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08 juin 2015

Oliver Twist de Charles Dickens / Olivier Mellor / Théâtre de l'Epée de bois

"J'en ai vu de son âge, et même des plus vieux que lui,
faire les mêmes simagrées, pendant une minute"

Au Théâtre de l'Epée de bois, le metteur en scène Olivier Mellor nous propose une immersion, plutôt réussie, dans les bas-fonds du Londres victorien avec Oliver Twist de Charles Dickens. Une adaptation musicale signée Eric de Dadelsen et Danièle Klein.

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Oliver Twist, rappelons le, est un orphelin élevé dans un hospice. Parce qu'il a osé demandé un peu plus de nourriture, l'enfant est placé comme apprenti chez un croque-mort d'où il s'enfuit avant d'être récupéré par une bande de voleurs. A plusieurs reprises, Oliver en échappe, recueilli par des bonnes gens chez qui il trouve le réconfort d'un foyer. Mais les bandits le retrouvent à chaque fois ... jusqu'à ce que le secret de la naissance d'Oliver Twist soit enfin révélé.

Adapter le roman de Dickens n'a pas dû être une chose aisée. Pour se faire une idée de l'épaisseur de l'ouvrage et de l'intrigue, il faut savoir qu'Oliver Twist a été publié sous forme de feuilleton dans un journal pendant deux années, entre 1837 et 1839. Alors forcément pour nous narrer cette histoire en moins de deux heures, les adaptateurs ont dû faire des choix.  L'épisode de l'orphelinat est ainsi rapidement esquissé et de nombreuses ellipses sont faites au départ. Passé ce rythme effreiné des premières minutes - où l'on peut parfois avoir du mal à suivre -  on se laisse totalement entrainer dans les péripéties que doit affronter Oliver.

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Photo © Ludo Leleu

Le brouillard londonien est là, les méchants hideux et cruels aussi. Il y a Monks alias Leeford (Adrien Michaux) et son rire machiavélique si bien réussi ; il y a aussi Fagin (François Decayeux) le maitre des voleur, vieillard répuyant. Tous deux parviennent effroyablement à réveiller nos peurs enfantines dans une atmosphère paradoxalement très réaliste. On croirait presque sentir l'odeur pestilentielle de la fange tant la reconstitution est réussie ... avec pas grand-chose pourtant : seulement deux échafaudages qui serviront de supports à tous les décors et quelques meubles au gré des scènes. Les moyens ont été mis sur la distribution avec - phénomène rare - une vingtaine de comédiens sur le plateau, musiciens et marionnettistes compris. Il n'en fallait pas moins pour incarner autant de personnages. 

Les chansons ponctuent le récit sans être omniprésentes, faisant de cette pièce un spectacle musical plutôt réussi avec un petit quelque chose qui nous rappelle L'Opéra de Quat'sous. Cet Oliver Twist vaut donc largement un petit déplacement à la Cartoucherie de Vincennes.


Oliver Twist d'après Charles Dickens, mise en scène Olivier Mellor. Avec Thomas Champlois et Léonard Jacquot (en alternance), Adrien Michaux, Stephen Szekely, François Decayeux, Rémi Pous, Marie-Béatrice Dardenne, Jean-Christophe Binet, Marie Laure Boggio, Dominique Herbet, Marie-Angèle Moreno, Boris Benezit, Séverin Jeanniard, Cyril Schmidt, Romain Dubuis, Louis Noble, Olivier Mellor, Jocelyne Durand. Au Théâtre de l'Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes), le jeudi et le vendredi à 20h30, le samedi à 16h et 20h30, le dimanche à 16h, jusqu'au 28 juin 2015. Réservations au 01 48 08 39 74. Durée : 1h50.

17 mars 2015

Mesure de nos jours de Charlotte Delbo / Claude-Alice Peyrottes / Théâtre de l'Epée de Bois

"Seules leurs voix demeuraient ..."

Au Théâtre de l'Epée de bois, Claude-Alice Peyrottes adapte et met en scène Mesures de nos jours de Charlotte Delbo, écrivaine résistante rescapée des camps.

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Charlotte Delbo est une femme de théâtre. Secrétaire de Louis Jouvet, cette militante communiste décide de rejoindre la Résistance alors qu'elle participe à une tournée en Amérique latine. L'histoire dit que Jouvet tenta de la retenir ... en vain. C'était en 1941. Elle et son mari furent arrêtés un an plus tard. Lui, fusillé au Mont-Valérien ; elle déportée. Un convoi de 230 femmes parti de Compiègne direction Auschwitz, destination pourtant inhabituelle pour les déportées politiques. Quarante-neuf d'entre elles seulement en revinrent, vingt-sept mois plus tard. Avec une idée fixe : témoigner.

Mesures de nos jours est la troisième partie de l’œuvre intitulée "Auschwitz et après". L'ouvrage (dont la forme initiale n'est pas théâtrale précisons-le) se concentre sur la difficulté de reprendre le cours de sa vie après une telle épreuve. Charlotte Delbo fait témoigner quatre résistantes, ses compagnes de captivité, ainsi qu'une déportée juive qu'elle rencontra en maison de convalescence, à l'issue de la guerre.

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Photo : Stéphanie Petitjean


Six voix qui se mêlent et s'entremêlent pour raconter. A tour de rôle, chacune se lève pour livrer son histoire. Les autres écoutent, réagissent. Face à l'horreur de ce qu'elles ont vécu, elles font parfois, malgré tout, preuve d'humour. Est-il plus facile d'avoir un mari ancien déporté lui aussi ? L'une le croit, tant il lui est difficile de communiquer avec son époux. Mais une autre s'empresse de la détromper : les hommes sont de petites natures qui se remettent plus difficilement et geignent du matin au soir.

Le récit le plus poignant est sans nul doute celui d'Ida, la déportée juive que Charlotte rencontra à son retour. Ida Grinspan n'avait que 14 ans à son arrivée à Auschwitz. Le voyage et la déportation, Ida les a vécus seule, loin des siens car l'adolescente avait été placée en famille d'accueil à la campagne au début de la guerre. Une l'émotion renforcée par la présence dans la salle lors de cette représentation là d'Ida. Aujourd'hui octogénaire, Ida a lu et relu les écrits de Charlotte Delbo dont elle est restée très proche, jusqu'à la mort de l'écrivaine en 1985. Mais c'était la première fois qu'elle entendait ces mots, qu'elle se voyait sur scène. Alors forcément, à la fin de la pièce, ses larmes humectèrent les yeux de chaque spectateurs...


Loin d'être sombre, l'oeuvre de Charlotte Delbo nous montre aussi la force de cette amitié née de l'horreur. Les absentes, mortes là-bas, et les interrogations sur ce qui fait que telle a survécu et non telle autre sont au cœur de leurs discussions, certes, mais ce que met en valeur la pièce, c'est l'immense complicité de ces femmes. En cela elle apporte un message positif et porteur d'espoir. 

Mesures de nos jours de Charlotte Delbo, adaptation et mise en scène Claude-Alice Peyrottes. Avec Sophie Amaury, Sophie Caritté, Marie-Hélène Garnier, Claude-Alice Peyrottes, Maryse Ravera et Maud Rayer. Au Théâtre de l'Epée de bois (Cartoucherie de Vincennes), jeudi et vendredi 20h30, Samedi 20h et 16h, dimanche 16h, jusqu'au 22 mars 2015. Réservations au 01 48 08 39 74. Durée : 1h20.

15 mars 2013

Une vision hypnotique de Médée au Théâtre de l'Epée de Bois

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Sur la scène du Théâtre de l'Epée de bois, Diana Dobreva nous livre sa vision du mythe de Médée. Sous titré L'insomnie de l'amour monstre, le spectacle s'appuie sur des textes d'Ovide, Euripide, Müller ou encore Borges. 

Au coeur de la pièce : la passion. Ce mythe antique nous est raconté de façon lapidaire, à travers quelques flash. On ne rentre pas dans les détails du récit. Les argonautes, la quête de la toison d'or, la séduction de Jason, la mort du frère de Médée,  ... tout cela n'est qu'un arrière-fond. Les dialogues se concentrent sur l'histoire de ce couple. Mots d'amours de Médée et Jason enlacés, paroles de désespoir de l'amoureuse délaissé, cris de douleur de la femme blessée... 

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Médée est une femme bafouée, malmenée : voilà de quoi justifier l'infanticide, en somme. 

Plus que le jeu des comédiens ou la construction de l'intrigue, c'est l'aspect pictural de cette pièce que l'on retiendra surtout. Il y a une grande recherche esthétique et visuelle dans le travail de Diana Dobreva. Les déplacements sur le plateau sont lents, très chorégraphiés. Les costumes et la scénographie géométrique frappent les esprits. 

Une construction qui séduit plus par l'image que par les mots, laissant les spectateurs comme hypnotisés.  

Médée, l'insomnie de l'amour monstre, d'après Ovide, Euripide, Heiner Müller, Jorge-Luis Borges et Diana Dobreva, mise en scène de Diana Dobreva. Avec Diana Dobreva, Olivier Raynal, Jean-Charles Mouveaux, Aneli Pino. Au Théâtre de l'épée de bois (cartoucherie de Vincennes), du 19 mars au 7 avril 2013, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 48 08 39 74. Durée : 1h10