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07 juillet 2015

Richard III de Shakespeare / Thomas Ostermeier / Festival d'Avignon

 

"Mein Königreich für ein Pferd"

C'était une des pièces les plus attendues du Festival d'Avignon cette année. La preuve en est : dix minutes après l'ouverture de la billetterie, l'ensemble des places pour les onze représentations étaient vendues ! Et les chanceux qui parvinrent à décrocher un billet ne furent pas déçus. La preuve en est : cette ovation "public debout" pour Thomas Ostermeier et ce Richard III de Shakespeare interprété de façon époustouflante par Lars Eidinger.

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Photo : Arno Declair

Comme à l'accoutumée, Ostermeier - dont on a ici vanté si souvent le talent - propose une mise en scène énergique. La pièce s'ouvre dans un nuage de cotillons, au son assourdissant d'une batterie. Le décor : une usine désaffectée au sol recouvert de sable. Peut-être pour mieux absorber le sang versé par le machiavélique Richard ? Au milieu de la scène pend un micro, dans lequel celui-ci viendra nous susurrer ses confidences.

Mais le metteur en scène ne se contente pas de ces artifices scénographiques, il dirige aussi merveilleusement ses comédiens, ceux de la Schaubühne de Berlin dont il est le directeur. Lars Eidinger, enlaidi et recroquevillé, réussit le tour de force d'incarner un Richard III à la fois répugnant et séduisant. Deux heures quarante durant, le tyran joue la proximité avec le public, cherchant à tout moment notre acquiescement et faisant de nous ses complices. Et il a de l'humour ce Richard, allant même jusqu'à réveiller un spectateur assoupi au premier rang. 

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Photo : Arno Declair

Le spectacle est en allemand, précisons-le. Thomas Ostermeier a fait le choix d'une nouvelle traduction de l'oeuvre de Shakespeare - traduction confiée à Marius von Mayenburg - en prose plutôt qu'en vers "pour mieux pénétrer la psychologie des personnages" explique-t-il. Le sur-titrage en français découle de cette traduction allemande et non du texte anglais original. Quelques passages mythiques ont cependant été conservés dans la langue originale à notre plus grand plaisir. 

La pièce est une réussite d'un bout à l'autre. Une expérience théâtrale de laquelle on ressort émerveillés et sonnés. Notez  que la pièce sera diffusée sur Arte le 13 juillet 2015 à 22h45. A voir et à enregistrer ! 

Richard III de William Shakespeare, traduction Marius von Mayenburg, mise en scène Thomas Ostermeier. Avec Thomas Bading, Robert Beyer, Lars Eidinger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny Köning, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach, Sebastian Schwartz et le batteur Thomas Witte. Festival d'Avignon, Opéra Théâtre, jusqu'au 18 juillet 2015 (relâche les 10 et 15 juillet). Durée 2h30.
COMPLET

27 janvier 2014

Un ennemi du peuple de Ibsen / Thomas Ostermeier / Théâtre de la Ville

"Don't want to be a richer man"

Pendant une semaine, le Théâtre de la Ville met à l'affiche Un ennemi du peuple de Ibsen dans une mise en scène de Thomas Ostermeier. Une pièce sublime que j'avais eu le plaisir de découvrir lors du festival d'Avignon en juillet 2012. 

Quelqu'un m'a dit un jour "si la mise en scène est bonne et l'interprétation à la hauteur, qu'importe la barrière de la langue". Thomas Ostermeier et les comédiens du Schaubühne Berlin nous permettent, presque à chaque fois,  de vérifier cet adage. Dans cette mise en scène d'Un ennemi du peuple - présentée en allemand surtitréle metteur en scène dépoussière une nouvelle fois Ibsen, son auteur de prédilection

Avant de parler de la "magie" opérée par Ostermeier, évoquons d'abord l'histoire de cette pièce. Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux sont fortement polluées et dangereuses pour la santé des curistes. Fort de cette découverte, il imagine devenir le héros de la cité, le sauveur. Mais les thermes sont une manne financière pour la ville. Dénoncer cette pollution, c'est mettre à mal toute l'économie. Stockmann devient, en l'espace d'une journée, un paria. Son frère, conseiller municipal, et ses amis lui tournent peu à peu le dos, le dénigrent, le discréditent publiquement. 

Pour cette création, Ostermeier a d'abord travaillé le texte. Une adaptation en a été faite avec Florian Borchmeyer. A l'oeuvre originale d'Henrik Ibsen - écrite en 1882 - des extraits nouveaux ont été adjoints. Certains passages, au tournure de phrase un peu désuettes, ont aussi été un peu modifiés. Il en résulte un texte totalement contemporain, résonnant pleinement à nos oreilles, surtout le passage évoquant la crise financière, la nécessaire remise en cause du système. Le débat dépasse largement la pollution des thermes et la question de rendre cela public ou non. Le thème central est celui de la vérité face aux contraintes économiques, du bien général face aux intérêts particuliers. Le docteur Stockmann, s'adressant au public, va même jusqu'à proner la décroissance. Un véritable débat avec le public s'organise alors. Les comédiens se mèlent aux spectateurs et les interrogent. 

La scénographie est aussi la marque de fabrique des spectacles d'Ostermeier. Pour son Othello (présenté notamment à Sceaux en 2011), le plateau était entièrement recouvert d'eau et les comédiens pataugeaient durant tous le spectacle. Ici, la pièce s'ouvre sur un décor assez épuré : mobilier sommaire, murs noirs recouverts de dessin à la craie. Des murs repeints en blanc au cours du spectacle. Le bouquet final : un mitraillage en règle du personnage principal à la peinture multicolore. A chaque fois, Ostermeier parvient à créer une atmosphère. La musique choisie y est également pour beaucoup. Les chansons pop ne sont pas juste là pour agrémenter le récit mais le complètent : les paroles sont d'ailleurs intégrées au surtitrage - comme Changes de Bowie - et les titres interprêtés par les comédiens eux même.

Des comédiens brillantissimes de bout en bout.  Stefan Stern, déjà remarquable dans le rôle de Iago dans Othello, confirme son talent dans le rôle du Docteur Stockmann. A ses côtés, Eva Meckbach (Madame Stockmann), seule femme de la distribution, David Ruland ((Aslaksen), Moritz Gottwald (Billing), Chritoph Gawenda (Hovstad), Thomas Bading (Morten Kiil) sans oublier Ingo Hülsmann qui incarne un politicien terrifiant de cynisme.

Ce soir-là, en juillet 2012 à Avignon, la moitié de la salle était debout au moment des saluts. Une ovation amplement méritée. Les spectateurs du Théâtre de la ville ne seront pas déçus.

Un ennemi du peuple de Henrik Ibsen, adaptation & dramaturgie Florian Borchmeyer, mise en scène Thomas Ostermeier.  Avec Thomas Bading, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Ingo Hülsmann, Eva Meckbach, David Ruland, Stefan Stern. Au Théâtre de la Ville, jusqu'au 2 février 2014. Spectacle en allemand, surtitré en français.  Durée : 2h 

10 avril 2013

Solness le Constructeur au Théâtre de la Colline, Les revenants au Théâtre des Amandiers : deux pièces de Henrik Ibsen à l'affiche

Le dramaturge norvégien Henrik Ibsen est doublement à l'affiche en ce mois d'avril : au Théâtre de la Colline, à Paris, Alain Françon s'attaque à Solness le constructeur tandis qu'au Théâtre des Amandiers à Nanterre, Thomas Ostermeier met en scène Les Revenants

Alain Françon connait bien le Théâtre de la Colline : à la fin des années 90, il en fut le directeur. Pour cette mise en scène de Solness, c'est à Vladimir Yordanoff qu'il a confié le rôle titre.  Mais celle sur qui se posent tous les regards, qui porte la pièce, c'est Adeline d'Hermy. Elle est Hilde, la jeune fille descendue de sa montagne pour retrouver l'architecte et lui rappeler sa promesse.

 Photo Elisabeth Carecchio

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La distribution est somptueuse : outre Vladimir Yordanoff et Adeline d'Hermy, on retrouve notamment Michel Robin et Adrien Gamba-Gontard, ex-pensionnaire de la Comédie-Française.  

Adeline d'Hermy est exceptionnelle : si la jeune comédienne avait déjà prouvé son talent sur la scène du Français (Peer Gynt ou Un Chapeau de paille d'Italie), elle explose littéralement dans cette pièce. Femme enfant, enjouée et vive, elle glisse quelque chose d'irréel dans son personnage, quelques grammes de magie, faisant de cette Hilde à la fois une fée et un lutin diabolique.

Il y a dans cette pièce beaucoup de symbolique. Ibsen fait appel à l'imagerie de l'enfance : un royaume, une tour, une princesse ... mais c'est pour mieux évoquer une condition perdue car cette pièce raconte aussi le déclin, la chute, l'échec. On ne peut devenir un autre, on ne réécrit pas le passé semble nous dire Ibsen. 

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Les Revenants, photo Marion Del Curto

Il est aussi question du passé dans Les Revenants. Un passé qui empoisonne les vivants, paralysés par le poids du secret et le carcan imposé par cette société puritaine de la fin du XIXe siècle.

Le Capitaine Alving était un homme admiré de tous. A sa mort, sa veuve a fait construire un orphelinat en sa mémoire. L'édifice est sur le point d'être inauguré et le Pasteur Manders s'est déplacé pour l'occasion. Mais au fil des confidences de Madame Alving, on découvre que le défunt était loin d'être un homme parfait. Alving n'était qu'un être violent et dépravé. Un non-dit qui ronge son fils Osvald de l'intérieur. Le jeune homme s'est épris de Régine, la bonne. Mais celle-ci est la fille naturelle du capitaine. 

Thomas Ostermeier est un amoureux de Ibsen. Il a déjà monté plusieurs de ses pièces, Hedda Gabler ou encore le magnifique  Un ennemi du peuple,  présenté au Festival d'Avignon en 2012. Le metteur en scène allemand a fait cette fois appel à des comédiens français : Eric Caravaca (Osvald), Valérie Dréville (Madame Alving) mais surtout Mélodie Richard (Régine) et François Loriquet (le pasteur)

Des corbeaux qui volent au dessus d'une lande apparaissent en vidéo sur les murs ; un plateau tournant nous permet de voir la scène sous des axes différents : Ostermeier est un adepte des scénographies à la technique poussée. Pour autant, on ne trouve pas dans Les Revenants ce trait de génie qui le caractérise habituellement. Le metteur en scène nous avait habitués à plus de panache et de folie. On reste un peu sur notre faim. 

Solness, le constructeur de Henrik Ibsen, mise en scène Alain Françon. Avec Gérard Chaillou, Adrien Gamba-Gontard, Adeline D’Hermy de la Comédie-Française, Agathe L’Huillier, Michel Robin, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff. Au Théâtre de la Colline, jusqu'au 25 avril 2013, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30. Réservations : 01 44 62 52 52 Durée 2h15

Les Revenants, d'après Henrik Ibsen, mise en scène Thomas Ostermeier, traduction, adaptation Olivier Cadiot et Thomas Ostermeier.  Avec Eric Caravaca,  Valérie Dréville,  Mélodie Richard,  Jean-Pierre Gos,  François Loriquet. Au Théâtre des Amandiers à Nanterre, jusqu'au  27 avril 2013, t ous les jours à 20h sauf le dimanche à 16h et le jeudi 19h30 (relâche le lundi ).  Réservations : 01 46 14 70 00 Durée : 1h40  
En tournée : à Douai les 6 et 7 mai 2013, à Nantes du 15 au 17 mai 2013, à Thonon les 23 et 24 mai 2013, à Quimper les 29 et 30 mai 2013, à Caen du 5 au 7 juin 2013 e à Montpelleir les 11 et 12 juin 2013.