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15 septembre 2015

"Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit" de Mark Haddon / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Et c'est même devenu une pièce de théâtre !"

Au Théâtre de la Tempête, cette année encore, c'est le directeur des lieux qui ouvre la saison : Philippe Adrien met en scène Le Bizarre incident du chien pendant la nuit. Une pièce adaptée du roman de Mark Haddon qui triomphe à Londres depuis plusieurs années. Et sa traduction française sera, on en prend le pari, également un succès !

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Photo  Antonia Bozzi

Le bizarre incident dont il est question, c'est le meurtre sauvage de Wellington, le chien de madame  Shears, tué d'un coup de fourche. Surpris sur les lieux, Christopher est un jeune autiste de 15 ans. Il n'est pas coupable et entend bien trouver le responsable de ce geste. En menant ses investigations, dans la grande tradition des enquêteurs britanniques, l'adolescent va découvrir bien plus que le meurtrier de Wellington.

Christopher, c'est Pierre Lefebvre. Le comédien est le fils de Philippe Adrien et on l'a vu grandir professionnellement sur scène, du rôle de garçon d'étage dans Le Dindon en passant par celui d'Horace dans L'Ecole des femmes ou encore l'année dernière dans La Grande nouvelleIl atteint dans ce rôle de jeune autiste les sommets, restituant avec beaucoup de réalisme la gestuelle et le comportement induits par cette maladie. 

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Photo : Antonia Bozzi

La mise en scène de Philippe Adrien restitue elle aussi parfaitement le monde tel que le perçoit Christopher : personnages qui se déplacent dans une étrange chorégraphie, sons distordus, lumières oscillantes. Un extérieur déboussolant et de facto hostile que Christopher surmontera pour parvenir à ses fins.

C'est à la fois drôle et émouvant, sans aucun pathos. On se laisse totalement prendre par l'intrigue et par cette forme de narration si particulière : Christopher a écrit l'histoire sous forme de roman que son éducatrice lit à voix haute ; roman qui devient lui même une pièce de théâtre jouée devant nous. D'un bout à l'autre ce Bizarre incident du chien pendant la nuit est une réussite. Un vrai coup de cœur à partager ! 

Le Bizarre incident du chien pendant la nuit d'après le roman de Mark Haddon, adaptation Simon Stephens, mise en scène Philippe Adrien (texte français Dominique Hollier). Avec Pierre Lefebvre,  Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel, Laurent Montel, Laurent Ménoret, Tadié Tuéné. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, jusqu'au 18 octobre 2015. Réservations au 01 43 28 36 36. 

Durée : 2h15

 

18 septembre 2014

La Grande Nouvelle / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"C'est tout le système qui s'écroule"

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Photo : Antonia Bozzi

A tout seigneur tout honneur : au Théâtre de la Tempête, Philippe Adrien, directeur des lieux, ouvre la saison 2014-2015 avec La Grande Nouvelle, une pièce qu'il met en scène et qu'il a également co-écrite.

Point de départ de cette œuvre : Le Malade imaginaire. Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer ont imaginé une version contemporaine de la pièce de Molière. Que serait Argan aujourd'hui ? Plus qu'un hypocondriaque, un vieillard en lutte contre la décrépitude de son corps, à la recherche d'une jeunesse éternelle à grand renfort de pilules magiques. Au beau milieu d'une maison où la domotique a pris le dessus, il dilapide la fortune de sa fille pour financer la recherche en NBIC (comprenez "nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives) visant à faire vivre l'homme "mille ans". Les charlatans sont devenus financiers mais Argan (Patrick Paroux) est toujours le dindon de la farce ... Ajoutons à cela une épouse transsexuelle multipliant les opérations (Nathalie Mann) et une fille (Lison Pennec) fascinée par un cinéaste aux tendances sado-maso (Arno Chevrier).

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Photo : Antonia Bozzi  

Disons le ouvertement : de l'œuvre originale ne subsiste qu'un cadre, support de la toile tissée par Adrien et Bauer. Et en matière de tissage, il en est de plus ou moins fin ... On est au final déçus part ce texte qui parvient difficilement à nous arracher quelques sourires. La farce flirte parfois avec la pochade, à notre plus grand regret.

La mise en scène et l'interprétation sauvent un peu la mise. Il faut souligner notamment l'excellente interprétation de Pierre Lefebvre dans le rôle d'Antoine (double masculin de la Toinette originelle). Le jeune comédien, déjà remarqué dans L'Ecole des femmes au même endroit, campe un touche-à-tout facétieux qui prend les commandes de la maison pour mieux mystifier Argan et, au final, lui ouvrir les yeux. La scène d'exorcisme vaudou, petite pépite, lui permet d'exprimer tout son talent comique.

Au final, ces deux heures semblent bien longues, une fois n'est pas coutume à La Tempête, théâtre où nous sommes habituellement rarement déçus ... Dommage !

La Grande Nouvelle d'après Le Malade imaginaire de Molière, de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien, mise en scène Philippe Adrien. Avec Patrick Paroux, Lison Pennec, Nathalie Mann, Jean Charles Delaume, Jean-Marie Galey, Arno Chevrier, Pierre Lefebvre. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), jusqu'au 12 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36.
Durée : 2h.

 

17 septembre 2013

L'Ecole des femmes de Molière / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Oui mais qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche
on rie aussi de lui."

Il y a de nombreuses façons de monter L'Ecole des Femmes. On peut en faire une pièce sombre façon fait divers sordide où Arnolphe serait un tortionnaire qui séquestre une enfant. On peut aussi faire rire avec cette histoire : c'est le choix de Philippe Adrien qui met en valeur la farce dans la pièce de Molière. A voir au Théâtre de la Tempête jusqu'au 27 octobre 2013.

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Photo Laura Mariani

La scénographie est des plus élégantes. Sur l'avant-scène, un chemin de gravier. Un parquet en bois clair et un petit champ planté de choux occupent le milieu du plateau. C'est la demeure d'Arnolphe, séparée de la rue par un mur invisible. Pour y accéder, on emprunte au choix une porte à jardin ou une autre à cour. Tout au fond, dissimulée derrière un tulle qui devient opaque lorsque la lumière décroit, il y a la chambre d'Agnès, cellule de couvent ou la jeune fille est recluse comme une novice.

Tout cela est très lumineux, à l'image de cette mise en scène. Loin d'être effrayant, Arnolphe (Patrick Paroux) devient ici le dindon de la farce, personnage ridicule aux dépens de qui on rit. Agnès, elle, est lumineuse d'intelligence. Valentine Galey qui incarne la jeune fille est la révélation de cette pièce. Elle esquive avec merveille le piège de la mièvrerie pour nous livrer une Agnès, pleine de bon sens et d'aplomb malgré son éducation.

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Photo Laura Mariani

Mimiques, portes qui claquent, personnages caricaturaux  comme ce notaire bourré de tics nerveux ou Enrique et Oronte, les pères d'Agnès et Horace, relookés en Quakers (ou peut-être s'agit-il d'Amish, je ne sais pas exactement) : tout est fait - et bien fait - pour que l'on rit. 

Le rire, c'est ce qui a guidé Philippe Adrien dans cette mise en scène, comme dans celle du Dindon de Feydeau il y a deux ans. Le directeur du Théâtre de la Tempête explique son travail dans la vidéo suivante (réalisée par Visioscène). 

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien. Avec Raphaël Almosni, Vladimir Ant, Gilles Comode, Pierre Diot, Joanna Jianoux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre et Patrick Paroux. Au Théâtre de la Tempête, juqu'au 27 Octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36