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10 octobre 2011

Le retour de "Cabaret" à Marigny

"Pourquoi rester seul assis sur son lit ...
l'orchestre est au complet."

Des affiches rouges sur tous les bus parisiens. Pour le retour de Cabaret au Théâtre Marigny, la société de production Stage a fait les choses en grand. Dans le rôle de Sally Bowls - et sur les affiches - on retrouve la talentueuse Claire Pérot, toujours aussi pétillante et dynamique avec une voix tantôt suave, tantôt surpuissante.

D'ailleurs presque toute la distribution présente aux Folies Bergères en 2006 a été reconduite. Ne manque que l'essentiel (du moins à mes yeux) : Fabian Richard, qui était époustouflant dans le rôle de M.C., a cédé sa place. Et c'est Emmanuel Moire qui reprend, difficilement, le flambeau. Non pas qu'il ne soit pas bon chanteur (je vois les fans aux aguets, prêts à me tomber sur le dos), bien au contraire,  mais - pour voler la réplique d'une de mes "bonnes fées" théâtrales - "ce n'est pas le rôle".  Le côté sulfureux, libidineux et légèrement vicieux qu'avait su insuffler Fabian Richard au personnage lui fait cruellement défaut. Emmanuel Moire a beau nous dire d'énormes obscénités sur scène, on a l'impression que c'est un garçon sage qui la joue provoc'. Perso, je n'y ai pas cru une seule seconde (et je m'entendais même à le voir se mettre à entonner "je fais de toi mon essentiel" à tout moment). C'est seulement sur la fin du spectacle, sur une chanson plus douce et dans un registre plus tragique, qu'il parvient, enfin, à nous transmettre une émotion.

Côté scénographie et mise en scène, on retrouve les mêmes ingrédients qu'en 2006. L'orchestre sur une coursive à l'étage, un plateau assez dépouillé et propices aux chorégraphies. Des chorégraphies toujours entrainantes, avec des claquements de talons bien en rythme sur le parquet, effectuées par des demoiselles en portes-jaretelles. Dans un Berlin en pleine crise et montée du nazisme, l'histoire finit mal forcément mais on sort de ce spectacle, plein d'énergie. l'énergie du désespoir que nous transmettent Sally et les filles du Ki-Kat Club. On regrettera cependant que la version Marigny nous prive d'une immersion totale au sein de ce club un peu louche : aux Folies-Bergères, les fauteuils d'orchestre avaient été démontés et remplacés par des guéridons et des chaises. L'expérience n'a pas été rééditée ici, dommage.

Voici la vidéo réalisé pour France 3 Ile-de-France lors de l'après-midi consacré à la presse, juste avant la soirée de gala le 6 octobre dernier (Rédaction : Jean-Laurent Serra, Images : myself, Son : Stéphane Fouquet, Montage : Laurence Comiot).



Cabaret, mise en scène de Sam Mendes, chorégraphie de Rob Marshall avec Emmanuel Moire, Claire Pérot, Geoffroy Guerrier, Patrick Mazet, Catherine Arditi, Pierre Reggiani, Delphine Grandsart . Jusqu'au  31 décembre 2011 au Théâtre Marigny.  

22 janvier 2011

"Du mariage au divorce" au Théâtre de Marigny (2)

"Quand il s'agit de ton plaisir,
tu n'y regardes pas !"

Dans mon dernier billet, je vous parlais de ma frustration de n'avoir vu que deux des quatre pièces de Feydeau proposées à Marigny, dans une mise en scène d'Alain Françon.

Comme il est très mauvais d'avoir des frustrations - et aussi parce qu'une de mes amies était déçue que je ne l'ai pas "attendue" pour aller voir cette pièce (et comme c'est elle qui a fait la photo figurant dans le colonne de gauche de ce blog, je ne peux rien lui refuser !!!) - je suis donc allée jeudi soir voir l'autre spectacle.


Au programme donc On purge bébé puis Feu la mère de Madame. La distribution : la même que pour les deux autres pièces, sans Judith Henry.

Bon disons le tout de go : j'ai trouvé ces deux pièces-là un peu moins drôles que les deux autres. Ni la mise en scène, ni l'interprétation ne sont en cause. Seul reproche  : avoir conservé le même décor pour les deux spectacles. On est toujours dans le même intérieur bourgeois, même papier peint, mêmes rideaux. Seuls quelques meubles varient d'une pièce à l'autre. Et cela a un peu tendance à renforcer l'impression de déjà vu que l'on peut avoir en allant voir les deux spectacles à quelques jours d'intervalle.

J'avais déjà vu Feu la mère de Madame la saison dernière, à la Comédie française. La pièce y était présentée avec trois autres oeuvres de Feydeau, très différentes entre elles , par leur forme et leurs personnages, et ne créant donc pas cette impression de redondance (Amour et piano, Un monsieur qui n'aime pas les monologues et Fiancés en herbe). Le rôle de Joseph, le domestique de la défunte mère, y était tenu par le facétieux Christian Hecq. Si vous ne l'avez jamais vu sur scène, sachez simplement qu'il lui suffit d'apparaître pour faire rire. Alors forcément, aussi bonne puisse être l'interprétation des comédiens à Marigny, difficile de faire mieux...

Entendons nous bien : je ne suis pas en train de dire que je n'ai pas aimé ce spectacle. J'ai passé un excellent moment. Simplement, si vous n'avez qu'une seule soirée de libre, mieux vaut choisir la version Léonie est en avance / Mais n'te promène donc pas toute nue. Sinon, allez voir les deux !

17 janvier 2011

"Du mariage au divorce" au Théâtre de Marigny (1)

"Ta-ta-ta! ta-ta-ta!" Vous allez clabauder!

Je n'aurais pas dû me laisser convaincre que "quatre heures au théâtre, ça fait un peu trop" ...

On m'exhortait à être raisonnable - il est vrai qu'en matière de théâtre, je suis plus boulimique que raisonnable - alors je me suis résignée à n'aller voir qu'un seul des deux spectacles présentés au théâtre Marigny sous le titre "Du mariage au divorce" (soit quatre pièces en un acte de Feydeau présentées deux à deux).

J'ai bien tenté un timide "Ce ne sera pas rasoir, tu sais ! C'est du Feydeau et en plus c'est Alain Françon qui signe la mise en scène. Tu te rappelles, tu avais adoré "L'hôtel du libre échange" avec Clovis Cornillac". Mais c'était inutile. Il fallait choisir ...

CIMG1416.JPGMon choix c'est donc porté sur la représentation regroupant "Léonie est en avance" et "Mais n'te promène donc pas toute nue"*.

Si le texte de la seconde pièce m'était déjà connu, j'ai découvert avec délectation la première. La Léonie du tître est en avance, donc, pas à un rendez-vous mais pour accoucher. Rien de plus commun ...sauf que, dans la bourgeoisie des années 1910, accoucher huit mois après son mariage, ça fait un peu désordre ! Se mèlent alors la crudité inhérente à un accouchement, la crainte du qu'en dira-t-on et le respect des convenances.
Des convenances vite oubliées, tant cet accouchement met la maison sans dessus-dessous. Les femmes - Léonie, sa mère, la bonne - prennent le pouvoir et les hommes ne savent plus où donner de la tête (à dire vrai, ils la mettent carrément dans le pot de chambre, leur tête).
Et puis au milieu, il y a la sage-femme, interprêtée par Anne Benoit. Une terreur ! Un physique tout en douceur mais un ton d'adjudant-chef devant lequel tous se mettent au garde à vous.

De convenances, il en est aussi question dans la seconde pièce. Une femme de député qui se promène en chemise alors que son mari reçoit des relations professionnelles, cela ne se fait pas ! Mais Monsieur le député à beau expliquer cela  à Madame, rien n'y fait.
Au comble de l'exaspération, et un peu désarmé devant l'ingéniuté de sa moitié (alias Judith Henry), Eric Elmosnino interprête avec beaucoup de comique un Ventroux survolté, au bord de la crise de nerfs, nous faisant ainsi totalement oublier le Gainsbourg du film de Joann Sfar (je l'avoue : je craignais, dans les premières minutes de la pièce, de ne pas parvenir à me détacher de cette image-là en le voyant sur scène).

Deux heures à se tenir les côtes, on en redemande ... et même celui qui en appelait à ma raison a convenu ,en sortant , que "finalement, on aurait dû aller voir les quatre d'un coup !".

 

* L'autre spectacle, regroupant "On purge bébé" et "Feu la mère de Madame", est également mis en scène par Alain Françon et interprété par les mêmes comédiens : Anne Benoit, Philippe Duquesne, Eric Elmosnino, Judith Henry, Julie Pilod, Gilles Privat, Régis Royer et Dominique Valadié.