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14 avril 2014

Le Misanthrope de Molière / Clément Hervieu-Léger / Comédie-Française (reprise)

"En vérité, les gens d'un mérite sublime
Entraînent de chacun et l'amour et l'estime ;
Et le vôtre, sans doute, a des charmes secrets
Qui font entrer mon coeur dans tous vos intérêts."

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NB : Billet écrit en avril 2014, mise en jour en décembre 2014.


Voilà LA pièce que j'attendais avec impatience depuis la présentation de la saison en juin dernier : Le Misanthrope de Molière, mis en scène par Clément Hervieu-Léger à la Comédie-Française

Comme pour ses précédentes mises en scène - La Critique de l'Ecole des femmes et L'Epreuve - Hervieu-Léger a confié le rôle principal à Loïc Corbery, son acteur "fétiche" comme il le dit lui-même.

Son Alceste est un homme portant sur ses épaules tout le malheur du monde. Un misanthrope mélancolique dont les tortures intérieures se lisent sur le visage et qui erre d'un bout à l'autre du plateau, pianotant quelques notes, ne sachant où trouver sa place. Un être rongé d'angoisses, tentant en vain de lutter contre ses démons intérieurs. Exactement le type de rôle dans lequel Corbery excelle. A ses côtés, Eric Ruf campe un Philinthe emplie de bienveillance, ne sachant que faire pour mettre fin aux tourments de son ami. La pièce se joue sur un rythme très lent, nous faisant sentir au mieux la douleur d'Alceste. Célimène (Georgia Scalliet) a aussi sa part de souffrance, sous ses faux airs joyeux, affrontant les larmes aux yeux les reproches de cet homme qu'elle semble tant aimer. Un amour qu'Hervieu-Léger exacerbe : la scène finale est en cela bouleversante. 

Tout n'est pourtant pas sombre et sinistre, bien au contraire ! Les scènes plus légères sont aussi fort réussies : ainsi en est-il de la lecture du sonnet par Oronte (Serge Bagdassarian) venu chercher un avis éclairé. Face à lui, l'embarras d'Alceste, incapable de feindre et faisant mille circonvolutions pour dire la vérité sans être trop vexant. 

Ajoutons aux comédiens précédemment cités, Adeline d'Hermy toute en douceur dans le rôle d'Eliante, Benjamin Lavernhe et Louis Arene, composant un duo Acaste / Clitandre pédants et agaçants à souhait, sans oublier Florence Viala, parfaite Arsinoé. Aucune fausse note dans cette distribution.

La scénographie - signée Eric Ruf - est aussi très belle : de hautes fenêtres, des murs blancs et un grand escalier en bois menant aux appartements privés de Célimène. Les costumes sont contemporains (on a du mal à les dater plus précisément) mais l'opulence saute aux yeux, respectant ainsi la notion de classe sociale de l'oeuvre.

Avec cette mise en scène des plus élégantes, Clément Hervieu-Léger (dont on avait tant aimé L'Epreuve), confirme son talent.  Encore une magnifique soirée dans la maison de Molière. 

Le Misanthrope de Molière, mise en scène Clément Hervieu-Léger. Avec Yves Gasc, Eric Genovese, Florence Viala, Loïc Corbery, Serge Bagdassarian, Gilles David, Georgia Scalliet, Adeline d'Hermy, Louis Arene, Benjamin Lavernhe et les élèves-comédiens de la Comédie-Française. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 17 juillet 2014. Reprise jusqu'au 23 mars 2015. Réservations au 0 825 10 1680

28 janvier 2013

Magnifique "Troïlus et Cressida" de Shakespeare dans la Salle Richelieu restaurée

"Conquise je le fus dès le premier regard"

Samedi dernier, le 26 janvier 2013, c'était donc la réouverture de la Salle Richelieu de la Comédie-Française. Une salle rénovée, comme je vous l'expliquais hier. Sur scène, Troïlus et Cressida de Shakespeare, mis en scène par Jean-Yves Ruf.

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Loin d'être une tragédie amoureuse à la Roméo et Juliette, l'histoire des deux amoureux, interprêtés par Stéphane Varupenne et Georgia Scalliet, est éclipsée par les autres intrigues de ce récit. Entre Grecs et Troyens, le conflit s'enlise. Dans chaque camp des divergences apparaissent : chez les Grecs, Achille (Sébastien Pouderoux dont c'est le premier rôle depuis son entrée dans la troupe) refuse de combattre et Ulysse (Eric Ruf) et Nestor (Michel Favory) intriguent pour lui faire reprendre les armes ; à l'intérieur des murailles qui protègent Troie, Hector (Michel Vuillermoz)  tente de convaincre le roi Priam  son père (Yves Gasc) de rendre Hélène à son époux pour mettre fin à la guerre. Pendant les trèves, les guerriers se rencontrent fort civilement et banquettent même ensemble.

Pour ce retour salle Richelieu, les cintres et dessous de scène - inexistants au Théâtre Ephémère - sont largement utilisés par la scénographie d'Eric Ruf. Voici donc les Troyens derrière leur majestueuse muraille toute de bois sculptée. C'est par une fosse à l'avant scène qu'ils partent au combat. La muraille s'élève ensuite dans les airs pour dévoiler le campement grec. 

Il y a beaucoup d'humour dans les dialogues de cette pièce, beaucoup d'esprit. Le personnage de Thersite notamment, bouffon des grecs, magistralement interprêté par Jérémy Lopez, contribue pour beaucoup à cette légérèté. Tout comme celui d'Ajax (Loïc Corbery), stupide guerrier grec avide de combat, ou encore Pandare l'entremetteur (Gilles David). Au final, Troïlus et Cressida est une oeuvre un peu inclassable ... mais assurément un beau spectacle, comme la Comédie-Française sait si bien en faire, avec vingt comédiens sur scène. 

A voir absolument donc (il reste des places !) et pas seulement pour le plaisir d'admirer la Salle Richelieu restaurée !

Troïlus et Cressida de  William Shakespeare (texte français d’André Markowicz), mise en scène de Jean-Yves Ruf. Avec  Yves Gasc, Michel Favory, Éric Ruf, Laurent Natrella ou Bruno Raffaelli, Michel Vuillermoz, Christian Gonon, Loïc Corbery, Stéphane Varupenne, Gilles David, Georgia Scalliet, Jérémy Lopez, Louis Arene ou Benjamin Lavernhe, Sébastien Pouderoux, Akli Menni et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Laurent Cogez, Carine Goron, Lucas Hérault, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani et Maxime Taffanel.
A la Comédie-Française, Salle Richelieu jusqu'au 5 mai 2013. réservations : 0825 10 1680
Durée : 3h avec entracte. 

19 janvier 2012

Comédie-française : après la grève, la Trilogie de la Villégiature débute enfin

 " Mais on ne touche pas à la villégiature ;
elle doit être aussi digne de nous, aussi luxueuse
et aussi élégante que d’habitude."

Ouf ! Après une semaine d'attente, la première va enfin avoir lieu. Hier soir, c'était la couturière de La Trilogie de la Villégiature de Goldoni, mise en scène d'Alain Françon.

Une couturière à laquelle j'ai pu assister, pour un reportage pour France 3 Ile-de-France que voici (Rédaction : Jean-Noël Mirande, Images : Audrey Natalizi, Son : Stéphane Fouquet, Montage : Sonia Barie)

  

Une belle réussite que cette mise-en-scène. Un spectacle de 4h30 au final (avec deux entractes) mais qui ne nous lasse pas un seul instant. Les trois pièces s'enchainent comme un feuilleton. On suit ainsi l'évolution de ses bourgeois qui s'endettent pour leurs vacances. Le faste doit être partout, dans les robes des dames et sur les tables, quitte à ce que le Retour de la Villégiature soit pénible. Trois épisodes où l'on sent peu à peu le déclin. D'une première partie lumineuse et enjouée, on arrive à un final sombre : les volets sont tirés et les protagonistes, enroulés dans des couvertures, tentent d'échapper aux créanciers. L'enthousiasme des coeurs aussi s'est éteint : difficile retour à la réalité qui conduit à des choix de raison.

Sur scène, les interprètes de la troupe sont à leur meilleur. Georgia Scalliet, Anne Kessler, Laurent Stocker et Guillaume Gallienne constituent le quatuor de tête mais les seconds rôles ne sont pas en reste, tel ce duo amoureux constitué par Danièle Lebrun et Michel Vuillermoz.

On rit beaucoup de ces dialogues subtils mais parfois extrêmement cruels, nous faisant ressentir, derrière la comédie, le drame de cette bourgeoisie qui veut vivre au dessus de ses moyens.

La Trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni (texte français de Myriam Tanant), mise en scène d’Alain Françon. Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Danièle Lebrun, et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Romain Dutheil, Guillaume Mika, Samuel Roger, Julien Romelard et Floriane Bonanni. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française jusqu'au 12 mars 2012. Réservations au 0 825 10 1680.

Note : si vous n'aviez pas vu la version proposée en 1978 par Giorgio Strehler, avec, entre autres, Ludmila Mikaël, Catherine Salviat et Pierre Dux, une captation DVD existe, publiée par les Editions Montparnasse.