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04 septembre 2015

Victor de Henri Bernstein / Rachida Brakni / Théâtre Hébertot

Ça y est, c'est la reprise. Côté théâtres privés, Hébertot lève son rideau dès cette semaine avec Victor, pièce de Henri Bernstein, mise en scène par Rachida Brakni. A l'affiche, deux comédiens que l'on attendait pas forcément sur le même plateau : Eric Cantona et Grégory Gadebois.

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L'ancien pensionnaire de la Comédie-Française reprend le rôle créé en 1950 par Bernard Blier. Victor sort de prison. L'homme est pourtant droit et honnête - "je suis légal" dit-il - et cette peine, il l'a purgée à la place d'un autre. Un camarade de guerre dont il voulait préserver la réputation. Par amitié mais aussi par amour pour l'épouse de cet ami. Et la voici cette épouse, élégante et sophistiquée, venue se jeter à son cou sitôt la porte de la prison franchie. 

Ne vous y trompez pas : si les affiches mettent au premier plan Eric Cantona, c'est bien Grégory Gadebois, à la renommée certes moins importante, qui porte la pièce sur ses épaules. Il incarne un Victor à la fois réservé, pudique, plein de douceur mais déterminé, partagé entre deux femmes. La première, beauté fatale tout droit sortie des années 1950, c'est Caroline Silhol. La seconde, c'est Marion Malenfant. La comédienne confirme tout les espoirs que l'on plaçait en elle lorsqu'elle était (elle aussi) au Français. Les scènes qu'elle partage avec Gadebois sont celles qui sonnent le plus juste. Un mot sur "Canto" : il s'en sort plutôt bien dans ce rôle de mari autoritaire et cynique au verbe haut. N'oublions pas de citer aussi Serge Biavan, repenti au grand coeur.

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Victor nous parle d'une époque qui semble un peu lointaine aujourd'hui. Une époque où les héros de guerre devinrent parfois des chefs d'entreprises véreux, où les vrais bandits avaient de la morale, où les femmes étaient totalement dépendantes de leurs époux. Un petit côté suranné pas déplaisant - renforcé par les costumes et la scénographie jusqu'aux affiches signées Harcourt - et une intrigue aux renversements multiples qui reste attrayante. Autant d'arguments qui m'incitent à vous conseiller cette pièce.

Victor de Henri Bernstein, mise en scène Rachida Brakni. Avec Grégory Gadebois, Caroline Silhol, Eric Cantona, Marion Malenfant et Serge Biavan. Au Théâtre Hébertot, du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 17h. Durée 1h45. Réservations au 01 43 87 23 23. 

30 décembre 2013

Antigone de Jean Anouilh / Marc Paquien / Comédie-Française (reprise)

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«On ne sait jamais
pourquoi on meurt.»

Après son succès la saison dernière, au Théâtre du Vieux Colombier, c'est Salle Richelieu qu'est reprise la fabuleuse mise en scène d'Antigone d'Anouilh signée Marc Paquien. 

Rappelons en quelques mots l'intrigue : Polynice et Eteocle se sont entre-tués pour régner sur Thèbes. Leur oncle, Créon, nouveau souverain de la ville, fait de l'un un héros et interdit l'ensevelissement de l'autre, déchéance suprême. Antigone brave cet interdit et parvient à jeter quelques poignées de terre sur le corps de son frère. Elle est jeune, fille et soeur de roi, fiancée au fils de Créon: autant de raisons qui poussent le nouveau roi à vouloir passer cet acte sous silence. Mais Antigone refuse tout compromis. Elle revendique cet acte haut et fort mettant ainsi Créon fasse à son devoir: faire appliquer la loi. 

La scénographie est sobre : le plateau est presque nu avec seulement quatre chaises et un mur, au fond, doté de trois portes, respectant parfaitement les consignes d'Anouilh ("Un décor neutre.Trois portes semblables.")

La réussite de la pièce repose surtout sur la distribution: Françoise Gillard est faite pour le rôle d'Antigone. On a souvent apprécié la comédienne dans ces rôles de filles en rébellion (elle fut une magnifique Mégère apprivoisée dans la mise en scène d'Oskaras Korsunovas), elle nous convainc une fois de plus ici. Des cheveux courts, une chemise et un pantalon d'homme un peu trop grands la font paraître frêle et chétive mais il y a en elle une telle puissance lorsqu'elle se met à hurler sa haine, une telle violence ! Face à elle, Créon est incarné par Bruno Raffaelli. Sa stature, sa voix grave symbolisent parfaitement la toute puissance du monarque.  Lorsqu'il s'approche d'elle, assise sur une chaise, sa masse vient voiler le projecteur comme une éclipse. Et lorsqu'il la saisit par les poignets, on a l'impression qu'il pourrait la briser en un seul mouvement. Effets saisissants.  Mais Antigone est forte : même si son destin est scellé, ses convictions, elles, sont plus puissantes.

Deux autres personnages sont particulièrement intéressants et mis en valeur dans cette distribution. Le garde interprété par Stéphane Varupenne symbolise parfaitement le fonctionnaire qui applique les ordres sans réfléchir, cherchant par dessus tout à éviter les problèmes. A Antigone enfermée et condamnée à mort, il résume d'un ton monocorde les avantages et les inconvénients d'être garde et non soldat. La pièce d'Anouilh, rappelons-le, a été écrite pendant l'occupation... Clothilde de Bayser incarne  quant à elle merveilleusement le choeur. De longs monologues dans lesquels elle souligne que tout est écrit, inéluctable dans cette tragédie. 

Au delà de la tragédie antique, c'est bien de la relation au pouvoir dont il est question. L'idéalisme d'Antigone s'impose ainsi à la vision de la politique de Créon. Pour autant, le monarque n'a rien de caricatural : on ressent dans le personnage interprété par Bruno Raffaelli une certaine résignation. Faire le bien du peuple, maintenir la paix sociale implique des décisions difficiles. 

L'oeuvre d'Anouilh n'a absolument pas vieilli. Chaque mot, chaque phrase prête à réflexion : une pièce à ne pas rater!

Antigone de Jean Anouilh, mise en scène de Marc Paquien. Avec Véronique Vella, Bruno Raffaelli, Françoise Gillard, Clotilde De Bayser, Nicolas Lormeau, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Marion Malenfant, Pierre Hancisse et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Laurent Cogez, Carine Goron et Lucas Hérault. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 2 mars 2014. Réservations au 0 825 10 1680.

03 octobre 2013

A l'affiche à la Comédie-Française : L'Anniversaire au Vieux-Colombier et La Fleur à la bouche au Studio-Théâtre

Avant le très attendu Hamlet mis en scène par Dan Jemmett salle Richelieu (dès la semaine prochaine), c'est dans ses deux autres salles que la Comédie-Française propose ses nouveautés de la rentrée. Au Vieux Colombier d'abord, avec L'Anniversaire d'Harold Pinter dans une mise en scène de Claude Moriéras. Mais c'est surtout La Fleur à la bouche de Pirandello  (Studio-Théâtre) qui nous ravit le plus. 

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Dans un café, au milieu de la nuit, un homme est en train de lire à haute voix le roman de Di Lampedusa. Les lieux sont déserts jusqu'à l'arrivée d'un voyageur ayant raté le dernier train et contraint de patienter à la gare jusqu'au matin. La conversation se noue entre les deux. Au voyageur resté à quai, le lecteur raconte les mille détails du quotidien qu'il se plait à observer à travers la ville. Une façon de se raccrocher à la vie pour cette homme qu'on découvre condamné par la maladie. 

Cette très courte pièce - une heure à peine - est des plus réussies, sur le fond comme sur la forme. Les deux comédiens parviennent à nous transmettre une émotion très forte par delà les masques qui dissimulent leur visage et les silences qui ponctuent leur conversation renforce encore cela. La simplicité de la scénographie enfin contribue elle aussi à donner de la force au texte. L'oeuvre de Pirandello et les extraits du Guépard se mêlent ainsi parfaitement pour nous parler de la vie et de la mort. 
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Un mot seulement sur L'Anniversaire au Vieux-Colombier : la prestation des acteurs est remarquable - surtout Jérémy Lopez dans un rôle d'anti-héros, débraillé et bedonnant - mais l'histoire ne m'a pas emballée. Une fête d'anniversaire dans une pension de famille où tout déraille ... A regretter aussi, la scénographie sur deux niveaux : assise dans les premiers rangs, il était impossible de voir ce qu'il se passait à l'étage. J'ai ainsi eu l'impression d'être privée d'une partie du spectacle. Cet Anniversaire ne restera pas, à mes yeux, un des spectacles mémorables du Français. 

La Fleur à la bouche de Luigi Pirandello, mise en scène de Louis Arene. Avec Michel Favory et Louis Arene. Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du mercredi au dimanche à 18h30, jusqu'au 3 novembre 2013. Durée : 1 heure.

L’Anniversaire de Harold Pinter, mise en scène Claude Mouriéras. Avec Cécile Brune, Éric Génovèse, Nicolas Lormeau, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Marion Malenfant. Au Théâtre du Vieux-Colombier, mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h jusqu'au 24 novembre 2013. Durée : 1h45

Réservations au 0 825 10 1680