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12 octobre 2011

Au théâtre de Sartrouville, Laurent Fréchuret livre sa version de "L'Opéra de quat'sous"

"Parce que nous vous voulons du bien ..."

opera4sous-10©JM.Lobbé.jpg

Photos : J-M. Lobbé

Voir deux mises-en-scène différentes d'une même pièce à quelques mois d'intervalle : j'avais déjà fait cela avec Mademoiselle Julie (à la Colline puis à Avignon, dans le IN) et comme j'avais trouvé l'exercice intéressant, j'ai réédité avec L'Opéra de quat'sous.

Après la version Laurent Pelly/Comédie-Française, au printemps, cap cet automne sur le théâtre de Sartrouville et la mise-en-scène du maitre des lieux, Laurent Fréchuret.

Un opéra vraiment de quat'sous cette fois : c'est le dépouillement de la scénographie qui interpelle en premier dans cette version. Pas de décor grandiose : un plateau quasi-nu, l'orchestre sur scène.  Quelques accessoires, certes, quelques meubles pour certaines scènes. Les acteurs jouent plusieurs rôles et lorsque l'on manque de figurants, on met à contribution les musiciens de l'orchestre. Pas de débauche de moyens donc : c'est sur le jeu et les voix que l'on se concentre ici. Et c'est une bonne option : finalement, l'oeuvre de Brecht se suffit à elle même, se savoure sans garnitures.

theatre de sartrouville,opéra de quat'sous,bertolt brecht,laurent frechuretLes voix d'abord. Avec les demoiselles, en tête Laëtitia Ithurbide dans le rôle de Polly Peachum et Sarah Laulan dans celui de Lucy, on est presque à l'opéra : l'interprétation est proche du chant lyrique. Côté jeu, l'ensemble est de qualité. Thierry Gibault fait un Macheath plus proche d'un mafieux sicilien que du chef de gang londonien, Vincent Schmitt est cynique à souhait dans le rôle de Jonathan Peachum, exploiteur de mendiant sans scrupule. Alors que Laurent Pelly nous présentait ce personnage en costume cravate, façon chef de multinationale, on retrouve ici un pauvre hère aussi misérablement vétu que ceux qu'il exploite. Deux visions différentes du même personnage : dans la version de Fréchuret, on pourrait en venir à excuser ses actes en se disant qu'il s'agit là pour lui d'un mode de survie. Dans les personnages "secondaires", on retrouve Philippe Baronnet (Filch et Jacob-les-doigts-crochus) dont je vous avez déjà parlé lors du Festival Odyssées en Yvelines. Il confirme ici mon agréable première impression à son sujet.

Un spectacle qui vaut donc vraiment la peine de se déplacer jusqu'à Sartrouville (même si un vendredi soir, cela m'a coûter 1h40 de bouchons). Amis parisiens qui avez du mal à passer le périph', faites un effort ! Et d'ailleurs, vous n'avez aucune excuse : une navette gratuite part de la place de l'Etoile et vous ramène après le spectacle.

L’Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht, musique Kurt Weill, mise en scène Laurent Fréchuret, direction musicale Samuel Jean. Avec Philippe Baronnet, Elya Birman, Eric Borgen, Eléonore Briganti, Kate Combault, Xavier-Valéry Gauthier, Thierry Gibault, Harry Holtzman, Laëtitia Ithurbide, Sarah Laulan, Nine de Montal, Jorge Rodriguez et Vincent Schmitt. Jusqu'au 21 octobre 2011 au Théâtre de Sartrouville, à 20h30 (mardi, jeudi,vendredi, samedi) ou 19h30 (lundi et jeudi). Renseignements : 01 30 86 77 79

Le spectacle sera ensuite en tournée, à Cergy, Forbach, Angoulême, Marseille, Saint-Quentin-en-Yvelines, Vellein, Chalon-sur-Saône, Saint-Etienne, Alès, Vire (Basse-Normandie) et Argentan, entre novembre 2011 et mars 2012.

12 février 2011

"De la salive comme oxygène" pour le festival Odysées en Yvelines

"Et toi, t'as quel âge ?"

Malheureusement, la plupart d'entre vous ne verra pas cette pièce. Peut-être vos enfants auront-ils cette chance, eux. Du moins, s'ils sont scolarisés dans les Yvelines. Car cette création est spécialement conçue pour être jouée dans une salle de classe, devant des collégiens et lycéens. La pièce s'intitule De la salive comme oxygène. Elle est écrite par Pauline Sales et mise en scène par Kheireddine Lardjam. Une pièce proposée dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines.

Pauline Sales ... jusqu'à la semaine dernière je n'avais jamais entendu parlé d'elle. Jusqu'à la lecture proposée dans le cadre du bureau des lecteur de la Comédie français. C'est elle qui a co-traduit Débris de Dennis Kelly (drôle de coïncidence). D'elle, les organisateurs du festival, surpris que je ne la connaisse pas, m'ont dit que c'était "une des auteurs contemporains les plus prometteurs". Le texte qui s'est joué devant moi ce jour-là est en tout cas un beau présage.

Un jeune homme, au look très ado - interprété par le comédien Philippe Baronnet - déboule dans une salle de classe. Apparemment, il n'a rien à faire là et essaye de ne pas se faire prendre par les profs (pour établir les contacts avec 25 collégiens ou lycéens, on ne fait pas mieux). Il les interpelle, leur pose des questions, n'attend même pas les réponses, les chambre ... passe de table en table, monte sur les bureaux, vide son sac (au sens propre).
Pourtant, on sent bien que quelque chose cloche avec ce garçon-là. Comme s'il avait un peu déraillé. Il nous parle de vie, de mort, de sexualité, de suicide. Les lycéens devant nous, partie prenante de la pièce - l'un d'entre eux nous dira à la fin de la représentation "j'ai aimé cette pièce  parce qu'on est pas devant la scène, le décor, c'est nous" -  sont scotchés. Les thèmes abordés semblent les toucher, trouver une résonance en eux ... 
Et l'ont sait pourtant que les groupes scolaires sont le public le plus difficile : les élèves n'ont pas choisi de venir et peuvent s'avérer impitoyables. Après la pièce, Philippe Baronnet avoue son stress avant chaque représentation, avant de découvrir la classe à laquelle il a affaire. Certaines lui donnent parfois clairement l'impression de vouloir en découdre. Et puis il y a le trac de se livrer à ce point, sans barrière (il y a même un passage où il est couché sur un des bureaux). Ce jour-là, au lycée Jules Verne de Sartrouville, tout s'est passé sans heurt. Des élèves attentifs de bout en bout et se révélant emballés lors de la discussion qui a suivi.
Pour arriver à ce résultat, des lycéens ont été mis au coeur du processus de création : deux années scolaires passées en résidence dans un lycée à Maurepas, des échanges dans des collèges normands et d'Oran, en Algérie, d'où est originaire le metteur en scène.

La pièce tournera dans les collèges et lycées des Yvelines, jusqu'au 2 avril. Beaucoup de dates et beaucoup de lieux, comme pour les sept autres créations proposées dans le cadre de ce festival (les autres créations se jouent dans des salles de théâtre). Pour cette édition, l'accent a été mis sur des pièces venant de l'étranger. Quand on s'appelle Odyssées, le voyage c'est un peu normal, non ?

Odysées en Yvelines, biennale de création théâtrale, jusqu'au 2 avril 2011. Renseignement : 01 30 86 77 79
www.theatre-sartrouville.com