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29 avril 2012

"Une puce, épargnez-la" : Naomi Wallace première dramaturge américaine au répertoire de la Comédie-Française

 "L'enfer va se déchaîner"

une puce,épargnez-la,naomi wallace,anne-laure liégeois,guillaume gallienne,catherine sauval,christian gonon,julie sicard,félicien juttner,comédie-française,théâtre éphémèreCe n'est pas le premier texte américain à faire son entrée au répertoire - Un tramway nommé désir de Tennessee Williams y figure déjà - mais c'est le premier écrit par une femme. Naomi Wallace est originaire du Kentucky et a déjà publié plus d'une dizaine de pièces. Une puce, épargnez-la - One Flea Spare en version originale - a été créée en 1995 à Londres.

C'est d'ailleurs dans la capitale anglaise que se situe l'intrigue, durant la grande épidémie de peste au 17e siècle. Les époux Snelgrave (Guillaume Gallienne et Catherine Sauval) sont cloitrés dans leur demeure, en quarantaine. Tous leurs domestiques sont morts de la peste. Au milieu du chaos qui frappe la ville, deux personnages s'invitent chez les Snelgrave : Bunce le matelot (Félicien Juttner) et Morse (Julie Sicard), une fillette  qui se fait passer pour la seule rescapée d'une famille amie des Snelgrave.

Et dans ce huis-clos, les deux intrus vont bousculer les conventions, perturber le quotidien du très puritain William Snelgrave. En mettant à mal le couple : Darcy Snelgrave est une épouse délaissée, dédaignée par son mari depuis qu'un incendie, 36 ans plus tôt, a laissé des traces dans sa chair. Col montant et gants qu'elle ne retire jamais, Darcy aspire pourtant à la sensualité. Face à l'impudeur de la jeune Morse et au désir de Bunce, c'est une révolution qui s'opère dans cette prison dont Kabe (Christian Gonon) contrôle tous les accés.

"La violation d'un corps social par un autre corps social", c'est ainsi qu'Anne-Laure Liégeois, la metteuse en scène, résume la pièce (rappelez-vous, La duchesse de Malfi, l'année dernière au Théâtre 71 à Malakoff, s'était elle aussi). Même si cette maison va devenir un tombeau - Morse nous l'annonce dès le début de la pièce : certains vont mourir - la sensation d'enfermement diminue au fil de la détention et, ce, grâce à l'ingénieuse scénographie d'Anne-Laure Liégeois. Peu à peu les murs s'éloignent, l'espace grandit, les portes s'ouvrent et, même si la fenêtre reste inexorablement condamnée, on a l'impression que le carcan s'efface peu à peu.

Guillaume Gallienne est parfait dans le rôle - peu flatteur - de Snelgrave, il parvient à nous donner des frissons de dégoût. Catherine Sauval est très émouvante dans la peau de l'épouse qui redécouvre le plaisir de la chair, au soir de sa vie, sous les caresses de Félicien Juttner. Quant à Julie Sicard, je suis toujours émerveillée par sa capacité à être totalement crédible dans des rôles de fillettes.

Une distribution impeccable - comme toujours au Français serais-je tentée de dire ! - et un texte fort bien écrit (Naomi Wallace parvient à trouver un langage à la fois moderne et adapté à cette intrigue se déroulant au 17e siècle). La construction du récit, cependant, s'étire un peu en longueur. C'est là le seul bémol.

Une puce, épargnez-la de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier. Mise en scène et scénographie d’Anne-Laure Liégeois. Avec Catherine Sauval, Guillaume Gallienne, Christian Gonon, Julie Sicard et Félicien Juttner. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, jusqu'au 12 juin 2012.
Réservation : 0 825 10 1680.

19 janvier 2012

Comédie-française : après la grève, la Trilogie de la Villégiature débute enfin

 " Mais on ne touche pas à la villégiature ;
elle doit être aussi digne de nous, aussi luxueuse
et aussi élégante que d’habitude."

Ouf ! Après une semaine d'attente, la première va enfin avoir lieu. Hier soir, c'était la couturière de La Trilogie de la Villégiature de Goldoni, mise en scène d'Alain Françon.

Une couturière à laquelle j'ai pu assister, pour un reportage pour France 3 Ile-de-France que voici (Rédaction : Jean-Noël Mirande, Images : Audrey Natalizi, Son : Stéphane Fouquet, Montage : Sonia Barie)

  

Une belle réussite que cette mise-en-scène. Un spectacle de 4h30 au final (avec deux entractes) mais qui ne nous lasse pas un seul instant. Les trois pièces s'enchainent comme un feuilleton. On suit ainsi l'évolution de ses bourgeois qui s'endettent pour leurs vacances. Le faste doit être partout, dans les robes des dames et sur les tables, quitte à ce que le Retour de la Villégiature soit pénible. Trois épisodes où l'on sent peu à peu le déclin. D'une première partie lumineuse et enjouée, on arrive à un final sombre : les volets sont tirés et les protagonistes, enroulés dans des couvertures, tentent d'échapper aux créanciers. L'enthousiasme des coeurs aussi s'est éteint : difficile retour à la réalité qui conduit à des choix de raison.

Sur scène, les interprètes de la troupe sont à leur meilleur. Georgia Scalliet, Anne Kessler, Laurent Stocker et Guillaume Gallienne constituent le quatuor de tête mais les seconds rôles ne sont pas en reste, tel ce duo amoureux constitué par Danièle Lebrun et Michel Vuillermoz.

On rit beaucoup de ces dialogues subtils mais parfois extrêmement cruels, nous faisant ressentir, derrière la comédie, le drame de cette bourgeoisie qui veut vivre au dessus de ses moyens.

La Trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni (texte français de Myriam Tanant), mise en scène d’Alain Françon. Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Danièle Lebrun, et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Romain Dutheil, Guillaume Mika, Samuel Roger, Julien Romelard et Floriane Bonanni. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française jusqu'au 12 mars 2012. Réservations au 0 825 10 1680.

Note : si vous n'aviez pas vu la version proposée en 1978 par Giorgio Strehler, avec, entre autres, Ludmila Mikaël, Catherine Salviat et Pierre Dux, une captation DVD existe, publiée par les Editions Montparnasse.