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12 novembre 2014

Troyennes de Kevin Keiss d'après Euripide / Laëtitia Guédon / Théâtre 13 Côté Seine

 "Nous ne serons pas d'obscures disparues
Nous ne disparaitrons pas."

Voilà une pièce que j'attendais avec impatience : au Théâtre 13 côté Seine, Laëtitia Guédon met en scène une adaptation des Troyennes d'Euripide. Un projet que j'ai eu la chance de suivre sur la longueur, depuis ma rencontre avec Laëtitia Guédon la saison dernière.

C'est au printemps dernier, au cours d'une interview, que la metteuse en scène, par ailleurs directrice du Festival au féminin, m'a parlé pour la première fois de cette pièce, des étoiles plein les yeux. Une création dans laquelle elle essayait d'intégrer  les collégiens d'Aubervilliers auprès desquels elle anime des ateliers. Ce travail avec les élèves, j'ai pu le suivre il y a quelques semaines pour un un reportage diffusé sur France 3 Ile-de-France. Ici, je m'attacherai plutôt a vous parler de la pièce elle même.

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Photo : © Alain Richard

L'adaptation d'abord, signée Kevin Keiss (également interprète du chœur et du Coryphée dans la pièce). Une traduction et une adaptation à la langue d'aujourd'hui qui font de ce texte quelque chose de parfaitement audible sans trop le simplifier. La poésie des mots, le caractère élégiaque de l'ensemble demeurent. En cela cette adaptation est fort bien réussie. On y retrouve la douleur de ces Troyennes, seules survivantes de la ville après la victoire des Grecs au bout de 10 ans de guerre. Hécube, Cassandre, Andromaque ... transformées en butin, elles attendent de connaitre leur funeste destin : de quel guerrier victorieux deviendront-elles chacune l'esclave ?

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Photo © Alain Richard

Elles ont le visage maculé de cendres, des vêtements en lambeaux. Autour d'elles, le plateau est presque nu - rien ne reste de leur cité - et l'obscurité règne. Tour à tour, elles s'expriment, invoquent les dieux, les maudissent ... La mise en scène se veut contemporaine - morceaux de beatbox compris - histoire de nous rappeler que ce texte vieux de presque 2500 ans est toujours d'actualité. Ces Troyennes, ce pourrait être vous, moi : des femmes arrachées à leur cité qui vivront l'exil et l'errance. L'histoire se répète à l'infini et l'on se surprend à faire un rapprochement avec les 200 lycéennes nigériannes enlevées par Boko Haram.

En cela, le message des ces Troyennes devient universel et intemporel. Leur sort, elles l'affrontent le front relevé. Loin d'être des victimes, ce sont des combattantes qui nous livrent en testament un message de résistance à la barbarie.  Et l'on ne peut qu'admettre qu'effectivement il y a une grande vitalité dans ce "chant de deuil". On ressort de ce spectacle touchés par la tragédie de ces femmes mais en même temps emplis d'espoir et de passion pour la vie.

Troyennes - Les morts se moquent des beaux enterrements de Kevin Keiss, d'après Euripide, mise en scène Laëtitia Guédon.  Avec Blade, Mounya Boudiaf, Kevin Keiss, Adrien Michaux, Pierre Mignard, Marie Payen, Valentine Vittoz et Lou Wenzel. Au Théâtre 13 côté Seine (Paris 13e),  mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30, jusqu'au 14 décembre 2014.
1h45 sans entracte - à partir de 14 ans

25 février 2014

Rencontre avec Laetitia Guédon, directrice artistique du "Festival au féminin"

Un flot de paroles ininterrompu, des yeux qui brillent et un immense sourire : tout en Laëtitia Guédon trahit sa passion et son exaltation lorsqu'elle parle de théâtre. A trente ans à peine, la jeune metteuse en scène est à la tête du Festival au féminin dont la prochaine édition se tiendra du 1er au 8 mars 2014, à Paris et en banlieue. 

 Photo Laëtitia Guédon .jpg

Formée au Studio d'Asnières puis au CNSAD (section mise en scène), Laëtitia Guédon a pris les rênes de ce festival en 2009, succédant à Khalid Tamer, pris par d'autres projets. Cette année, le Festival au féminin innove et traverse le périph' avec des représentations à Aubervilliers. Une façon pour Laëtitia Guédon de poursuivre le travail qu'elle accomplit dans cette ville depuis des années, au sein des lycées Le Corbusier et Henri Wallon notamment, où elle anime des ateliers avec les élèves.

La place de la culture dans les banlieues et les quartiers les plus défavorisés est un sujet qui lui tient à coeur. Mais la jeune femme ne fait pas d'angélisme : "ce qui marche, c'est d'aller directement taper aux portes des gens. On ne peut pas se contenter d'attendre qu'ils viennent dans les théâtres." C'est dans cet esprit là que sera créé, dans le cadre du festival, le spectacle Banane (cf le programme du festival ci-desous). Le point de départ de ce projet : l'insulte qui a frappé Christiane Taubira, ministre de la justice. "J'ai questionné les jeunes d'Aubervilliers sur cette thématique. Pour eux, une banane c'était plutôt synonyme de sourire avant cette histoire ... L'idée était de leur proposer de parler des clichés. Ce sont eux qui ont décidé d'avoir recours au slam." Après des séances d'écritures avec la slameur Dgiz et une répétition ouverte à tous à Aubervilliers, l'idée est de pousser ces jeunes à franchir la frontière que constitue le périphérique pour venir voir le spectacle à Paris. Avec, dans l'esprit de la directrice artistique un autre enseignement à transmettre : "face à cette adversité, ces insultes racistes ou les attaques lors de la loi sur la mariage pour tous, Christiane Taubira a toujours répondu en citant les poètes." Que les jeunes deviennent à leur tour des poètes : voilà ce qu'espère Laëtitia Guédon. 

Et lorsqu'elle emploie les mots de résistance - pour protester contre le recul de la culture en cette période de crise - et de bienveillance - pour évoquer son rapport avec les jeunes des cités -  on redécouvre un peu la beauté de ces deux mots. L'enthousiasme et l'énergie de Laetitia Guédon sont contagieux. Parallèlement à son travail autour du festival, elle poursuit sa carrière de metteuse en scène et prépare actuellement une version des Troyennes d'Euripide, pièce dans laquelle elle dit ne voir que de la "vitalité" ! La pièce sera présentée à l'automne au Théâtre 13 côté Seine : cela va être dur de patienter jusque là.

Festival au Féminin : le programme

Pour sa 11e édition, le Festival au féminin (du 1er au 8 mars), proposera  du slam, du théâtre, des projections de documentaires, des lectures et de la danse, au centre Barbara Fleury, au Lavoir moderne (18e) ou encore au cinéma Le Louxor (10e) et à l'espace Renaudie à Aubervilliers. 

Côté théâtre, citons seulement quelques unes des pièces proposées: 
RITSOS SONG d’après Yannis Ritsos, mise en scène de Kevin Keiss (samedi 1er mars à 20h30 au Lavoir Moderne)
ÇA création collective , mise en scène d'Esther Van Den Driessche (dimanche 2 mars à 20h30 au Lavoir Moderne) 
JARDINAGE HUMAIN  de Rodrigo Garcia, mise en scène de Patrick Piard (lundi 3 mars à 19h au Théâtre de Verre)

Retrouvez le programme détaillé et tous les renseignements pratiques en cliquant ici : Festival au Féminin 2014.pdf