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06 décembre 2013

Mon Traître de Sorj Chalandon / Emmanuel Meirieu / Théâtre des Bouffes du Nord

"C'est quoi trahir ?"

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Photo CC BY-SA 3.0 Fribbler

C'est une histoire magnifique, capable de susciter à la fois l'émotion et la réflexion. Une histoire que l'on a dévoré au travers de deux romans de Sorj Chalandon, Mon Traître et Retour à Killybegs. Le metteur en scène Emmanuel Meirieu a fait l'audacieux pari d'adapter cela au théâtre. Pari gagnant : le spectacle qui en découle est plutôt réussi même si l'émotion s'est un peu émoussée tant le récit a dû être condensé.

Des deux romans, Emmanuel Meirieu a tiré deux longs monologues. Dans le premier, on découvre Antoine (Jérôme Derre), luthier parisien, au milieu d'un cimetière en Irlande du Nord. Devant lui la dépouille de Tyrone Meehan, ancien héros de la cause irlandaise, mort dans le déshonneur après la découverte de sa trahison. Pour Antoine, Tyrone était un père spirituel, un mentor, un exemple de courage et de droiture. Leur rencontre, leur complicité : Antoine se remémore tout cela. Un traître est-il par moment sincère ? Le second monologue nous apportera une réponse partielle à cette question. Tyrone Meehan (Jean-Marc Avocat) y raconte son enfance, les affrontements entre protestants et catholiques, son entrée dans l'IRA, sa détention en pleine dirty protest ... Un enchaînement d'événements qui ont fait de lui un héros mais aussi un substrat à sa trahison, le conduisant à fournir des renseignements aux Anglais.

Une brume épaisse, l'orage qui gronde, les corbeaux qui croassent, ... une chanson de U2, merveilleusement interprétée par Stéphane Balmino, en guise d'intermède entre les deux monologues : Meirieu parvient à créer une atmosphère autour de ces deux textes. Mais c'est surtout la voix de Jean-Marc Avocat qui bouleverse. Le comédien, parlant dans un souffle, EST Tyrone Meehan. Un être brut à la présence apaisante tel qu'on se l'était imaginé en lisant les romans. 

Mon Traître, d'après Mon Traître et Retour à Killybegs de Sorj Chalandon, Mise en scène Emmanuel Meirieu. Avec Jean-Marc Avocat, Stéphane Balmino, Jérôme Derre. Au Théâtre des Bouffes du Nord, du mardi au samedi à 21h, matinées les samedis à 16h, jusqu'au 21 décembre 2013. Réservations au 01 46 07 34 50. Durée 1h10

TOURNÉE 2013/14
11 janvier 2014 : Le Radiant-Bellevue, Caluire et Cuire
Du 21 au 25 janvier 2014 : La MC2 - Grenoble, Scène nationale
Les 31 janvier et 1er février 2014 : Le Théâtre National de Nice, Centre dramatique national
4 février 2014 : Le Mail, Scène culturelle de Soissons

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Avant de me reprendre ma plume de façon intensive pour chroniquer les pièces de la rentrée, c'est d'un livre dont je vais ici vous parler. Un livre qui évoque le théâtre tout de même : Le Quatrième mur de Sorj Chalandon

L'auteur nous raconte l'histoire d'un metteur en scène qui, pour tenir une promesse faite à un ami mourant, va tenter de monter Antigone d'Anouilh en pleine guerre du Liban. Avec comme challenge supplémentaire de recruter un comédien dans chaque communauté.

sorj chalandon,le quatrieme mur,roman,liban,beyrouth,antigone,anouilh,guerreOn retrouve dans ce magnifique roman tout ce qui faisait déjà la force de Mon traître ou de Retour à Killybegs : un style simple mais qui saisit aux tripes, un sens du détail hérité des années de journalisme. Chalandon, lauréat du prix Albert Londres pour son travail sur l'Irlande du Nord et le procès de Klaus Barbie, a passé de longues années à la rédaction de Libération. C'est en journaliste qu'il nous décrit cette guerre du Liban.

On est en 1982. Georges, un jeune metteur en scène français, s'envole pour Beyrouth pour poursuivre l'oeuvre de son ami Sam, metteur en scène grec, condamné par un cancer. Un homme de paix que ce Sam, meurtri dans sa chair par les drames du XXe siècle : l'extermination des juifs de Salonique par les nazis puis la dictature des colonels.

Le projet est fou : faire taire les armes, pendant deux heures, le temps d'une représentation, sur ligne qui sépare les combattants. Dans la troupe, il y a Imane, la Palestinienne du camp de Chatila, Charbel dont le frère est sniper dans les milices phalangistes, Nakad le Druze, Nabil, Nimer et Hussein les Chiites ... "Voler deux heures à la guerre, en prélevant un cœur dans chaque camp", convaincre chacun de laisser jouer un des siens d'abord, de respecter le cessez-le-feu ensuite. Il faudra aussi gérer les tensions entre les comédiens. Georges se jette à corps perdu dans cette utopie. 
Il m'a regardé, il parlait un mauvais anglais.
- Et vous êtes venu faire la paix au Liban ?
Il ne se moquait pas. Il voulait m'entendre. J'ai souri. 
- Je veux juste donner à des adversaires une chance de se parler.
- A des ennemis.
- Si vous voulez.
- Se parler en récitant un texte qui n'est pas d'eux, c'est ça ?
- En travaillant ensemble autour d'un projet commun.
Il a rectifié la bretelle de son fusil d'assaut.
- C'est une forme de répit alors ?
J'aimais bien le mot. J'ai dit oui. Le théâtre était un répit. "
1982, c'est l'année des raids aériens israéliens au dessus de Beyrouth, l'année des massacres de Sabra et Chatila ... La haine entre chaque peuple est à son apogée. L'idéal de paix de Sam, la force du théâtre suffiront-ils à mener ce projet à bien ? 

Récit journalistiques des événement, disais-je, mais surtout formidable déclaration d'amour au théâtre que ce roman. Vous allez adorer !