Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18 septembre 2014

La Grande Nouvelle / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"C'est tout le système qui s'écroule"

 15031084419_87a37710cd_o.jpg
Photo : Antonia Bozzi

A tout seigneur tout honneur : au Théâtre de la Tempête, Philippe Adrien, directeur des lieux, ouvre la saison 2014-2015 avec La Grande Nouvelle, une pièce qu'il met en scène et qu'il a également co-écrite.

Point de départ de cette œuvre : Le Malade imaginaire. Philippe Adrien et Jean-Louis Bauer ont imaginé une version contemporaine de la pièce de Molière. Que serait Argan aujourd'hui ? Plus qu'un hypocondriaque, un vieillard en lutte contre la décrépitude de son corps, à la recherche d'une jeunesse éternelle à grand renfort de pilules magiques. Au beau milieu d'une maison où la domotique a pris le dessus, il dilapide la fortune de sa fille pour financer la recherche en NBIC (comprenez "nanotechnologies, biologie, informatique et sciences cognitives) visant à faire vivre l'homme "mille ans". Les charlatans sont devenus financiers mais Argan (Patrick Paroux) est toujours le dindon de la farce ... Ajoutons à cela une épouse transsexuelle multipliant les opérations (Nathalie Mann) et une fille (Lison Pennec) fascinée par un cinéaste aux tendances sado-maso (Arno Chevrier).

15217881655_5e67585d5f_o.jpg

Photo : Antonia Bozzi  

Disons le ouvertement : de l'œuvre originale ne subsiste qu'un cadre, support de la toile tissée par Adrien et Bauer. Et en matière de tissage, il en est de plus ou moins fin ... On est au final déçus part ce texte qui parvient difficilement à nous arracher quelques sourires. La farce flirte parfois avec la pochade, à notre plus grand regret.

La mise en scène et l'interprétation sauvent un peu la mise. Il faut souligner notamment l'excellente interprétation de Pierre Lefebvre dans le rôle d'Antoine (double masculin de la Toinette originelle). Le jeune comédien, déjà remarqué dans L'Ecole des femmes au même endroit, campe un touche-à-tout facétieux qui prend les commandes de la maison pour mieux mystifier Argan et, au final, lui ouvrir les yeux. La scène d'exorcisme vaudou, petite pépite, lui permet d'exprimer tout son talent comique.

Au final, ces deux heures semblent bien longues, une fois n'est pas coutume à La Tempête, théâtre où nous sommes habituellement rarement déçus ... Dommage !

La Grande Nouvelle d'après Le Malade imaginaire de Molière, de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien, mise en scène Philippe Adrien. Avec Patrick Paroux, Lison Pennec, Nathalie Mann, Jean Charles Delaume, Jean-Marie Galey, Arno Chevrier, Pierre Lefebvre. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), jusqu'au 12 octobre 2014, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36.
Durée : 2h.

 

21 janvier 2014

Homme pour Homme de Bertolt Brecht / Clément Poirée / Théâtre de la Tempête

"La chose la plus certaine, c'est le doute."

 homme pour homme4 (c)Julien Piffaut.jpg
Photos : Julien Piffaut

Hier, je vous parlais de Corps étrangers, l'une des deux pièces actuellement à l'affiche au Théâtre de la Tempête. Évoquons à présent Homme pour Homme de Bertolt Brecht. A la mise en scène : Clément Poirée dont j'avais adoré le Beaucoup de bruit pour rien, sur cette même scène en 2011.

Galy Gay est docker. Parti de chez lui pour acheter du poisson, il tombe sur des mitrailleurs de l'armée coloniale britannique. La compagnie n'est pas au complet - le quatrième homme a été abandonné en fâcheuse posture - et ne peut se présenter ainsi devant le sergent lors de l'appel. Qu'importe : Galy Gay le remplacera. Les trois militaires entreprennent donc d'en faire un parfait soldat, sans que le malheureux docker n'ait véritablement son mot à dire. 

Pour nous raconter cette histoire, Clément Poirée a opté pour un décor d'usine. Une papeterie ou une imprimerie, semble-t-il, avec d'énormes rouleaux de papiers. Un décor qui n'a pas grand chose à voir avec l'intrigue mais dont les éléments permettront tour à tour de figurer un temple bouddhiste, une cantine militaire ou un wagon de train. 

homme pour homme,bertolt brecht,clément poirée,bruno blairet,laure calamy,thibaut corrion,eddie chignara,pierre giafferi,anthony paliotti,patrick paroux,benjamin wangermée,théâtre de la tempête,theatre,critique,avis,blog

La mise en scène laisse une grande place au comique de geste. On retrouve sur les premières scènes une ambiance qui rappelle celle du cinéma muet. Les comédiens jouent à merveille ce registre, incarnant des personnages très stéréotypés : un bonze enjôleur mais très rusé (Patrick Paroux), la veuve Begbick, cantinière aux allures d'entraîneuse de saloon (Laure Calamy), le sergent (Eddie Chignara) tel le loup de Tex Avery devant les ogives de la tenancière ...

Le ton se fait plus grave sur la fin et le récit gagne en profondeur jusqu'à poser implicitement la question : les hommes sont-ils interchangeables ? Face à la pression le docker Galy Gay (Thibaut Corion) accepte d'endosser une autre identité car c'est toujours mieux que d'être fusillé... Avec son humour grinçant, Homme pour homme nous rappelle que la négation de l'individu commence toujours de façon insidieuse. 

Homme pour homme de Bertolt Brecht, mise en scène Clément Poirée. Avec Bruno Blairet, Laure Calamy, Thibaut Corrion, Eddie Chignara, Pierre Giafferi, Anthony Paliotti, Patrick Paroux, Benjamin Wangermée. Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 16 février 2014, du mardi au samedi à 20h, dimanche 16h. Réservations au 01 43 28 36 36. durée : 2h10.  

17 septembre 2013

L'Ecole des femmes de Molière / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Oui mais qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche
on rie aussi de lui."

Il y a de nombreuses façons de monter L'Ecole des Femmes. On peut en faire une pièce sombre façon fait divers sordide où Arnolphe serait un tortionnaire qui séquestre une enfant. On peut aussi faire rire avec cette histoire : c'est le choix de Philippe Adrien qui met en valeur la farce dans la pièce de Molière. A voir au Théâtre de la Tempête jusqu'au 27 octobre 2013.

ecole4.jpg
Photo Laura Mariani

La scénographie est des plus élégantes. Sur l'avant-scène, un chemin de gravier. Un parquet en bois clair et un petit champ planté de choux occupent le milieu du plateau. C'est la demeure d'Arnolphe, séparée de la rue par un mur invisible. Pour y accéder, on emprunte au choix une porte à jardin ou une autre à cour. Tout au fond, dissimulée derrière un tulle qui devient opaque lorsque la lumière décroit, il y a la chambre d'Agnès, cellule de couvent ou la jeune fille est recluse comme une novice.

Tout cela est très lumineux, à l'image de cette mise en scène. Loin d'être effrayant, Arnolphe (Patrick Paroux) devient ici le dindon de la farce, personnage ridicule aux dépens de qui on rit. Agnès, elle, est lumineuse d'intelligence. Valentine Galey qui incarne la jeune fille est la révélation de cette pièce. Elle esquive avec merveille le piège de la mièvrerie pour nous livrer une Agnès, pleine de bon sens et d'aplomb malgré son éducation.

ecole2.jpg
Photo Laura Mariani

Mimiques, portes qui claquent, personnages caricaturaux  comme ce notaire bourré de tics nerveux ou Enrique et Oronte, les pères d'Agnès et Horace, relookés en Quakers (ou peut-être s'agit-il d'Amish, je ne sais pas exactement) : tout est fait - et bien fait - pour que l'on rit. 

Le rire, c'est ce qui a guidé Philippe Adrien dans cette mise en scène, comme dans celle du Dindon de Feydeau il y a deux ans. Le directeur du Théâtre de la Tempête explique son travail dans la vidéo suivante (réalisée par Visioscène). 

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène Philippe Adrien. Avec Raphaël Almosni, Vladimir Ant, Gilles Comode, Pierre Diot, Joanna Jianoux, Valentine Galey, Pierre Lefebvre et Patrick Paroux. Au Théâtre de la Tempête, juqu'au 27 Octobre 2013, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservations au 01 43 28 36 36