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28 avril 2015

La Carte du temps de Naomi Wallace / Roland Timsit / Théâtre 13 côté Seine

 "Comme une brûlure"

Actuellement à l'affiche au Théâtre 13 côté Seine : la pièce de Naomi Wallace La Carte du Temps, mise en scène par Roland Timsit. Un spectacle que j'ai découvert avec plaisir il y a deux ans lors du festival OFF d'Avignon. Vous retrouverez ici l'article que j'avais écrit alors. 

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Photo Lot

Trois courts récits qui nous parlent des hommes et des femmes au coeur de la guerre : avec La Carte du Temps, Naomi Wallace replace l'Homme au centre de l'Histoire, au delà des images télévisés auxquelles nous nous sommes peu à peu habitués.

Une femme palestinienne vient en aide à un jeune soldat israélien apparemment égaré au milieu d'un zoo. Un père de famille palestinien veut absolument rencontrer une infirmière israélienne qui a subi une transplantation cardiaque. Un colombophile irakien nous raconte sa passion tout en faisant de larges digressions sur le reste de sa vie. Voilà les héros de Naomi Wallace. Des personnages inspirés de faits réels, de vrais gens en somme, broyés par un conflit qui les dépasse. Tous ont en commun de vouloir dépasser le manichéisme de la guerre. Pas de gentils ni de méchants, juste des être en souffrance qui vont par leur humanité tenter d'être plus fort que la monstruosité ambiante. Avec leurs mots, leur démarche à contre-courant, ils disent non à la haine, la vengeance. 

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Photo Lot

La dramaturge américaine nous avait déjà saisis avec Une puce, épargnez-là, pièce entrée au répertoire de la Comédie-Française au printemps 2012. Parler de ce qui dérange, avec des mots parfois très durs, choisir des personnages en rupture avec les normes sociales : on retrouve ces aspects dans La Carte du Temps

Naomi Wallace parvient une fois de plus à nous toucher.  La mise en scène de Roland Timsit est sobre, laissant le texte vivre par lui-même.  Même s'il y a une certaine douleur à entendre cela, une certaine gêne face aux souffrances endurées, une forme de poésie se dégage de ces trois récits. Le troisième en particulier, intitulé Un monde qui s'efface. Un long monologue magistralement interprété par David Ayala que l'on connaissait plutôt dans un registre comique (La Comédie des erreurs de Shakespeare, mise en scène par Dan Jemmett). Au travers de l'histoire des pigeons qu'il élevait jadis avec amour, cet habitant de Bagdad nous décrit surtout comment sa vie a basculé à cause de la guerre - celle de 1991 -  puis de l'embargo. Bouleversant, sans mièvrerie ni bons sentiments. 

La Carte du Temps de Naomi Wallace (traduction Dominique Hollier), mise en scène Roland Timsit. Avec David Ayala, Oscar Copp, Abder Ouldhaddi, Lisa Spatazza, Afida Tahri, Roland Timsit. Au Théâtre 13 côté Seine, mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, jusqu'au 7 juin 2015. Réservations au 01 45 88 62 22.  Durée 1h45

15 juillet 2013

Avignon OFF / La Carte du temps : les conflits au Moyen-Orient sous la plume de Naomi Wallace

"Comme une brulure"

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Photo Lot

Trois courts récits qui nous parlent des hommes et des femmes au coeur de la guerre : avec La Carte du Temps, Naomi Wallace replace l'Homme au centre de l'Histoire, au delà des images télévisés auxquelles nous nous sommes peu à peu habitués. Le spectacle, mis en scène par Roland Timsit, est à l'affiche du Théâtre des Halles à Avignon.

Une femme palestinienne vient en aide à un jeune soldat israélien apparemment égaré au milieu d'un zoo. Un père de famille palestinien veut absolument rencontrer une infirmière israélienne qui a subi une transplantation cardiaque. Un colombophile irakien nous raconte sa passion tout en faisant de larges digressions sur le reste de sa vie. Voilà les héros de Naomi Wallace. Des personnages inspirés de faits réels, de vrais gens en somme, broyés par un conflit qui les dépasse. Tous ont en commun de vouloir dépasser le manichéisme de la guerre. Pas de gentils ni de méchants, juste des être en souffrance qui vont par leur humanité tenter d'être plus fort que la monstruosité ambiante. Avec leurs mots, leur démarche à contre-courant, ils disent non à la haine, la vengeance. 

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Photo Lot

La dramaturge américaine nous avait déjà saisis avec Une puce, épargnez-là, pièce entrée au répertoire de la Comédie-Française au printemps 2012. Parler de ce qui dérange, avec des mots parfois très durs, choisir des personnages en rupture avec les normes sociales : on retrouve ces aspects dans La Carte du Temps

Naomi Wallace parvient une fois de plus à nous toucher.  La mise en scène de Roland Timsit est sobre, laissant le texte vivre par lui-même.  Même s'il y a une certaine douleur à entendre cela, une certaine gêne face aux souffrances endurées, une forme de poésie se dégage de ces trois récits. Le troisième en particulier, intitulé Un monde qui s'efface. Un long monologue magistralement interprété par David Ayala que l'on connaissait plutôt dans un registre comique (La Comédie des erreurs de Shakespeare, mise en scène par Dan Jemmett). Au travers de l'histoire des pigeons qu'il élevait jadis avec amour, cet habitant de Bagdad nous décrit surtout comment sa vie a basculé à cause de la guerre - celle de 1991 -  puis de l'embargo. Bouleversant, sans mièvrerie ni bons sentiments. 

La Carte du Temps de Naomi Wallace (traduction Dominique Hollier), mise en scène Roland Timsit. Avec David Ayala, Charles Gonzalès, Dominique Hollier, Daniel Martin, Thibault Mullot, Afida Tahri, Roland Timsit. Tous les jours à 16H30, jusqu'au 28 juillet 2013 (relâche le 17) au Théâtre des Halles à Avignon.  Durée 1h35

29 avril 2012

"Une puce, épargnez-la" : Naomi Wallace première dramaturge américaine au répertoire de la Comédie-Française

 "L'enfer va se déchaîner"

une puce,épargnez-la,naomi wallace,anne-laure liégeois,guillaume gallienne,catherine sauval,christian gonon,julie sicard,félicien juttner,comédie-française,théâtre éphémèreCe n'est pas le premier texte américain à faire son entrée au répertoire - Un tramway nommé désir de Tennessee Williams y figure déjà - mais c'est le premier écrit par une femme. Naomi Wallace est originaire du Kentucky et a déjà publié plus d'une dizaine de pièces. Une puce, épargnez-la - One Flea Spare en version originale - a été créée en 1995 à Londres.

C'est d'ailleurs dans la capitale anglaise que se situe l'intrigue, durant la grande épidémie de peste au 17e siècle. Les époux Snelgrave (Guillaume Gallienne et Catherine Sauval) sont cloitrés dans leur demeure, en quarantaine. Tous leurs domestiques sont morts de la peste. Au milieu du chaos qui frappe la ville, deux personnages s'invitent chez les Snelgrave : Bunce le matelot (Félicien Juttner) et Morse (Julie Sicard), une fillette  qui se fait passer pour la seule rescapée d'une famille amie des Snelgrave.

Et dans ce huis-clos, les deux intrus vont bousculer les conventions, perturber le quotidien du très puritain William Snelgrave. En mettant à mal le couple : Darcy Snelgrave est une épouse délaissée, dédaignée par son mari depuis qu'un incendie, 36 ans plus tôt, a laissé des traces dans sa chair. Col montant et gants qu'elle ne retire jamais, Darcy aspire pourtant à la sensualité. Face à l'impudeur de la jeune Morse et au désir de Bunce, c'est une révolution qui s'opère dans cette prison dont Kabe (Christian Gonon) contrôle tous les accés.

"La violation d'un corps social par un autre corps social", c'est ainsi qu'Anne-Laure Liégeois, la metteuse en scène, résume la pièce (rappelez-vous, La duchesse de Malfi, l'année dernière au Théâtre 71 à Malakoff, s'était elle aussi). Même si cette maison va devenir un tombeau - Morse nous l'annonce dès le début de la pièce : certains vont mourir - la sensation d'enfermement diminue au fil de la détention et, ce, grâce à l'ingénieuse scénographie d'Anne-Laure Liégeois. Peu à peu les murs s'éloignent, l'espace grandit, les portes s'ouvrent et, même si la fenêtre reste inexorablement condamnée, on a l'impression que le carcan s'efface peu à peu.

Guillaume Gallienne est parfait dans le rôle - peu flatteur - de Snelgrave, il parvient à nous donner des frissons de dégoût. Catherine Sauval est très émouvante dans la peau de l'épouse qui redécouvre le plaisir de la chair, au soir de sa vie, sous les caresses de Félicien Juttner. Quant à Julie Sicard, je suis toujours émerveillée par sa capacité à être totalement crédible dans des rôles de fillettes.

Une distribution impeccable - comme toujours au Français serais-je tentée de dire ! - et un texte fort bien écrit (Naomi Wallace parvient à trouver un langage à la fois moderne et adapté à cette intrigue se déroulant au 17e siècle). La construction du récit, cependant, s'étire un peu en longueur. C'est là le seul bémol.

Une puce, épargnez-la de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier. Mise en scène et scénographie d’Anne-Laure Liégeois. Avec Catherine Sauval, Guillaume Gallienne, Christian Gonon, Julie Sicard et Félicien Juttner. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, jusqu'au 12 juin 2012.
Réservation : 0 825 10 1680.