Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22 septembre 2015

Comme une pierre qui ... / Sébastien Pouderoux et Marie Rémond / Studio Théâtre de la Comédie-Française

"Préférez-vous les chansons
qui délivrent un message subtil ou évident?
"

A la Comédie-Française, la saison s'ouvre de façon très rock -faut-il y voir un signe de la part du nouvel administrateur ? - avec Comme une pierre qui ... au Studio-Théâtre. Un spectacle atypique mais ô combien réussi, signé Marie Rémond et Sébastien PouderouxLe pensionnaire du Français et sa complice ont fait le pari fou de reconstituer l'enregistrement de la chanson de Bob Dylan Like a rolling stone. 

pierre.jpg

New-York, 1965, studio de la Columbia. Une page de l'histoire du rock est en train de s'écrire mais eux ne le savent pas encore. Autour de Bob Dylan (Sébastien Pouderoux), sont réunis le guitariste Mike Bloomfield (Stéphane Varupenne), Bobby Gregg (Gabriel Tur) à la batterie et Paul Griffin (Hugues Duchêne) au piano. A ce trio, il faut ajouter Al Kooper (Christophe Montenez). Le jeune guitariste, alors inconnu, s'incruste dans le groupe et hérite pour la peine de l'orgue. Depuis la régie du Studio-Théâtre, Gilles David, dans le rôle du producteur, dirige cet enregistrement. 

D'entrée de jeu, on se dit que l'entreprise semble bien compromise : Bloomfield tente, tant bien que mal, de faire jouer tout le monde ensemble, entre un Dylan mutique, un Bobby Gregg qui se fait plaquer par sa femme pendant la session et un Paul Griffin qui claque la porte face à tant de désorganisation. Le succès finalement, ça tient à quoi ? Plus qu'une reconstitution "historique", c'est une plongée dans les secrets de la création artistique que nous proposent Marie Rémond et Sébastien Pouderoux.  

Les cinq comédiens sur scène nous bluffent tout d'abord par leurs compétences musicales : je ne suis pas une grande mélomane mais leur prestation est totalement crédible. Côté interprétation, on est, comme souvent avec cette troupe, comblé. Sébastien Pouderoux est magistral dans le rôle de Dylan, loin d'une pâle imitation, il incarne le personnage dans sa complexité et confirme tout le bien qu'on pensait déjà de lui. Christophe Montenez, lui, nous fait découvrir son talent comique dans ce rôle de jeune musicien gauche et intimidé. Le voir jouer de l'orgue en ouvrant grand la bouche à chaque accord est juste hilarant.

Ce spectacle est une pépite, plein de finesse et d'humour et n'a qu'un seul défaut : être bien trop court ! Au bout d'une heure, on a envie de réclamer un "bis".

Comme une pierre qui ... d’après le livre de Greil Marcus "Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins", sur une idée originale de Marie Rémond, adaptation et mise en scène Marie Rémond et Sébastien Pouderoux.  Avec Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez, Gabriel Tur et  Hugues Duchêne (élève-comédien). Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du mercredi au dimanche à 18h30, jusqu'au 25 octobre 2015. Durée : 1h10.

20 novembre 2014

"Yvonne, Princesse de Bourgogne" de Witold Gombrowicz / Jacques Vincey / Théâtre 71 - Malakoff

"Je tuerai la molichonne."

Au Théâtre 71 à Malakoff, Jacques Vincey met en scène Yvonne, Princesse de Bourgogne. Une création déjantée autour d'une princesse falote dont l'apathie provoque la démence de la cour. Drôle et dérangeant à la fois ... 

Yvonne, Princesse de Bourgogne@Pierre Grosbois 0k-2.jpg
Photo : Pierre Grosbois

Dès la scène de présentation, on comprend que le culte du corps et de l'apparence règne à la cour. Au milieu d'un intérieur chic, le roi, la reine, le chambellan, les dames de compagnies, le prince et son acolyte, tous vêtus de blanc, s'adonnent au sport ou à la danse avec classe et élégance. Petit monde feutré où l'étiquette semble avoir une grande importance. L'on sent très vite pourtant le désœuvrement du Prince et sa vacuité, deux éléments qui vont le conduire à jeter, par jeu, son dévolu sur Yvonne, jeune fille sans charme.

Yvonne a la mollesse d'une guimauve, l'élégance d'un sac de pommes de terre et la conversation d'une carpe. Autant d'attraits qui la rendent antipathique aux yeux de tous et qui font d'elle le grattoir venant retirer le vernis de cette société. L'antipathie se transforme en haine féroce et tous ne songent bientôt qu'à éliminer l'intruse.

Yvonne, Princesse de Bourgogne 2 - ok.jpg
Photo : Pierre Grosbois

Il y a beaucoup de cruauté dans cette tragi-comédie. Yvonne est un bouc-émissaire dont on rit au départ. Mais sa présence étrange va rapidement révéler les névroses et perversions les plus sombres de chacun. Tout sombre alors dans le chaos ... l'intérieur chic se retrouve dévasté au grès des crises de démence traversées par les membres de la famille royale. La jungle alentours, visible par de larges baies vitrées, envahit l'espace, symbole de la sauvagerie faisant irruption dans ce mode si codifié.

Beaucoup de rire donc, notamment grâce à la force du jeu des comédiens : Hélène Alexandridis est magistrale dans le rôle de la reine Marguerite, aux cotés d'Alain Fromager (le roi Ignace) et Thomas Gonzalez (le Prince Philippe). Leurs "pétages de plombs" respectifs leur offrent à chacun l'occasion de développer tout leur talent comique. Quant à Marie Rémond, loin d'être moche, elle parvient à donner à Yvonne une insipidité et un physique des plus ingrats. On en vient nous aussi à trouver cet être falot, au regard morne, des plus désagréables et à ne plus être émus par son sort. C'est perturbant, très perturbant ...

Yvonne, Princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz, mise en scène Jacques Vincey. Avec Hélène Alexandridis, Miglé Berekaité, Clément Bertonneau, Alain Fromager, Thomas Gonzalez, Delphine Meilland, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, Marie Rémond, Brice Trinel et Jacques Verzier.
Au Théâtre 71 à Malakoff, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h, jusqu'au 30 novembre 2014. Réservations au 01 55 48 91 00.
Durée : 2h15 sans entracte. 

En tournée :
Du 3 au 7 décembre 2014 au Théâtre National de Bordeaux.