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15 avril 2015

"Emma mort, même pas peur" de Meriem Menant / Kristin Hestad / Théâtre 71 (Malakoff) et tournée

"Waouw, ça donne la pêche !"

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 Photo : Pascal Gely

Et si on riait un peu de la mort ? Si on prenait tout cela à la dérision, histoire d'exorciser nos angoisses ? C'est ce que nous propose Emma la clown, alias Meriem Menant, avec son nouveau spectacle Emma mort, même pas peur.  A découvrir jusqu'à demain, jeudi 16 avril 2015, au Théâtre 71 à Malakoff puis en tournée.

Voilà plus de 20 ans qu'Emma la clown existe. Après avoir exploré la psychanalyse (Emma sous le divan), la religion (Dieu est-il une particule) et avoir fait des conférences avec Catherine Dolto, elle s'attaque cette fois à la mort. Et comme elle le dit si bien elle même, ça nous fout la frousse à tous. Alors Emma a décidé de tester la chose pour nous ... 

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Photo : Pascal Gely

Pour bien commencer, il faut songer à l'après. Etape numéro 1 : écrire son testament. Mais à qui léguer sa chaise, sa table, son stylo et ses guenilles ? Les spectateurs du premier rang feront l'affaire ... Et seront mis à contribution tout au long du spectacle. Reste ensuite à préparer son corps, le convaincre de rentrer dans le cercueil (acheté d'occasion sur le net). Les jambes restent récalcitrantes à cette expérience, conduisant ainsi Emma à une étrange chorégraphie. 

Entre deux chansons réécrites pour l'occasion, une séance de chamanisme dans un costume en peaux de peluches et de multiples grimaces, Emma nous dit aussi des choses profondes, subtiles. Avec cette évocation de la mort, elle nous fait encore plus aimer la vie. Ultime note poétique avec ses dernières volontés : quitter le monde en mangeant une banane, sur du Bach joué par Menuhin en regardant la neige tomber. On en pleure d'émotion après avoir pleuré de rire. Magique ! 

Emma mort, même pas peur ! écriture et jeu Meriem Menant, mise en scène Kristin Hestad. Durée du spectacle 1h20. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 16 avril 2015 (mardi à 20h30, mercredi et jeudi à 19h30). Réservations au 01 55 48 91 00.
En tournée : le 13 juin La Grange Dîmière à Fresnes (résa au 01 49 84 56 91). Les autres dates sont en ligne sur le site d'Emma la clown.

13 mars 2015

Histoire d'une vie de Aharon Appelfeld / Bernard Levy / Théâtre 71 (Malakoff)

"Il n'y a rien à dire"

Histoire d'une vie@Pierre-Yves Mancini - 2.jpgPhoto : Pierre-Yves Mancini

Une vie passée à se reconstruire après une enfance brisée par la Shoah. Un comédien, seul en scène pour nous livrer les mots de Aharon Appelfeld, écrivain juif échappé d'un camp de concentration alors qu'il n'avait que 10 ans. Histoire d'une vie est à découvrir jusqu'au 19 mars 2015 au Théâtre 71 de Malakoff, dans une mise en scène de Bernard Levy.

C'est un récit bouleversant. Un de ceux qui vous forcent à étouffer des sanglots dans votre fauteuil. Parce que l'histoire est tragique, bien sûr, mais surtout parce que le récit s'attache à décrire autre chose que ce que l'on a souvent entendu sur la Shoah. Aharon Appelfeld ne nous raconte pas sa vie dans la camp : ce qu'il nous raconte c'est l'avant et l'après. Son enfance en Bucovine (l'actuelle Roumanie) et sa vie d'adulte en Israël. L'on comprend alors ce qu'il a perdu et comment il a du réapprendre à vivre.

Histoire d'une vie..Pierre-Yves Mancini.jpg
Photo : Pierre-Yves Mancini

La cage de scène est rétrécie, créant une fausse perspective. Sur les murs, des mots apparaissent. Tantôt assis sur une chaise, seul accessoire du décor, tantôt debout faisant les cent pas, Yves Bosc porte cette parole, ces souffrances une heure durant.

Le souvenir que laissent la première pomme trouvée dans la forêt lors de la fuite, le premier ruisseau dans lequel l'on se désaltère ... Appelfeld s'attache à décrire la mémoire du corps. Les mots sont simples mais magnifiques. Il y a aussi cette longue marche dans la boue et le froid et les efforts d'un père pour sauver son enfant. Malgré sa grande carcasse, Yves Bosc est soudain ce petit garçon dont le père s'échine à réchauffer les pieds contre son ventre chaque soir.

Devenu orphelin, Appelfeld est envoyé en Israël dès 1946. Lui qui a déjà perdu ses parents perd alors sa langue. Ne plus parler allemand, yiddish ou ruthène, ses langues maternelles, mais hébreu. Un nouveau langage qu'il faut apprivoiser pour se reconstruire. L'amour des mots c'est finalement ce qui a sauvé Aharon Appelfeld. Un amour des mots si bien retranscrit dans cette pièce. Le texte est magnifique, redisons-le, l'interprétation sobre, avec juste ce qu'il faut d'émotion pour ne pas tomber dans le pathos. Une très très belle adaptation.

Histoire d'une vie de Aharon Appelfeld, traduction Valérie Zenatti, adaptation Jean-Luc Vincent et Bernard Levy, mise en scène Bernard Levy. Avec Thierry Bosc et les voix de Zohar Wexler, Emmanuelle Grangé, Bernard Weisbrot et Robert Hatisi. Au Théâtre 71 à Malakoff, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30 et dimanche à 16h, jusqu'au 19 mars 2015. Réservations au 01 55 48 91 00. Durée : 1h15

06 février 2015

Grand Fracas issu de rien / Pierre Guillois / Théâtre 71 à Malakoff

"Je ne suis pas déçue."
 

Qu'est-ce qui relie un gymnaste, un jongleur, une soprano colorature, un percussionniste et un comédien ? Rien. Mais de ce rien peut naitre un grand fracas. Grand Fracas issu de rien, c'est le titre de la pièce actuellement à l'affiche au Théâtre 71 de Malakoff, mise en scène par Pierre Guillois.

L'idée initiale est audacieuse : mêler des numéros de jonglage et de gymnastique et des textes de Valère Novarina, le tout mis en musique par des percussions et du chant lyrique. Le résultat est hétéroclite, voire hétérogène, mais non dénué d'humour. On sourit beaucoup devant ce joyeux bazar comme lors de ce moment où le gymnaste veut récupérer son cheval d'arçon, squatté par la soprano en robe du soir. Le sportif ne s'embarrasse guère : voilà la diva chargée sur son épaule comme un sac de pommes de terre et déposée promptement sur les barres parallèles. La dame, elle, poursuit (presque) imperturbable son chant, même coincée sur l'agrès dans la position du cochon pendu.
 
On louera les prouesses techniques de chacun : habilité du jongleur, capacité physique du gymnaste, diction impeccable du comédien qui débite un texte des plus ardus à toute allure ... On appréciera aussi le recours à la vidéo : au milieu de la scène un voile permet les projections graphiques. Les protagonistes entrent alors en lutte avec des formes tombées du ciel. Instant fort poétique lorsque le comédien résiste à une pluie de lettres grace à un parapluie sur lequel les caractères rebondissent.
 
"Des numéros dont une des vertus doit être de nous impressionner" explique la note d'intention du spectacle. On peut dire que le contrat est réussi et même au delà. Plus qu'impressionnés, on est amusés et séduits. 

Grand Fracas issu de rien création collective sur un concept de Pierre Guillois. Avec Claire Bardainne (interprétation numérique), Lucas Antonellis (gymnastique), Sevan Manoukian (chant), Adrien Mondot (jonglage et informatique), Dominique Parent (jeu) et Benjamin Sanz (percussions). Au Théâtre 71 à Malakoff, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h, jusqu'au 12 février 2015. Réservations au 01 55 48 91 00.
Durée du spectacle : 1H15