune troupe HoCemo (composée d'anciens élèves de l'Ecole Claude Mathieu).

C'est en ayant fortement en tête la version Jérôme Deschamps-Comédie-Française que je me suis installée dans mon fauteuil. On a beau tenter d'avoir un regard neuf et neutre dans ces cas-là, il faut se faire violence pour ne pas faire des comparaisons scène à scène ... Du moins pendant les premières minutes. Car très rapidement, l'énergie de ces jeunes comédiens a effacé tout le reste. 

Il y a de l'inventivité et de l'enthousiasme dans cette mise en scène. Peu de moyens pour les décors - on le sent bien - et même pas de rideau. Comment faire alors pour passer d'un acte à l'autre, de l'appartement de Lucette à celui de la baronne puis à la cage d'escalier de Bois d'Enghien ? L'astuce trouvée est ingénieuse : une petite chanson et tout le monde s'active à déménager en rythme. Et comme Cindy Rodrigues (Lucette) a une assez jolie voix, le subterfuge n'en est que plus agréable.

Rappelons en deux mots l'histoire : Bois d'Enghien va bientôt se marier mais n'arrive pas à se défaire de sa maitresse, Lucette, chanteuse de café-concert. La chose se complique encore plus lorsque surgit un général sud-américain fou amoureux de la chanteuse et que cette dernière se retrouve invitée à la signature de contrat des deux futurs mariés.

Voici un court extrait du spectacle :


L'atmosphère est un peu cartoonesque - mais qui s'en plaindrait ? - et les huit comédiens en scène mènent l'intrigue tambour battant. Mention spéciale pour Damien Prévot qui interprête le général Irrigua et Nicolas Fantoli dans le rôle de Bois d'Enghien. Comique de situation, quiproquos ... tous les ressorts qui font le succès des pièces de Feydeau sont bien au rendez-vous cette mise en scène. Lise Quiet parvient en plus à mettre de la légèreté dans tout cela. On en redemande ! 

Un fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène Lise Quet. Avec Nicolas Fantoli , Cindy Rodrigues, Julien Large, Lionel Rondeau, Damien Prévot, Rémi Dessenoix (en alternance avec Florent Bresson), Amandine Calsat, Claire Pouderoux.
Au Théâtre de Belleville, jusqu'au 28 février, du  mardi au samedi à 21H15 et dimanche à 17H15 (Relâches les 6, 7 février). Réservation 01 48 06 72 34. Durée du spectacle 2H

19 avril 2011

"Un fil à la patte" de Feydeau à la Comédie-Française

"J'en appelle à la postérité"

Reprise saison 2011-2012 : Salle Richelieu du 2 décembre au 1er janvier puis au Théâtre Ephémère du 26 juin au 22 juillet.

Hier soir était le soir tant attendu où je suis enfin allée voir Un fil à la patte à la Comédie française, mis en scène par Jérôme Deschamps. La pièce se joue à guichet fermé jusqu'à la fin de la saison et, pour pouvoir acheter ces places, j'ai passé un temps fou, il y a plus de deux mois, à tenter de joindre la billetterie le jour de son ouverture. Ma récompense : six places obtenues de haute lutte. La pièce avait déjà fait un tel buzz que plusieurs de mes amis, pas forcément férus de théâtre, ont voulu venir aussi.

C'est donc en groupe, au lendemain du triomphe de la pièce aux Molières (3 récompenses) que nous sommes allés rire des problèmes de Bois d'Enghien (Hervé Pierre) et de son fil à la patte : sa maîtresse Lucette (Florence Viala), chanteuse de café-théâtre, dont il n'arrive à se défaire à quelques heures de son mariage... auquel sa belle-mère a convié  à chanter cette même Lucette. Et la situation devient encore plus cocasse lorsque l'on y rajoute un général sud-américain follement épris de Lucette et prêt à "touer" pour elle (Thierry Hancisse) et un clerc de notaire avec des velléités musicales (Christian Hecq)

Que dire sur la pièce que vous n'ayez  lu ailleurs ? Effectivement c'est génial. Bien joué, beau décor, beaux costumes. Et Christian Hecq, est un  Bouzin stupéfiant, au corps élastique (comment fait-il pour dévaler ainsi les escaliers ?) et à la figure de clown. N'oublions pas Thierry Hancisse qui campe un général à l'accent hilarant, source de nombreuses incompréhensions (on ne peut rester "squeptique" devant un tel "sandale"). On regrettera cependant l'absence hier soir sur scène de Guillaume Gallienne, lauréat du Molière du second rôle pour celui de Chenneviette. C'est Christian Gonon qui tenait ce rôle, ainsi que celui de Miss Betting, hier soir. Gallienne et son délicieux accent anglais en Miss Betting ... quelle frustration d'avoir manqué cela !

Le hasard veut que je vienne juste d'achever Passion théâtre*, un ouvrage où Micheline Boudet raconte ses souvenirs sur les planches. C'est elle qui tenait le rôle de Lucette en 1961 quand Jacques Charon a mis en scène la pièce à la Comédie française. Une distribution de rêve dont je vous laisse seuls juges  : Robert Hirsch (Bouzin), Jean Piat (Bois d'Enghien), Georges Descrières (le Général), Jean-Paul Roussillon (Jean), Jean-Laurent Cochet (Chenneviette), Jacques Charon (Fontanet), Denise Gence (Marceline), Catherine Samie (Nini Galant), Françoise Kanel (Miss Betting), Marthe Alycia (la Baronne), Paule Noelle (Viviane). La pièce fut un immense succés (vous pouvez en voir ici un extrait, tiré d'une captation de 1970 ; la captation intégrale est disponible dans un coffret dédié à Feydeau. Belle consolation si vous n'avez pas réussi à obtenir des places pour la version actuelle !). Voici ce qu'en dit Mademoiselle Boudet dans son livre de souvenirs :

"Chaque soir, plusieurs fauteuils sont cassés par certains spectateurs sautant de joie sur leurs sièges. Ce qui vaut un soir, à la sortie du spectacle, d'un couple habitué aux classiques du Français ce mot inattendu de la dame à son époux : On a bien du mal à garder son sérieux..."

Hier soir, nous eûmes effectivement bien du mal à garder notre sérieux ... mais à ma connaissance aucun fauteuil n'a été cassé!

* Passion théâtre de Micheline Boudet, éditions Robert Laffont.