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05 mai 2013

Oscar Wilde à l'honneur au Théâtre Montparnasse avec "L'importance d'être sérieux"

"Tu dis ça parce que tu vois trop de pièces françaises"

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Après quelques jours de vacances (voilà pour l'explication des deux semaines sans publication) retour à Paris et cap sur le Théâtre Montparnasse pour L'importance d'être sérieux d'Oscar Wilde

C'est une nouvelle traduction qui nous est proposée, signée Jean-Marie Besset. La pièce, mise en scène par Gilbert Désvaux, a d'ailleurs été créée au Théâtre des treize vents, à Montpellier, dont Jean-Marie Besset assure, pour un temps encore, la direction. Le texte est un délice : les bons mots fusent. On regrettera toutefois la perte du jeu de mot dans cette version du titre : The importance of being earnest en VO avec un personnage central du nom d'Ernest (d'autres traductions avait opté pour "Constant" ou "Aimé", retrouvant ainsi le double sens adjectif / prénom).

Mais c'est pinailler que de s'attarder sur cela tant la  pièce est une réussite. Jack et Algernon sont amis. Le premier, campagnard, s'est créé un frère imaginaire prénommé Ernest pour dissimuler sa débauche londonienne. C'est sous ce faux nom qu'il a séduit Gwendolen, la cousine d'Algernon. Celui-ci, découvrant que son ami a pour pupille une jeune fille de 18 ans, utilise lui aussi cette même fausse identité pour séduire la belle Cecily. Les deux jeunes femmes sont conquises, d'autant que l'une comme l'autre ont toujours rêvé d'épouser un "Ernest", prénom synonyme de probité ...

Les costumes et décors sont très réussis, dans le pur style anglais, mais ce qui fait de cette pièce un tel moment de plaisir, c'est l'interprétation, brillante. Arnaud Denis  (Algernon) est parfait en dandy flegmatique, pince-sans-rire lorsqu'il fait des bons mots. Il y a dans son personnage une certaine ambiguïté ... Algernon c'est un peu Wilde en somme. Mathieu Bisson (Jack), Mathilde Bisson (Cecily) et Maryline Fontaine (Gwendolen) font eux aussi preuve de brio. Last but not least : Lady Bracknell alias Claude Aufaure. Le comédien est juste génial dans ce rôle de vieille rombière guindée et effrayante.

La pièce se joue depuis la mi-mars déjà donc n'attendez pas pour y aller !

L'importance d'être sérieux d'Oscar Wilde (nouvelle traduction Jean-Marie Besset), mise en scène Gilbert Désvaux. Avec Claude Aufaure, Mathieu Bisson, Mathilde Bisson, Matthieu Brion, Arnaud Denis, Marilyne Fontaine, Margaret Zenou. Au Théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 20h30, matinée le dimanche à 15h30. Réservations : 01 43 22 77 74.

03 mai 2012

Tokyo Bar, une pièce de Tennessee Williams inédite en France, à voir au Théâtre de la Tempête

 "Je ne ferai semblant de rien"

tokyo bar,théâtre de la tempête,tennessee williams,jean-marie besset,gilbert désveaux,christine boisson,laurent d'olce,mathieu lee,alexis rangheardC'est une pièce inédite en France de Tennessee Williams  que nous propose actuellement le Théâtre de la Tempête. A la fin des années 60, lorsqu'il écrit Tokoy Bar, presque 25 ans après La ménagerie de verre, le dramaturge américain est sur le déclin. La pièce, créée "Off Broadway", sera peu reprise ensuite. Un critique du New-York Times ira même jusqu'à la considérée  comme injouable.

"Le texte anglais est obscur, il y a beaucoup de passages où l'on ne comprend pas vraiment de quoi il est question" explique Jean-Marie Besset* qui a signé l'adaptation, allant même jusqu'à évoquer un "travail d'archéologie" plus que de traduction. 

Dans un bar d'hôtel à Tokyo, Miriam (Christine Boisson) traine son désarroi, coincée là avec son mari, Mark, artiste peintre en plein délire (Alexis Rangheard). Ce que veut Miriam, c'est le réexpédier aux Etats-Unis pour le faire interner et, pour cela, appelle au secours Leonard (Laurent d'Olce), marchand d'art qui commercialise les oeuvres de Mark.

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Alexis Rangheard et Christine Boisson. Photo : Antonia Bozzi

Christine Boisson porte merveilleusement cette pièce, incarnant un personnage fort et fragile à la fois. Séductrice - impressionnant numéro de drague sur le serveur du bar, interprété par Mathieu Lee - il faut la voir, majestueuse et dominatrice, dans une robe échancrée jusqu'au bas du dos. Une assurance qui cache une faille. La folie de son mari la plonge dans une colère, une rage démesurée. On la sent au bord du gouffre. Alexis Rangheard joue parfaitement ce mari vacillant, imbibé d'alcool et dévoré par son oeuvre. Sur scène, il tremble, chancelle, titube, s'agrippe à cette femme qui ne veut plus de lui.

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Mathieu Lee et Christine Boisson. Photo : Antonia Bozzi.

Disons-le clairement : Tokyo Bar est très en deça des pièces de Tennessee Williams que l'on connait. Mais la qualité de l'interprétation et l'élégante mise en scène de Gilbert Désvaux sauvent ce spectacle qui mérite le déplacement à la Cartoucherie de Vincennes.

TOKYO BAR  de Tennessee Williams, adaptation Jean-Marie Besset, mise en scène Gilbert Désveaux. Avec Christine Boisson, Laurent d'Olce, Mathieu Lee, Alexis Rangheard et avec la participation de Farida Remadna. Au Théâtre de la Tempête jusqu'au 2 juin 2012. Réservations : 01 43 28 36 36 .

*Propos recueillis lors de la discussion à l'issue de la représentation du 29 avril.

24 février 2012

"Il faut je ne veux pas" : un petit bijou magnifiquement orchestré par Besset au Théâtre de l'Oeuvre

" Dites-moi un peu,
vous qui avez le sens commun,
qu’est-ce que signifie cette chose-là :
faire la cour à une femme ? "

il faut je ne veux as,il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée,alfred de musset,je ne veux pas me marier,jean-marie besset,théâtre de l'oeuvre,blanche leleu,chloé olivères et adrien melinIl faut je ne veux pas : derrière ce titre se cachent en réalité deux pièces. La première, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, a été écrite par Alfred de Musset en 1845. Une pièce assez peu jouée aujourd'hui dont on découvre, avec un grand plaisir, la beauté du texte dans la bouche des comédiens. La seconde, Je ne veux pas me marier, est plus récente (2008) et signée du metteur en scène de ce spectacle, Jean-Marie Besset.

Présentée l'une après l'autre, ces deux pièces deviennent une  oeuvre à part entière tant elles se répondent et se complètent. Ce que nous montre Besset dans cet assemblage c'est que, par delà les siècles, le face à face amoureux n'a guère changé. "Vieux refrain, orchestration nouvelle" résume l'auteur et metteur en scène. "D'où vient cette science qu'ont les femmes pour réformer les hommes qui les aiment ? Les adapter constamment à leurs besoins, à leurs désirs ? Renouveler le lien du couple ?"

Une marquise corsetée qui malmène son prétendant en rejetant les formules d'amour toutes faites et refusant qu'on lui fasse la cour. Une future mariée, perdue au milieu des cartons de table à la veille de ses noces, qui  doute et remet tout en cause, au désespoir de son promis. L'une est blonde (Blanche Leleu), l'autre brune (Chloé Olivères) mais ces deux trentenaires  se ressemblent tant,  toute deux en quête d'absolu et rejètant la facilité de certaines relations amoureuses. Face à elles, le même amoureux (Adrien Melin) un peu désarmé, le chapeau haut de forme ou le manteau à la main, ne sachant jamais s'il doit partir ou rester, s'il faut croire ces mots si durs ou s'il faut comprendre le contraire ...

Les trois comédiens sont brillants (Adrien Melin est cependant légèrement meilleur dans le rôle contemporain que chez Musset) et la mise en scène vraiment, vraiment réussie. On appréciera le passage d'une histoire à l'autre: comme dans un déménagement, la maîtresse de maison indique quels objets emporter et laisse place à la nouvelle occupante des lieux qui fait installer ses effets.

Outre cette jolie mise en scène, Jean-Marie Besset réussit à mettre en musique son propre texte, face  aux mots de Musset, si beaux. Il nous livre un décryptage parfait du couple sans jamais tomber dans le théâtre de boulevard et les jeux de mots vaseux. Une finesse qui fait mouche : on rit beaucoup, on se reconnaît souvent, surtout lorsque l'on est soi-même une fille de trente ans (avouons-le, tout aussi prise de tête que les deux héroïnes).

Il faut je ne veux pas d'Alfred de Musset et Jean-Marie Besset, mise en scène de Jean-Marie Besset. Avec Blanche Leleu, Chloé Olivères et Adrien Melin. Au Théâtre de l'Oeuvre, Du mardi au samedi à 21h00, en matinée le samedi à 18h30 et le dimanche à 15h30. Réservations : 01 44 53 88 88