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16 mars 2014

Protée de Paul Claudel / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête (reprise)

 "Elle vaut son pesant de sel marin."

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Photo Antonia BOZZI

De Paul Claudel, on connait surtout Partage de Midi, Le soulier de satin ou encore L'Echange. Des oeuvres où la passion est évoquée dans une langue soutenue, aux envolées lyriques. Protée est moins connu. Plus atypique aussi : en l'écrivant, Claudel a voulu donner dans la farce. Cette courte pièce, mise en scène par Philippe Adrien la saison dernière, est reprise actuellement au Théâtre de la Tempête

S'inspirant d'Homère et d'Eschyle, Claudel imagine Ménélas et Hélène après la guerre de Troie s'échouant sur l’île de Naxos où vit le vieux Protée, dieu des métamorphoses. La nymphe Brindosier, captive de celui-ci, voit dans leur naufrage un moyen de quitter l'île. Elle va pour cela tenter de convaincre Ménélas qu'elle est la vraie Hélène et que celle qui l'accompagne n'est qu'une pale copie.

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Photo Antonia BOZZI

Des nymphes, des satyres, un Ménélas très beta et une Hélène quelque peu prétentieuse : voilà les personnages imaginés par Claudel. On est loin des amours contrariés de Mesa et Ysé !  Pour renforcer l'effet comique, Philippe Adrien a conçu la pièce tel un songe, une rêverie alcoolisée de Claudel à l'issu d'un banquet trop arrosé, et a ainsi ajouté un délicieux prologue hommage au cinéma muet. La table du banquet sera le seul élément de décor, devenant un théâtre de marionnettes puis l'embarcation grecque qui ramènera Ménélas et Hélène (mais laquelle ?) à Sparte. 

Côté interprétation, Mathieu Marie joue à merveille ce Ménélas pas très futé, enchaîné à une Hélène figée dans sa posture d'icône. Quelle magnifique idée d'avoir confié le rôle à la comédienne Marie Micla à la plastique si ... irréelle ! Mais c'est Eléonore Joncquez qui nous a le plus ébloui dans le rôle de Brindosier, tantôt midinette allumeuse, tantôt froide calculatrice. 

Ce qui surprend le plus au final, c'est le texte. Incroyablement moderne. Au point qu'après la pièce, on ne put s'empêcher de questionner Philippe Adrien sur l'ampleur des modifications apportées à l'oeuvre originale. Adaptation ? Qui nenni ! Quelques mots ajoutés ici et là, certes, s'empressa-t-il de nous expliquer mais l'intégralité du texte est bien signé Claudel, promis, juré! On resta alors sans voix en repensant à la scène où Brindosier et Hélène discutent tissus et bijoux telles des fashion-victims dans un rayon du Bon marché. Le spectacle vaut donc vraiment le détour : une heure de plaisir où l'on rit beaucoup et où l'on ne cesse d'être étonné.

Protée de Paul Claudel, mise en scène Philippe Adrien. Avec Dominique Gras, Eléonore Joncquez, Mathieu Marie, Marie Micla, Jean-Jacques Moreau ou Pierre-Alain Chapuis. Au Théâtre de la Tempête, du mardi au samedi 20h, le dimanche 16h, jusqu'au 13 avril 2014. Réservations au 01 43 28 36 36. Durée 1h10

A voir aussi : le site internet de la Société Paul Claudel, visant à promouvoir l'oeuvre de cet auteur. 

04 juin 2013

"Le Dindon" de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien : reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin

"On a pas idée d'un pareil charivari !"

Article mis à jour le 4 juin 2013 (version initiale du 17 septembre 2011)
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Florence Müller, Guillaume Marquet et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

Après avoir triomphé au Théâtre de la Tempête et en tournée, Le Dindon de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien, est à l'affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Passage du public au privé donc pour ce spectacle nommé quatre fois aux Molières en 2011.

Des portes qui claquent : c'est un grand classique. Mais des portes qui se déplacent sur scène et tournoient à vous en donner le vertige,  j'avoue : c'est surprenant (bravo à Jean Haas pour le décor). Dès la scène d'exposition le ton est donné : une femme fuit, un homme la poursuit  et tourne, tourne, tourne le manège .... Pas juste un gadget technique mais un vrai ressort de mise en scène pour symboliser ce charivari : on perd pied en même temps que les personnages.

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Vous vous en doutez, dans l'hôtel où se retrouvent fortuitement l'ensemble des protagonistes, tout ne se passe pas comme prévu. Un zeste d'accent anglais, une provinciale sourde, une fille aux moeurs légères et bien sûr quelques commissaires pour constater les adultères... autant d'ingrédients qui renforcent encore plus ce méli-mélo.

Voilà pour l'intrigue dans les grandes lignes. Pour le reste, j'aurais bien dit qu'il y a dans cette mise en scène "une précision d'horlogerie" mais comme, pour Philippe Adrien, "il n'y a rien de plus chiant qu'une montre", je vais m'abstenir et plutôt citer à nouveau le metteur en scène pour qui "mettre en scène consiste aussi bien à mettre en ordre qu'en désordre". Une bien belle confusion sur scène donc, mais une confusion millimétrée et parfaitement rythmée. Quelques libertés avec les didascalies originelles, toutefois, mais cela tombe plutôt juste : les corps disent ce que les mots nous cachent, par des postures plus que suggestives. Je reste cependant un peu plus réservée sur le haka incongru au milieu de la pièce (mais on peut aussi considérer que cela illustre assez bien le combat de coqs auquel se livrent les mâles dans cette intrigue !)

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Pierre-Alain Chapuis et Mila Savic
Photo précédente : Eddie Chignara et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

 

Côté interprétation : du grand art. Douze comédiens sur scène avec en tête Eddie Chignara (Pontagnac), Pierre-Alain Chapuis (Vatelin) et Guillaume Marquet (Rédillon), Molière du jeune talent masculin pour ce rôle (et on comprend pourquoi !). Mais ce sont les demoiselles qui, à mon sens, brillent le plus : Alix Poisson en Lucienne Vatelin et Mila Savic, campant une Maggy Soldignac folle à souhait !

Un spectacle des plus réussis, vous l'aurez compris, que l'on ne saurait que vivement vous conseiller. 

Le Dindon de Feydeau, mise en scène de Philippe Adrien. Avec Vladimir Ant, Pierre-Alain Chapuis, Eddie Chignara, Bernadette Le Saché, Pierre Lefebvre, Guillaume Marquet, Florence Müller , Patrick Paroux, Alix Poisson, Juliette Poissonnier, Mila Savic et Dominique Gould. Au Théâtre de la Tempête, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservation au 01 43 28 36 36.

NB : la distribution semble avoir été légèrement modifiée pour cette reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin.