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03 février 2014

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes / Anne Kessler / Théâtre Hébertot (reprise)

"A quoi ils pensent les gens intelligents ?"

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Succès de la saison passée, Des Fleurs pour Algernon revient, au Théâtre Hébertot, dès le 7 février 2014. Grégory Gadebois, sur scène, et Anne Kessler, à la mise en scène, deux anciens partenaires à la Comédie-Française, signent une magnifique pièce, tirée du texte de Daniel Keyes

La nouvelle, écrite à la fin des années 50, devient ici un long monologue ; c'est à Gérald Sibleyras que l'on doit cette belle adaptation. Charlie Gordon est un homme un peu simplet, homme de ménage dans une usine. Par son récit, on suit l'expérience dont il a fait l'objet : des scientifiques ont tenté d'accroitre son QI. La technique a fait ses preuves : Algernon, la souris opérée avant Charlie, est devenue sacrément intelligente.  On suit alors l'évolution de Charlie, devenu un véritable génie, son rapport aux autres, forcément différent, ses attermoiements. Rapidement un constat s'impose : la modification n'est pas définitive et Algernon se met à régresser. Charlie comprend alors qu'il va redevenir l'idiot qu'il était, qu'il va oublier toutes les connaissances accumulées depuis l'opération.

Grégory Gadebois est très émouvant dans ce rôle. Avec une grande sensibilité, le comédien passe du rôle de l'idiot à celui du génie en modifiant son phrasé et sa gestuelle rendant ainsi perceptible l'évolution de Charlie. Ses déplacements sont limités : assis sur une chaise qui pivote et avance sur un rail et entouré de lampe, c'est un vrai cobaye au milieu d'un laboratoire. 

La pièce nous questionne ainsi sur la science et ses excès mais aussi sur notre regard sur les gens "simples" : devenu intelligent, Charlie en est-il plus humain ? Durant une heure trente, on est suspendu à la parole de Grégory Gadebois, chamboulés par cette histoire. Un spectacle tout en simplicité mais très réussi. Allez-y !

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, adaptation Gérald Sibleyras, mise en scène Anne Kessler de la Comédie-Française. Avec Grégory Gadebois. Au Théâtre Hébertot, à partir du 7 février 2014, du mardi au samedi à 21h15, matinées samedi à 16h et dimanche à 18h. Réservations au 01 43 87 23 23. Durée 1h20. 

17 octobre 2012

Grégory Gadebois très émouvant dans "Des fleurs pour Algernon" au Studio des Champs-Elysées

"A quoi ils pensent les gens intelligents ?"

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Il y a un peu plus d'un an, ils jouaient ensemble sur les planches de la Comédie-Française dans Un Tramway nommé désir. Elle dans le rôle de Blanche Dubois, lui dans celui de Mitch.

Depuis, Grégory Gadebois a quitté la maison de Molière et obtenu le César de la révélation masculine pour son rôle dans Angèle et Tony. Il  retrouve aujourd'hui  Anne Kessler au Studio des Champs-Elysées. La sociétaire de la Comédie-Française le met en scène dans Des fleurs pour Algernon, chef d'oeuvre de Daniel Keyes.

La nouvelle, écrite à la fin des années 50, devient ici un long monologue ; c'est à Gérald Sibleyras que l'on doit cette belle adaptation. Charlie Gordon est un homme un peu simplet, homme de ménage dans une usine. Par son récit, on suit l'expérience dont il a fait l'objet : des scientifiques ont tenté d'accroitre son QI. La technique a fait ses preuves : Algernon, la souris opérée avant Charlie, est devenue sacrément intelligente.  On suit alors l'évolution de Charlie, devenu un véritable génie, son rapport aux autres, forcément différent, ses attermoiements. Rapidement un constat s'impose : la modification n'est pas définitive et Algernon se met à régresser. Charlie comprend alors qu'il va redevenir l'idiot qu'il était, qu'il va oublier toutes les connaissances accumulées depuis l'opération.

Grégory Gadebois est très émouvant dans ce rôle. Avec une grande sensibilité, le comédien passe du rôle de l'idiot à celui du génie en modifiant son phrasé et sa gestuelle rendant ainsi perceptible l'évolution de Charlie. Ses déplacements sont limités : assis sur une chaise qui pivote et avance sur un rail et entouré de lampe, c'est un vrai cobaye au milieu d'un laboratoire. 

La pièce nous questionne ainsi sur la science et ses excès mais aussi sur notre regard sur les gens "simples" : devenu intelligent, Charlie en est-il plus humain ? Durant une heure trente, on est suspendu à la parole de Grégory Gadebois, chamboulés par cette histoire. Un spectacle tout en simplicité mais très réussi. Allez-y !

Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes, adaptation Gérald Sibleyras, mise en scène Anne Kessler de la Comédie-Française. Avec Grégory Gadebois. Au Studio des Champs-Elysées jusqu'au 31 décembre 2012, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h.

Au Théâtre du Petit Saint-Martin à partir du 10 janvier 2013. Réservations au 01 42 08 00 32.

29 février 2012

Isabelle Carré et Samuel Labarthe nous livrent leurs "Pensées secrêtes" au Théâtre Montparnasse

"Le jour où votre cerveau arrête de fonctionner, tout cela disparaît."

pensées secrêtes,isabelle carré,samuel labarthe,théâtre montparnasse,david lodge,chritophe lidon,gérald sibleyrasPouvoir lire les pensées  d'autrui en observant son cerveau : c'est le rêves des scientifiques. Et c'est aussi le ressort de cette pièce de David Lodge, adaptée par Gérald Sibleyras

Isabelle Carré et Samuel Labarthe interprêtent un duo de professeurs enseignant dans une université britannique. Lui, c'est le scientifique, spécialiste des sciences cognitives, pour qui les émotions ne sont que des branchements dans le cerveau. Elle, écrivain, a une vision plus poétique de la conscience : tout est liée à l'âme. Ajoutez à cela le coté séducteur et sûr de lui de ce Ralf Messenger, là où Helen  Reed n'est que sensibilité et émotion...  

Sur scène, Samuel Labarthe est parfait dans ce rôle de  quinquagénaire dragueur face à une Isabelle Carré , toute en fragilité et douceur pour incarner cette jeune veuve inconsolable. Barbe de trois jours, cheveux coiffés en arrière, il insuffle au personnage une confiance en lui qui frise la suffisance.  Elle, larme au coin de l'oeil, semble une proie bien facile. Et ce Ralf Messenger est par moment une vraie tête à claques ! Spécialiste de la conscience, il n'en a aucune : c'est un prédateur qui n'hésite pas à faire inviter par son épouse la femme qu'il convoite. Mais c'est aussi un scientifique brillant et, si ces propos heurtent la romantique Helen Reed, elle continue à chercher sa compagnie tant sa conversation lui plaît.

Un dialogue subtilement mené, par des conversations directes mais aussi par des monologues dans lesquels les deux protagonistes livrent au public leurs "pensées secrêtes", elle en les couchant par écrit sur son ordinateur, lui par l'intermédiaire d'un dictaphone sur lequel il enregistre tout ce qui lui passe par la tête dans le cadre d'une expérience scientifique (et quand je dis "tout ce qui lui passe par la tête", c'est à prendre au sens littéral, associations d'idées graveleuses comprises).

La scénographie est habile : un seul décor pour représenter tous les lieux et un recours, modéré, à la vidéo. 

Christophe Lidon met ainsi en valeur le grand talent des deux comédiens et nous fait sourire sans tomber dans les clichés de la comédie romantique. Vous vous en doutez, la blanche colombe finira par se faire croquer. Mais l'essentiel n'est pas là. Ce que l'on retiendra, c'est le débat animé entre ces deux esprits, même si parfois on tombe un peu dans le discours universitaire.

Pensées secrêtes de David LODGE (Adaptation de Gérald SIBLEYRAS), mis en scène par Christophe LIDON. Avec Isabelle CARRÉ et Samuel LABARTHE. Au Théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 17h30. Réservations : 01 43 22 77 74