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14 juin 2011

Jérôme Deschamps et Michel Fau habillent "Courteline en dentelles" aux Bouffes du Nord

"J'vais t'en boucher une surface"

Après Feydeau à la Comédie-Française, Jérôme Deschamps s'attaque à Courteline. Pour cette création aux Bouffes du Nord, le directeur de l'Opéra-Comique ne se limite pas à la mise en scène et c'est avec un vrai plaisir qu'on le retrouve sur les planches.

A mi-chemin entre la pièce jouée et la lecture, ce spectacle regroupe sept courtes pièces de Georges Courteline. Aux côtés de Jérôme Deschamps : Michel Fau. Les deux compères, en smoking, debouts derrière deux pupitres, nous livrent ces scénettes cocasses et parviennent à nous faire rire aux larmes. Les accessoires sont parfois rudimentaires - un bonnet en dentelle et hop, voilà l'un des deux comédiens transformé en épouse pas finaude - parfois inexistants : tout repose alors sur l'interprétation pure comme pour 26 où Jérôme Deschamps est hilarant en dragon bourré(le militaire, pas la bestiole !), se rappelant que la personne qu'il cherche habite au 26 mais de quelle rue ? Et puis il y a une chasse à l'ours où Michel Fau revêtu d'une peau de bête joue un comédien tentant d'imiter l'animal, tandis que Jérôme Deschamps, dans le rôle du comédien-chasseur, le poursuit, sans parvenir à faire correctement fonctionner le fusil. A se tenir les côtes!

Seul bémol : ces courtes pièces sont assez inégales. L'interprétation des comédiens n'est pas en cause, c'est le texte lui-même qui pêche parfois par sa lourdeur : Ma femme est en voyage, par exemple, est beaucoup moins drôle. On irait même jusqu'à dire que certaines de ces courtes pièces ont mal passé l'épreuve du temps. Ce qui explique peut-être, en partie, pourquoi Courteline est si peu joué aujourd'hui.

Courteline en dentelles, Courtes pièces de Georges Courteline. Un spectacle de Jérôme Deschamps, avec Jérôme Deschamps et Michel Fau au Théâtre des Bouffes du Nord du mardi au samedi 19h, jusqu’au 25 juin.

19 avril 2011

"Un fil à la patte" de Feydeau à la Comédie-Française

"J'en appelle à la postérité"

Reprise saison 2011-2012 : Salle Richelieu du 2 décembre au 1er janvier puis au Théâtre Ephémère du 26 juin au 22 juillet.

Hier soir était le soir tant attendu où je suis enfin allée voir Un fil à la patte à la Comédie française, mis en scène par Jérôme Deschamps. La pièce se joue à guichet fermé jusqu'à la fin de la saison et, pour pouvoir acheter ces places, j'ai passé un temps fou, il y a plus de deux mois, à tenter de joindre la billetterie le jour de son ouverture. Ma récompense : six places obtenues de haute lutte. La pièce avait déjà fait un tel buzz que plusieurs de mes amis, pas forcément férus de théâtre, ont voulu venir aussi.

C'est donc en groupe, au lendemain du triomphe de la pièce aux Molières (3 récompenses) que nous sommes allés rire des problèmes de Bois d'Enghien (Hervé Pierre) et de son fil à la patte : sa maîtresse Lucette (Florence Viala), chanteuse de café-théâtre, dont il n'arrive à se défaire à quelques heures de son mariage... auquel sa belle-mère a convié  à chanter cette même Lucette. Et la situation devient encore plus cocasse lorsque l'on y rajoute un général sud-américain follement épris de Lucette et prêt à "touer" pour elle (Thierry Hancisse) et un clerc de notaire avec des velléités musicales (Christian Hecq)

Que dire sur la pièce que vous n'ayez  lu ailleurs ? Effectivement c'est génial. Bien joué, beau décor, beaux costumes. Et Christian Hecq, est un  Bouzin stupéfiant, au corps élastique (comment fait-il pour dévaler ainsi les escaliers ?) et à la figure de clown. N'oublions pas Thierry Hancisse qui campe un général à l'accent hilarant, source de nombreuses incompréhensions (on ne peut rester "squeptique" devant un tel "sandale"). On regrettera cependant l'absence hier soir sur scène de Guillaume Gallienne, lauréat du Molière du second rôle pour celui de Chenneviette. C'est Christian Gonon qui tenait ce rôle, ainsi que celui de Miss Betting, hier soir. Gallienne et son délicieux accent anglais en Miss Betting ... quelle frustration d'avoir manqué cela !

Le hasard veut que je vienne juste d'achever Passion théâtre*, un ouvrage où Micheline Boudet raconte ses souvenirs sur les planches. C'est elle qui tenait le rôle de Lucette en 1961 quand Jacques Charon a mis en scène la pièce à la Comédie française. Une distribution de rêve dont je vous laisse seuls juges  : Robert Hirsch (Bouzin), Jean Piat (Bois d'Enghien), Georges Descrières (le Général), Jean-Paul Roussillon (Jean), Jean-Laurent Cochet (Chenneviette), Jacques Charon (Fontanet), Denise Gence (Marceline), Catherine Samie (Nini Galant), Françoise Kanel (Miss Betting), Marthe Alycia (la Baronne), Paule Noelle (Viviane). La pièce fut un immense succés (vous pouvez en voir ici un extrait, tiré d'une captation de 1970 ; la captation intégrale est disponible dans un coffret dédié à Feydeau. Belle consolation si vous n'avez pas réussi à obtenir des places pour la version actuelle !). Voici ce qu'en dit Mademoiselle Boudet dans son livre de souvenirs :

"Chaque soir, plusieurs fauteuils sont cassés par certains spectateurs sautant de joie sur leurs sièges. Ce qui vaut un soir, à la sortie du spectacle, d'un couple habitué aux classiques du Français ce mot inattendu de la dame à son époux : On a bien du mal à garder son sérieux..."

Hier soir, nous eûmes effectivement bien du mal à garder notre sérieux ... mais à ma connaissance aucun fauteuil n'a été cassé!

* Passion théâtre de Micheline Boudet, éditions Robert Laffont.