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09 octobre 2013

La Tragédie d'Hamlet de Shakespeare / Dan Jemmett / Comédie-Française

"De la folie mais qui ne manque pas de méthode"

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Une fois de plus, Dan Jemmett ne faillit pas à sa réputation, le metteur en scène britannique bouscule Shakespeare à la Comédie-Française. Son Hamlet, présenté  Salle Richelieu, étonne et détonne. 

La principale qualité de Jemmett reste à mes yeux sa propension à replacer les récits shakespeariens dans   la quotidienneté. Quitte, parfois, à mettre un peu de trivialité dans cette transposition. Les puristes peuvent grincer des dents mais personnellement je suis fan.

Voici donc le royaume du Danemark, cadre de l'intrigue d'Hamlet, réduit à un bar. le roi règne derrière le comptoir et distribue des liasses de billets à tour de bras. Le troquet en question tient du club-house d'une salle d'escrime à en juger par les cadres au mur et les coupes exposées. Rien de raffiné cependant : les costumes sont d'inspiration disco - pattes d'éph' et cols pelle à tarte - ou font clairement référence à l'imagerie britannique avec les fameuses tenues de Pearl Kings. Pour compléter cette ambiance de bar populaire, on aperçoit à cour et à jardin des WC à la propreté toute relative. 

"Je ne suis pas sûr d'être, à ce jour, le genre de metteur en scène à qui le London National Theatre confierait une mise en scène de Shakespeare, mais toujours est-il que le fait de monter la pièce à la Comédie-Française me donne une certaine liberté" explique le metteur en scène dans sa note d'intention.  Et parmi les libertés prises, il y a celle de faire rire. Jemmett s'appuie ainsi - un exemple parmi d'autres - sur les talents de marionnettiste d'Elliot Jenicot : par ce truchement,le comédien incarne à lui seul les deux personnages de Rozencrantz et Guildenstern. 

Un mot seulement sur les comédiens : la performance collective est de haut niveau, comme à l'accoutumée, mais on ne peut pas dire que la prestation d'untel ou d'un autre se démarque. Ce qui fait de cette pièce un plaisir reste véritablement, selon moi, l'univers dans lequel Dan Jemmett parvient à transposer ce grand classique. La preuve une fois de plus que les histoires du grand William sont intemporelles ...

La Tragédie d’Hamlet de William Shakespeare (texte français d’Yves Bonnefoy), mise en scène de Dan Jemmett. Avec Éric Ruf, Alain Lenglet, Denis Podalydès, Clotilde de Bayser, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Hervé Pierre, Gilles David, Jennifer Decker, Elliot Jenicot et Benjamin Lavernhe. A la Comédie-Française, salle Richelieu jusqu'au 12 janvier 2014 (en alternance). Réservations : 0 825 10 1680. Durée : 3h10 avec entracte

03 juin 2013

Un vent d'Orient souffle sur la Comédie-Française avec "Rituel pour une métamorphose" du Syrien Saadallah Wannous

« C’est de la magie. Je suis complètement éblouie. »

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Sensation d'être une mauvaise élève qui n'a pas fait ses devoirs : voilà deux semaines que j'ai vu Rituel pour une métamorphose à la Comédie-Française et je n'ai pas encore pris le temps de vous en parler. Pour me faire pardonner, vous trouverez dans ce billet une vidéo en prime. Après avoir vu la pièce en simple spectatrice, j'y suis retournée une seconde fois pour tourner un reportage pour France 3 Ile-de-France. 

Et ce fut plutôt un plaisir que de voir cette pièce - la première oeuvre de langue arabe à entrer au repertoire de la Comédie-Française - deux fois.  Sous des allures de conte, Rituel pour une métamorphose est un pamphlet politique. Son auteur, Saadallah Wannous utilise la société du 19e siècle pour mieux dénoncer la Syrie qu'il a connue, celle de Hafez El Assad dans les années 90 (la pièce a été écrite en 1994, Wannous est décédé en 1997). 

L'histoire en quelques mots : Abdallah (Denis Podalydes) est une figure politique de Damas. On le surprend dans une position compromettante avec Warda, la courtisane (Sylvia Bergé), ce qui lui vaut d'être directement conduit en prison. Le mufti (Thierry Hancisse), qui a dans un premier temps formenté cette arrestation, décide de sauver Abdallah. A-t-il peur que le pouvoir politique soit ébranlé par ce scandale ou veut-il profiter de la situation pour démettre le chef de la police ? Ses motivations restent obscures. Il parvient tout de même à ses fins en substituant à la courtisane l'épouse légitime, Mou'mina (Julie Sicard). Mais Mou'mina n'accepte qu'à une condition : être répudié pour retrouver sa liberté. Une liberté qu'elle entend utiliser à sa guise en devenant à son tour courtisane. Et quand la première dame de la cité devient une prostitué, c'est la société entière qui s'écroule.

Parallèlement à l'histoire de Mou'mina, les personnages secondaires en disent aussi beaucoup sur l'hypocrisie de cette société. Il y a Soumsom (Louis Arene), le travesti que tout le monde raille et désapprouve même si nombreux sont ceux qui l'on mis dans leur lit. Il y a aussi Afsah (Nazim Boudjenah) et Abbas (Eliot Jenicot), les deux fiers à bras, un peu plus que de simples compagnons d'armes ... Une pièce chorale donc qui trouve dans la troupe de la Comédie-Française les ressources nécessaires à sa pleine mise en valeur.

La mise en scène de Sulayman Al-Bassam nous entraine dans un conte des mille et une nuits sans toutefois tomber dans les clichés orientalistes. La "métamorphose" de Mou'mina / Almâssa est visuellement très forte : la jeune femme devient de plus en plus scintillante au fil de sa progression jusqu'à devenir un être métallique et immobile, véritable icône.

On est envoutés, hypnotisés par cette fable. Après avoir vu deux représentations, je pense qu'il y a encore des détails qui m'ont échappé tant la pièce est riche en symboles. Alors, si vous suivez mes conseils, n'hésitez pas : allez-y  mais surtout donnez-moi votre point de vue ensuite !

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, mise en scène et version scénique de Sulayman Al-Bassam, traduction et collaboration à la version scénique Rania Samara. Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arene. 
A la Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu'au 11 juillet 2013 .  Réservation : 0 825 10 1680. Durée  2h15 sans entracte.

14 mai 2012

Comédie-Française : Eric Ruf nous émerveille avec "Peer Gynt" au Grand Palais

"Jusqu'au plus intime de l'intime,
tout n'est que pelures - 
et de plus en plus minces."

peer gynt,grand palais,comédie française,eric ruf,hervé pierre,florence viala,serge bagdassarian,christian lacroixDémésuré, époustouflant ... les superlatifs manquent pour qualifier le Peer Gynt proposé par la Comédie-Française au Grand Palais. "Monumental" pourrait-on dire en référence à l'exposition accueillie juste à côté.

Eric Ruf a vu grand et ne s'est pas planté. Le metteur en scène arborait un sourire ému samedi soir, pour la première, au moment des saluts, aux côtés de Christian Lacroix dont les costumes nous ont éblouis, au propre comme au figuré.

La scénographie est originale. Plus conforme à un défilé de mode qu'à une pièce de théâtre, la scène est un long ruban  - façon catwalk - de par et d'autre duquel sont placés les spectateurs. Aux deux extrémités de ce chemin, les coulisses. Assise au première rang, on se prend un peu pour Anna Wintour en front row mais on oublie vite cette originalité tant on se laisse emporter par le récit.

C'est une vraie saga que cette oeuvre écrite par Henrik Ibsen en 1867. Une épopée inspirée des légendes du grand Nord, qui tient autant du récit initiatique que du conte fantastique. Le héros, fuyant la Norvège, parcours l'Afrique avant de revenir sur sa terre natale. En l'écrivant, Ibsen s'est totalement exonéré des contraintes matérielles du théâtre.

Peer Gynt, c'est Hervé Pierre. Le comédien, déjà à son meilleur dans La Grande Magie, montre à nouveau tout son talent. Un rôle difficile : le récit court sur des décennies, il faut pouvoir interprêter le héros adolescent puis vieillard. Qu'importe, Hervé Pierre est tout à son aise  (même en caleçon).

Démesuré vous disais-je en préambule. Pas moins de 24 artistes sur scènes, comédiens et musiciens confondus. Il n'en fallait pas moins pour camper la centaine de personnages. On n'ose imaginer les changements de costumes en coulisses ! Des costumes tous très élaborés, du peuple de trolls en guenilles aux filles du désert recouvertes de dorures. Du grand art.

Impossible de citer tous les comédiens. Soulignons juste les belles prestations de Florence Viala et Serge Bagdassarian. Et quel plaisir de voir Catherine Samie sur scène ! Elle incarne Ase, la mère du héros. Le metteur en scène ne lui a rien épargné : à califourchon sur le dos d'Hervé Pierre, la voilà qui grimpe ensuite sur un poteau. Toujours alerte, la sociétaire honoraire ne rappelle à quel point elle est une grande comédienne.

Alors, bien sûr 4h40 cela effraie un peu ; bien sûr, le récit est dru, parfois un peu ardu tant il multiplie les décors, les lieux, les personnages mais c'est un vrai tour de force que de monter cette oeuvre. Un tour de force, réussi qui plus est, à côté duquel il serait dommage de passer.  

Peer Gynt de Henrik Ibsen (texte français de François Regnault), mise en scène et scénographie d’Éric Ruf. Avec Catherine Samie, Catherine Salviat, Claude Mathieu, Michel Favory, Éric Génovèse, Florence Viala, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Stéphane Varupenne, Gilles David, Suliane Brahim, Nâzim Boudjenah, Jérémy Lopez, Adeline d’Hermy, les élèves-comédiens de la Comédie-Française (Romain Dutheil, Cécile Morelle, Émilie Prevosteau, Samuel Roger, Julien Romelard) et les musiciens Floriane Bonnani, Hervé Legeay, Vincent Leterme, Françoise Rivalland.
Un spectacle de la Comédie-Française, présenté au Grand-Palais, jusqu'au 14 juin.
Réservations : 0 825 10 1680.