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21 novembre 2011

"L'Ecole des femmes" à la Comédie-Française, mise en scène de Jacques Lassalle

L-Ecole-des-femmes_imagesspectaclesalle.jpg "L'une est moitié suprême,
et l'autre subalterne :
L'une en tout est soumise
à l'autre qui gouverne."


Mise à jour de l'article le 25 septembre 2012 :

Reprise de L'Ecole des femmes (mise en scène de Jacques Lassalle), au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, du 25 septembre au 28 octobre 2012. Plusieurs modifications ont été effectuées dans la distribution depuis l'écriture de cet article en novembre 2011 : Adeline d'Hermy reprend le rôle tenu par Julie-Marie Parmentier, Yves Gasc et Simon Eine sont remplacés par Andrzej Seweryn et Christian Blanc.  

Pour la quatrième fois, Jacques Lassalle s'attaque à cette oeuvre de Molière. La troisième c'était en octobre 2011, à Varsovie et en polonais.

C'est à Thierry Hancisse et Julie-Marie Parmentier qu'incombent d'incarner Arnolphe et Agnès. Et le duo fonctionne plutôt bien. Elle, douce et joyeuse, coud des bonnets dans la maison où il la tient recluse. Lui a quelque chose de machiavélique qui nous fait froid dans le dos par instant. Car, finalement, qu'est-ce qu'Arnolphe sinon un monstre qui a élevé une enfant dans le seul but d'en faire sa femme ? La même histoire transposée aujourd'hui figurerait dans la rubrique des faits divers, à bien y réfléchir (Lassalle fait d'ailleurs lui même référence à Natacha Kampusch, cette jeune autrichienne enlevée et séquestrée dans une cave pendant huit ans ) . Mais cet Arnolphe-là peut aussi nous émouvoir tant son amour, et sa jalousie, pour Agnès sont grands. Dans le rôle d'Horace : Jérémy Lopez. Un amoureux assez fou pour franchir les murailles mais pas assez courageux pour affronter ses ainés. Jacques Lassalle nous présente ainsi un Horace coincée entre deux figures paternelles - son père et Arnolphe chez qui il vient naïvement chercher du réconfort - un gamin encore immature qui s'efface devant les adultes. Et malgré la fin heureuse, c'est avec une Agnès pleine de désillusion que s'achève la pièce, Agnès qui quitte la scène sans un regard pour son promis pour qui elle semble ne plus avoir ni amour ni respect. A ce  brillant trio, rajoutons, Céline Samie et Pierre Louis-Calixte dans les rôles de Georgette et Alain, les serviteurs chargés de surveiller Agnès. Les deux comédiens jouent à merveille les nigauds, frustres mais heureux de leur vie au grand air.

Une lecture de l'oeuvre intéressante et de bons acteurs donc. Je serai plus réservée sur la scénographie. La maison où Agnès est recluse est sur une île, au milieu d'un lac. On y accède soit par barque sur par un radeau actionné par un système de poulie. Autour de la maison, un petit jardin et un arbre en carton (ou du moins, la silhouette d'un arbre). Le reste de l'action se déroule sur l'avant-scène. La maison est alors dissimulée par une toile peinte figurant une rue. Par un jeu de transparence, on aperçoit parfois la maison. Un décor qui ne fait pas vraiment rêver. A cela, il faut ajouter une bande sonore - clapotis du lac et pépiements d'oiseaux - agaçante au possible et masquant parfois les dialogues. Dommage, cela aurait pu être un spectacle mémorable.

L'Ecole des femmes de Molière, mise en scène par Jacques Lassalle. Avec Yves Gasc, Simon Eine, Thierry Hancisse, Andrzej Seweryn, Christian BlancCéline Samie, Pierre Louis-Calixte, Gilles David, Julie-Marie Parmentier, Jérémy Lopez et Adeline d'Hermy. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 6 janvier 2012 (en alternance). Réservations : 0 825 10 1680

Reprise au Théâtre Ephémère du 25 septembre au 28 octobre 2012

A lire aussi : La Critique de l'école des femmes, mise en scène par Clément Hervieu-Léger. 

15 mai 2011

"On ne badine pas avec l'amour" de Musset au Vieux Colombier

"C'est un diamant fin des pieds à la tête"

Hier soir, certains étaient rivés devant la finale de la Coupe de France, d'autres devant l'Eurovision, tous passionnés et pétris de stress... comme moi. Ni fan de foot, ni de concours de chant, j'avais hier soir un rendez-vous que j'attendais depuis fort longtemps. Alors comme pour les grands rendez-vous, j'ai eu une boule à l'estomac toute la journée : et si ce n'était pas aussi bien que je l'espérais, et si je me cassais une jambe ou un bras en y allant, et si, et si...

Ce rendez-vous, c'était avec Alfred de Musset et On ne badine pas avec l'amour à la Comédie-française. "Musset fait partie de mes amours d'adolescent. Je m'y suis attaché pour les mêmes raisons qui m'ont conduit à le rejeter par la suite, me méfiant toujours plus d'un romantisme caricatural. J'y suis revenu fasciné par la force de son écriture ..." avoue le metteur en scène Yves Beaunesne dans sa note d'intention. Badine fait aussi partie de mes amours d'adolescente mais je ne l'ai jamais rejeté. Ce qui tend peut-être à confirmer mon tempéremment de midinette, mais qu'importe.

Dès la première scène, tous mes doutes et mes craintes se sont envolés. Suliane Brahim, charmante Rosette, danse seule en faisant le ménage, enlacée dans ses propres bras, ornés de gants en caoutchouc rouges, comme dans ceux d'un amoureux imaginaire. La musique : This guy's in love de Herb Alpert and the Tijuana Brass, vieux tube des années 60 qui reviendra rythmer certains passages de la pièce. Le ton est donné : Yves Beaunesne a choisi de nous raconter l'histoire tragique de Camille et Perdican au milieu d'un décor et d'une ambiance années 60 (avec des robes tirant plutôt sur les années 50). La suite du spectacle viendra confirmer cette première impression : belle mise en scène, belle lumière, utilisation intéressante de la salle comme extension de la scène ... Yves Beaunesne a également eu la judicieuse idée de ne pas avoir recours au choeur de paysans, distribuant ses longues tirades tantôt à Rosette, tantôt au Baron ou à Maître Bridaine.

Mais n'oublions pas les comédiens, tous à leur meilleur : Pierre Vial et Christian Blanc jouent Bridaine et Blazius, plus préoccupés par leur lutte d'influence pour avoir la meilleur place à table que par le drame qui se noue sous leurs yeux. Leur vice prête à sourire comme cette scène où Blanc / Blazius fait au Baron (Roland Bertin) le récit aviné et confus de la querelle compromettante  qu'il a  aperçue dans le parc. Sous la coupe d'une Dame  Pluche austère à souhait (Danièle Lebrun a remplacé la regrettée Hélène Surgère qui devait initialement interpréter ce rôle), Julie-Marie Parmentier est parfaite en Camille, toute frêle et fragile à sa sortie du couvent mais capable de fureur et de force contre Perdican.

Et puis il y a Perdican / Loic Corbery ...
Par où commencer ? Comme d'habitude : agile comme un chat, il monte sur le billard, glisse en dessous, soulève Camille comme une plume, lui barre le chemin, virevolte sans perdre une seule seconde son émotion. Un peu coureur au début (et on se laisserait bien avoir ...), son personnage s'épaissit au fil de la pièce, niant la douleur de perdre Camille puis la laissant éclater. Arrive la célèbre scène 5 du deuxième acte. C'est le plus beau passage de la pièce (et peut-être du théâtre français ... mais je me laisse un peu emporter par ma passion pour cette oeuvre). Camille est seule sur scène. Où est Perdican ? Au fond de la salle, dans la pénombre, il répond à distance à l'interrogatoire de sa cousine qui se refuse à lui :

- Dites-moi, avez-vous eu des maîtresses ?
- Pourquoi cela ?
- Répondez-moi, je vous en prie, sans modestie et sans fatuité.
- J'en ai eu.
- Les avez-vous aimées ?
-De tout mon coeur.
Chaque réplique, chaque pas le ramène peu à peu auprès d'elle. Divin.

Voilà à présent les deux comédiens sur scène. Le dialogue - toujours aussi sublime - se poursuit. Puis Loic Corbery et Julie-Marie Parmentier, face à face, yeux dans les yeux, partage un silence interminable, la tension est palpable... (petit message au Monsieur qui a toussé à ce moment là : vous avez  suscité en moi une envie de meurtre !). LA réplique culte arrive alors (Tous les hommes sont menteurs...) et j'ai la gorge nouée, les yeux embués. Instant magique comme on aimerait en vivre à chaque fois que l'on va au théâtre.

Mon admiration pour ce comédien n'est pas un scoop. Alors si mon seul avis ne vous suffit pas à son sujet, allez faire un tour sur le blog d'Armelle Héliot : elle le compare carrément à James Dean !!!! Je n'irai pas jusque là (Corbery à mon sens est incomparable !) mais le  costume de Perdican lui sied à merveille, faisant de lui l'héritier de Gérard Philipe qui immortalisa ce rôle, son dernier au théâtre, en 1959. Alors, pour paraphraser Aragon, disons simplement : "Non, Perdican n'est pas mort !" 

 

Reprise saison 2011-2012 : Théâtre Ephémère du 9 mai au 17 juin.