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27 décembre 2014

L'Affaire de la Rue de Lourcine de Labiche / Yann Dacosta / Reprise au Théâtre 13

"Ne soyez pas prompts à nous condamner,
Et pesez bien tout dans votre justice."

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Humour et noirceur : voilà les deux mots qui résumeraient le mieux L'Affaire de la rue de Lourcine, pièce en un acte d'Eugène Labiche. Après quelques représentations au TOP à Boulogne à l'automne, la pièce, mise en scène par Yann Dacosta, s'installe dès le 6 janvier au Théâtre 13.

C'est l'histoire d'un lendemain de fête. Un lendemain plus que difficile, de ceux où l'on a l'impression de se lever avec les cheveux qui poussent à l'intérieur du crâne et où la soirée de la veille reste floue ... très floue. Lenglumé, grand bourgeois parisien, se réveille au lendemain de cette nouba totalement déboussolé et découvre un autre homme dans son lit. Compagnon de débauche, l'intrus, un dénommé Mistingue, ne se rappelle pas plus les détails de la soirée. Un parapluie et un mouchoir perdu, quelques morceaux de charbon au fond des poches : voilà les seuls indices dont disposent nos deux pochtrons. Des indices qui, à la lecture d'un morceau de journal froissé, laissent à penser qu'ils ont commis la veille un meurtre.

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Il y a beaucoup d'humour dans le texte de Labiche. Beaucoup de noirceur aussi. Même l'heureux dénouement et l'innocence de Mistingue et Lenglumé créent le malaise : ces deux-là se sont montrés sous leur vrai jour, prêts à tout pour camoufler leur crime, et ont dévoilé la laideur de leur âme. Un aspect renforcé par la mise en scène de Yann Dacosta et la scénographie de Fabien Persil et William Defresne. Loin de l'intérieur bourgeois fin 19e auquel on pouvait s'attendre, on se retrouve dans une chambre au décor étrange - des portes capitonnées de noir, un lit rond aux draps noirs - à mi-chemin entre l'esthétique porno-kitsch et le manoir de la famille Adams ... 

Guillaume Marquet(récompensé par un Molière pour son rôle dans Le Dindon mis en scène par Philippe Adrien) et Benjamin Guillard sont magistraux dans les deux rôles principaux. Il y a dans leur duo quelque chose de Laurel et Hardy. Le reste de la distribution est également d'un excellent niveau et les interludes musicaux fonctionnent à merveille. Un spectacle que l'on n'hésite donc pas à vous recommander ! Après cette création au TOP à Boulogne, la pièce fera une longue tournée avec six semaines d'étapes au Théâtre 13 à Paris (en janvier - février). Pas d'excuses donc ... 

L'Affaire de la Rue de Lourcine de Eugène Labiche, mise en scène Yann Dacosta. Avec Jean-Pascal Abribat, Pierre Delmotte, Pauline Denize, Pablo Elcoq, Helene Francisci, Benjamin Guillard et Guillaume Marquet. 
Au Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne, jusqu'au 12 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 heures. Réservations au 01 46 03 60 44.
Au Théâtre 13 (Paris 13e), du 6 janvier au 15 février  2015, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30.  Durée 1h15

En tournée :
- du 30 octobre au 2 novembre 2014 : Théâtre de l’île – Nouméa (Nouvelle-Calédonie)
- 7 novembre 2014 : L’archipel 
– Granville (50)
- 14 novembre 2014 : Théâtre des Sources – Fontenay aux Roses (92)
- 27 au 29 novembre 2014 
: Le Trident – Scène Nationale de Cherbourg (50)
- 5 décembre 2014 : L’Éclat Pont – Audemer (27)
-  9 décembre 2014 : : Quai des Arts - Argentan (61)  
- 12 décembre 2014 : Théâtre Municipal de Fontainebleau (77)
- 17 au 20 dé
cembre 2014: TAPS Scala – Strasbourg (67)
- 2 avril 2015
: Théâtre Roger Barat – Herblay (95)
- 9 et 10 avril 2015 : La Gallia Théâtre – Saintes (17)
- 21 avril 2015: Le Rive Gauche 
– Saint-Etienne du Rouvray (76)
- 19 mai 2015 : Théâtre des Chalands – Val-de-Rueil (27)

10 novembre 2012

Naples millionnaire ! de Eduardo de Filippo, mise-en-scène par Anne Coutureau, reprise au Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne.

"Au fond, il suffit d'une histoire napolitaine
pour toucher à l'universel !"

Critique publiée lors des représentations au Théâtre de la Tempête en janvier 2012. 

Ça commence par une projection sur un drap tendu, la distribution de la pièce,  avec un arrière fond musical. Un générique pendant lequel la scène commence à s'animer. Les comédiens circulent dans le décor, on rammasse le linge  qui séchait là. Hommage appuyé au cinéma, au mouvement néoréaliste italien. La pièce date à peu près de la même époque. Naples millionnaire ! a été écrite en 1945. Et chose assez surprenante, c'est la première fois qu'elle est présentée en France !

Eduardo de Filippo (dont on a pu voir La Grande Magie à la Comédie-Française il y a peu) est un personnage majeur en Italie. Dramaturge, mais aussi comédien, il a même été nommé sénateur à vie. Son décés, en 1984, a donné lieu à un hommage national. Mais pourquoi De Filippo est-il aussi méconnu en France ? Probablement parce que, échaudé par une mauvaise critique, il a refusé pendant 20 ans que ses oeuvres soient jouées ici. C'est en tout cas la théorie de sa traductrice, Huguette Hatem.

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Sacha Petronijevic. Photo : CLL

L'intrigue de Naples millionnaire ! se déroule pendant la guerre, à Naples vous l'aurez déviné, dans un quartier populaire où l'on tente de survivre. Pour nourrir les siens, Amalia Jovine (Perrine Sonnet) s'adonne au marché noir. Son mari, Gennaro (Sacha Petronijevic) ne cautionne pas cela. Mais il faut bien vivre ... et puis, depuis son retour de la guerre, la précédente, il n'est plus tout à fait le même, perdu dans ses  chimères, ses théories. Alors, à dire vrai, tout le monde se fiche un peu de son avis. Gennaro disparait deux ans. Deux années au cours desquelles le business d'Amalia prospère. C'est maintenant l'opulence pour la famille Jovine. Mais à quel prix ! L'inflexible Amalia est désormais une vraie usurière, elle a saigné tout le quartier mais a aussi délaissé ses enfants. C'est là que Gennaro réapparait, de retour des camps.

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Francesco Calabrese et Eloïse Auria. Photo : CLL

Gennaro, figure du père aimant, mais aussi homme honnête, c'est la voix de De Filippo, homme engagé, humaniste, proche du parti communiste italien. Formidable scène où il tente de raconter ce qu'il a vécu, ce qu'il a vu dans les camps. Les autres, sa famille, ses proches, sont en train de s'empiffrer autour de la table et n'ont de cesse que de l'interrompre, de le faire taire. "La guerre est finie Gennaro, mange !". Tous les rescapés des camps ont mis en avant cette impossibilité de parler, Jorge Semprun en tête, c'est un fait communément admis aujourd'hui : les autres ne voulaient pas entendre, ne voulaient pas savoir ... mais De Filippo écrit cela en 1945, rappelons le ! Le dénouement  fera sourire les cyniques, peut-être, mais il vient pudiquement rappeler ce que c'est qu'être un homme honnête.

Un texte émouvant donc auquel vient s'ajouter une superbe mise en scène. Décors et costumes nous montrent habilement l'évolution de la famille Jovine. Une table usée et des chaises en bois déparaillées au début, lourde table massive et fauteuils cossus ensuite. Le changement se fait à vue, dans une chorégraphie millimétrée, nous donnant ainsi à voir le temps qui passe. Et que dire de l'interprétation ? Rien justement car elle est parfaite. Aucun comédien ne faillit à son rôle, tous sont poignants tant ils sont vrais.

Un magnifique spectacle que je vous recommande vivement. Et gageons que cette oeuvre soient enfin connue du plus grand nombre. Merci en tout cas à Anne Coutureau d'avoir si bien  su la mettre en lumière.

Naples millionnaire !  de Eduardo De Filippo (texte français Huguette Hatem), mise en scène Anne Coutureau. Avec Eloïse Auria, Pierre Benoist, Francesco Calabrese, Patrick Courteix, Cécile Descamps, Emmanuel Gayet, Pascal Guignard, Gaëtan Guilmin, David Mallet, Pauline Mandroux, Sacha Petronijevic, Sophie Raynaud et Perrine Sonnet. Au Théâtre de la Tempête (salle Copi) jusqu'au 19 février 2012.
Réservations au 01 43 28 36 36.

Reprise au TOP de Boulogne-Billancourt du mercredi 21 au dimanche 25 novembre 2012, du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 16 heures. Réservations au 01 46 03 60 44 

20 octobre 2012

Une plongée éblouissante au coeur des "Mystères de Paris"

"Y'a une riche misère à Paris."

Un magnifique spectacle et une prouesse en ce qui concerne l'adaptation : voilà les deux premières réflexions qui viennent spontanément après avoir vu Les Mystères de Paris, mis en scène par William Mesguich.

Mais comment représenter un roman de plus de 1500 pages sur scène en 2h15 ? C'est la question que je me suis posée dès le départ. L'artifice utilisé est parfait : conserver presque in extenso les scènes clefs et faire appel à un monsieur/madame Loyal (les comédiens endossent sa cape et son chapeau haut-de-forme tour à tour) pour nous résumer le reste de l'intrigue. Adaptation dans l'esprit de l'oeuvre puisqu'on y retrouve par ce biais l'aspect feuilletonnesque du récit d'Eugène Sue. 

Les Mystères de Paris furent en effet - dans un premier temps - publiés par épisode dans Le Journal des débats pendant. On retrouve dans cette histoire, Rodolphe (William Mesguich), jeune aristocrate qui se déguise pour venir en aide aux nécessiteux dans les bas-fonds de Paris. Il rencontre Fleur-de-Marie (Sterenn Guirriec), une jeune fille pauvre livrée à la rue, le Chourineur, repris de justice au grand coeur ... mais aussi des personnages moins sympathiques voire carrément abjects comme la Chouette et son homme, surnommé le Maitre d'école. Au fil de l'histoire, vous découvrirez ce qui pousse Rodolphe à agir ainsi et comment, bien qu'il l'ignore, son histoire est liée à celle de Fleur-de-Marie. 

La scénographie (réalisée par Anne Lezervant) réussit à nous entrainer dans le Paris populaire du 19e siècle.  Quelques tuyaux rouillés sur la scène, des loges à peine dissimulées derrière des rideaux de fils : décor minimum mais énorme travail sur les lumières (signées Mathieu Coutaillier).  On est plongé dans une atmosphère sombre et brumeuse, angoissante à souhait.

Plus de 20 rôles pour sept comédiens : la distribution n'est pas aisée. Chacun doit jongler entre plusieurs personnages haut en couleurs, personnalités très marquées mais pas caricaturales pour autant. Mention spécial pour l'horrible Chouette (Zazie Delem) dont le rire fait froid dans le dos (Cruella et Maléfice peuvent aller se rhabiller!) et la gentille Rigolette (Marie Frémont), affublée d'une zozettement qui la rend encore plus sympathique. Et lorsque deux personnages incarnés par le même comédien se retrouvent dans une même scène, on atteint des sommets : Romain Francisco - le Chourineur profil droit, François Germain profil gauche - surmonte cette difficulté sans que nous perdions le fil un seul instant. 

C'est un réel plaisir de découvrir cette fabuleuse histoire sur scène, de voir ces héros prendre vie. Si vous n'avez jamais lu l'oeuvre d'Eugène Sue, vous apprécierez également, j'en suis certaine. La pièce ne se joue que quelques jours au Théâtre de l'Ouest parisien mais part en tournée et sera pour un mois au Théâtre de la Tempête en mai : n'hésitez pas ! 

Les Mystères de Paris de Eugène Sue, adaptation Charlotte Escamez, mise en scène William Mesguich. Avec Jacques Courtes, Zazie Delem, Romain Francisco, Marie Fremont, Sterenn Guirriec, Julie Laufenbuchler, William Mesguich. Au Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne-Billancourt (92) jusqu'au 23 octobre 2012.

En tournée ensuite :
Le jeudi 25 octobre 2012 à 20h30 au Théâtre Victor Hugo à Bagneux (92)
Le jeudi 8 novembre 2012 à 20h30 à l’ Espace Fayolle de Guéret (23)
Le mardi  18 décembre 2012 à 20h30 à l’Espace Camille Claudel de Saint Dizier (52)
Le vendredi 22 mars 2013 à 21h00 au Sud Est Théâtre à Villeneuve Saint Georges (94)
Le jeudi 18 avril 2013 à 20h30 au Théâtre Jacques Cœur de Lattes (34)

Et du jeudi 16 mai 2013 au dimanche 16 juin 2013 au Théâtre de la Tempête (du mardi au vendredi à 20h et le dimanche à 16h).