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19 juillet 2015

Le Prince travesti de Marivaux / Daniel Mesguich / Avignon - Théâtre du Chêne noir

 "Que ne dites-vous : J'aime, voilà mon plaisir ?"

Ce n'est pas une mais deux pièces que présente la famille Mesguich cette année dans le Off d'Avignon au Théâtre du Chêne noir. Après Noces de sang, mis en scène par William et dont je vous ai parlé la semaine dernière, voici Le Prince travesti de Marivaux, mis en scène par Daniel Mesguich.

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Photo :  Arnold Jerocki

Une princesse est amoureuse. Elle demande à Hortense, sa suivante, de parler pour elle à l'objet de son désir. Ce faisant, la suivante découvre que l'homme en question lui a sauvé la vie quelques temps plus tôt. Depuis lors, elle entretient un profond amour pour ce sauveteur (forcément). L'on apprendra bien plus tard que le galant est en fait un prince. Un personnage qui cache sa véritable identité : voilà une fois de plus sur quoi Marivaux fait reposer l'intrigue dans ce Prince Travesti mais cette fois, le dramaturge met plus de noirceur dans son récit.

Un côté sombre que Daniel Mesguich respecte parfaitement. Ce palais-labyrinthe se résume ici à une pièce aux murs recouverts de miroirs. Des miroirs sans teint forcément, derrière lesquels la princesse surveille ces sujets. A cela viennent s'ajouter des bruits angoissants - grincements et cris étouffés - dignes d'un thriller. 

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Photo :  Arnold Jerocki

Sur scène, on retrouve les deux enfants du metteur en scène, William et Sarah (dont on avait apprécié l'adaptation et mise en scène de Zazie dans le métro au  Lucernaire). Lui, campe un conseiller de la reine malfaisant, dans un costume de serpent ; elle est cette princesse à la fois douce et cruelle. A leurs côtés, Sterenn Guirriec est Hortense, suivante aux accents de tragédienne, et Alexandre Levasseur un arlequin espiègle venant apporter un peu de légèreté à cette pièce. Grégory Corre (dans le rôle titre), Alexis Consolato et Rebecca Stella complètent cette distribution sans fausse note.

Loin des "usines à rire" de l'avenue de la République, le Théâtre du Chêne Noir nous offre avec Le Prince travesti un classique bien mis en scène. Une pièce donc fort recommandable !  Dernier conseil : il est préférable de réserver à l'avance compte tenu de l'affluence constatée le jour où j'ai assisté à la pièce.

Le Prince travesti de Marivaux, mise en scène Daniel Mesguich. Avec Sarah Mesguich, Grégory Corre, Sterenn Guirriec, William Mesguich, Alexandre Levasseur, Rebecca Stella, Alexis Consolato. A Avignon, au Théâtre du Chêne noir, tous les jours à 18h45 jusqu'au 26 juillet 2015 (relâche le 20 juillet). Réservations au 04 90 86 74 87. Durée 1h30.

25 février 2015

Zazie dans le Métro d'après Raymond Queneau / Sarah Mesguich / Le Lucernaire

"Aussi bonne que Michèle Morgan
dans La Dame aux camélias"

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Photo : Alain RICHARD

Dans la famille Mesguich, je demande la fille. Après Daniel, le père - à la tête du Conservatoire National supérieur d'art dramatique durant de nombreuses années - et William, le fils (dont on a apprécié les adaptations des Mystères de Paris et des Fables de la Fontaine) je découvre avec plaisir le travail de Sarah qui signe au Lucernaire la mise en scène du roman de Raymond Queneau Zazie dans le métro.

La jeune Zazie débarque à Paris, confiée à son oncle Gabriel pour quelques jours tandis que sa mère file rejoindre son amant. Le rêve de la fillette : prendre le métro. Malheureusement pour elle, celui-ci est paralysé par une grève. Son séjour sera cependant parsemé de rencontres avec des personnages plus pittoresques les uns que les autres : Charles le chauffeur de taxi, Mado-Petits-Pieds la serveuse ou encore le mystérieux  Trouscaillon. Du bar de Turandot à la Tour Eiffel en passant par le cabaret où se travestit chaque soir Tonton Gabriel, la gamine culottée nous fait découvrir le Paris des années 50, façon carte postale.

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Photo : Chantal Depagne

L'adaptation des tribulations de cette chipie se concentre sur quelques scènes clefs du livre. La langue de Queneau est bien là, argotique et savoureuse. Géniales les scènes où Zazie envoie promener son monde avec une bordée de jurons (on tremble tout de même à l'idée que sa propre progéniture s'exprime un jour de la sorte !). Fantastique aussi ce diner où la gamine, debout sur la table au milieu des assiettes, explique qu'elle veut devenir institutrice pour "faire chier les mômes". Et l'on trépigne devant son enthousiasme à lister tous les sévices que la diablesse compte infliger à ses élèves. Jubilatoire !

On se laisse avoir par la prestation de Léopoldine Serre, impeccable dans le rôle de la pré-adolescente (en alternance avec Joëlle Luthi) au point que l'on crut que la comédienne avait peu ou prou l'âge du rôle. Il fallut un coup d'œil sur le dossier de presse pour s'apercevoir de la méprise ... Remarquables aussi les prestations de Jacques Courtès dans le rôle du Tonton travesti et de Charlotte Popon (vue dans Un Bon Petit diable l'année dernière à La Folie Théâtre) incarnant à elle seule tous les autres personnages féminins. L'ensemble de la troupe livre une interprétation réjouissante.

On regrettera juste quelques passages un peu grotesques,   notamment les scènes entre la veuve Mouaque et l'agent de police. En frisant le ridicule et le burlesque, on perd de vue les thèmes de société plus sérieux abordés par le roman comme le viol, la pédophilie ou l'homosexualité. Un spectacle plaisant malgré ces quelques écueils. A découvrir jusqu'au 12 avril 2015 au Lucernaire. 

Zazie dans le métro d'après Raymond Queneau, adaptation et mise en scène Sarah Mesguich. Avec Joëlle Luthi, en alternance avec Léopoldine Serre, Jacques Courtès, Charlotte Popon, en alternance avec Amélie Saimpont, Tristan Wilmott, en alternance avec Alexis Consolato, Alexandre Levasseur, Frédéric Souterelle. Au Théâtre du Lucernaire (Paris, 6e), du mardi au samedi à 20h, dimanche à 17h, jusqu'au 12 avril 2015. Réservations au 01 45 44 57 34. Durée 1h30.