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10 mai 2015

Touchée par les fées de Marie Desplechin / Théâtre de l'aquarium

"En général, l'histoire c'est lui qui la raconte"

Touchée par les fées : un titre plein de poésie pour ce seul en scène, écrit par Marie Desplechin et joué par Ariane Ascaride. Le spectacle est à l'affiche au Théâtre de l'Aquarium (Cartoucherie de Vincennes) jusqu'au 17 mai 2015 puis au Théâtre du Gymnase à Marseille.

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Photo : J.L. Fernandez 

Dans sa combinaison rouge d'ouvrier, Ariane Ascaride s'avance vers nous pour nous parler d'elle. Elle que l'on croit si bien connaitre mais que l'on confond peut-être un peu avec les rôles qu'elle interprête devant la caméra de son mari Robert Guédiguian ... alors pour mieux casser cette image, Ariane Ascaride commence par nous raconter un de ses rêves, un rêve sanglant où elle doit faire preuve de violence pour survivre.  La suite sera beaucoup plus pacifique et poétique : ses premières expériences théâtrales sous la direction d'un père coiffeur et metteur en scène à ses heures avec ses camarades résistants ;  son attrait pour les créatures surnaturelles - anges, fées et autres elfes - et son rêve inassouvi d’interpréter Puck dans Le Songe d'une nuit d'été ... Une enfance où tout n'est pourtant pas si rose. Les difficultés financières de sa famille, les infidélités de son père : la comédienne ne passera rien sous silence au cours de ce spectacle mais tout est dit avec pudeur et délicatesse. Avec beaucoup d'amour aussi.
 
Reste cependant un bémol : loin de conter une histoire linéaire, Ariane Ascaride nous fait un récit sous forme de flashes et enchaîne les digressions. On avance, on revient en arrière au risque de se perdre un peu dans les méandres de sa mémoire. Une comédienne des plus sympathiques qui entreprend de nous raconter son enfance marseillaise, un texte taillé sur mesure par une écrivaine de renom  : on s'attendait à adorer ce spectacle, forcément ! L'on ne peut se sentir qu'un peu déçue, au final, d'avoir simplement bien aimé...  
 
Touchée par les fées de Marie Desplechin, mise en scène Thierry Thieû Niang. Avec Ariane Ascaride. Au Théâtre de l'Aquarium, du jeudi au samedi à 20h30, dimanche 16h, jusqu'au 17 mai 2015. Réservations au 01 43 74 99 61. Au Théâtre du Gymnase à Marseille, du 28 au 30 mai 2015. Durée : 1h05.

10 mars 2015

En attendant Godot de Samuel Beckett / Théâtre de l'Aquarium

"- Ça fait passer le temps.
- Il serait passé sans ça.
-Oui. Mais moins vite."

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Photo : Tristan Jeanne-Vales

Une mise en scène à six mains : c'est suffisamment rare pour être remarquable ! Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet se sont alliés pour monter En attendant Godot de Samuel Beckett. La pièce, créée il y a un an à la Comédie de Caen, est à l'affiche jusqu'au 29 mars 2015 au Théâtre de l'Aquarium, à la Cartoucherie de Vincennes.

Un chemin de graviers, un arbre sans feuille, un fond bleuté à l'horizon :  Vladimir et Estragon errent dans un no man's land, un univers quasi post-apocalyptique. Ils attendent Godot, mystérieux personnage qui ne viendra jamais. Alors Estragon et Vladimir trompent leur ennui comme ils peuvent. Dans leur attente, ils rencontrent Pozzo et son étrange domestique Lucky. La journée s'écoule, une autre recommence, presque identique.   

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Photo : Tristan Jeanne-Vales

Pièce phare du théâtre de l'absurde, En attendant Godot suscite beaucoup d'interrogations en nous. Qui est ce Godot qu'on attend tel un sauveur sans autre alternative ? Un symbole de l'espérance d'un ailleurs, d'une vie meilleure ? Le temps lui-même semble s'écouler différemment, se dilater : l'on ne sait finalement si les événements précédents ont eu lieu la veille où il y a fort longtemps. Le vide, la vacuité de la vie sont au coeur de ce texte.

Les trois metteurs en scène ont imaginé Vladimir et Estragon comme des migrants et ont pour cela fait appel à deux comédiens ivoiriens, Michel Bohiri et Fargass Assandé. La pièce n'en devient qu'encore plus contemporaine. Ils ont également opté pour une vision clownesque de l'oeuvre de Beckett, faisant de Lucky (Jean Lambert-wild) un clown blanc et de Pozzo (Marcel Bozonnet) l'Auguste, son alter ego. Et comme au cirque, le dominé n'est pas forcément celui que l'on croit.

Le tout reste cependant très sobre, sans fioriture. Le dramaturge irlandais ne laissa, il est vrai, qu'une faible marge de manoeuvre à ceux qui s'attaqueraient à sa pièce tant les didascalies sont nombreuses et précises. Le  travail se base essentiellement sur le rythme des mots. Le monologue de Lucky (Jean Lambert-wild) par exemple, longue tirade sans ponctuation quasiment injouable, devient ici le point d'orgue de la pièce. Le rythme, l'intonation montent peu à peu jusqu'à ce que le domestique, mi-homme mi-animal, semble atteindre la transe. Les cinq comédiens livrent une interprétation parfaite donnant au mieux à entendre, à comprendre, ce texte parfois abscon. Remarquable !

A noter : on peut retrouver sur le site Culturebox, un carnet de bord de la création du spectacle.

En attendant Godot de Samuel Beckett, direction Jean Lambert-wild, Lorenzo Malaguerra et Marcel Bozonnet. Avec Fargass Assandé, Marcel Bozonnet, Michel Bohiri, Jean Lambert-wild, Lyn Thibault. Au Théâtre de l'Aquarium (Cartoucherie de Vincennes), du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h, jusqu'au 29 mars 2015. Réservations au 01 43 74 99 61. Durée du spectacle : 1h50.