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22 octobre 2015

Espace vital d'Israel Horovitz / Compagnie Hercub' / Théâtre du Lucernaire

"L'art n'apporte pas de réponse"

Espace Vital : l'expression rappelle les heures les plus sombres de l'histoire de l'Allemagne. C'est aussi le titre d'une pièce d'Israël Horovitz que la  Compagnie Hercub met en scène et interprète avec brio au Théâtre du Lucernaire.

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Photo DR

Le dramaturge américain imagine un chancelier allemand lançant un appel aux juifs du monde entier. L'idée : que tous viennent se réinstaller dans son pays. Une politique volontariste visant à laver définitivement la honte collective supportée par le peuple allemand depuis la Shoah. L'initiative est saugrenue mais son appel reçoit une réponse massive et se heurte rapidement à la réalité : comment accueillir six millions de nouveaux habitants dans un pays occidental rongé par le chômage et les difficultés de logement?

A partir d'une multitude de scènes et tout autant de personnages, la pièce évoque les réactions en chaîne, les conséquences de cette décision politique. La stupeur des intellectuels d'abord, la réaction des médias, les premiers heurts au sein de la population ensuite. Elle décrit aussi les avis divergents au sein de la communauté juive : de la famille américaine qui voit dans ce déménagement un nouveau départ, aux juifs israéliens qui craignent que cela cache autre chose en passant par le survivant des camps, réfugié en Australie, qui veut revenir sur les traces de son enfance. Elle montre aussi les réactions diverses des Allemands, entre ceux qui veulent accueillir et ceux qui plonge dans l'antisemitisme.

La mise en scène est fort habile : les trois comédiens incarnent une cinquantaine de personnages, chacun caractérisé par un accessoire, un vêtement mais surtout un phrasé, un accent. Certains ne font que passer, d'autres sont les personnages récurrents de ce récit à épisodes. On finit par s'attacher à eux. Même si l'on rit un peu au cours de ce récit, la fin ne sera pas vraiment heureuse, on le pressent dès les premières minutes. Cette fable trouve en outre un écho particulier, à l'heure où l'Europe tente d'accueillir au mieux des réfugiés. Beaucoup de dialogues de cette pièce semblent ainsi désagréablement familiers à nos oreilles, des discours de haine qui dépassent la fiction. En cela Espace Vital  nous apprend beaucoup la société telle qu'elle est et telle que nous la souhaiterions.  

Espace vital (Lebensraum) d'Israël Horovitz, adaptation, mise en scène et interprétation Compagnie Hercub' : Michel Burstin, Bruno Rochette et Sylvie Rolland. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h, jusqu'au 29 novembre 2015. Réservations 01 45 44 57 34
Durée : 1h30

19 octobre 2015

De l'autre côté de la route de Clément Koch / Didier Caron / Théâtre Michel

"Scientifiquement c'est spectaculaire"

Au Théâtre Michel, Didier Caron met en scène De l'autre côté de la route de Clément Koch. Avoir entendu dire tant de bien de Sunderland - que j'avais malheureusement raté - m'a largement motivée à aller découvrir la nouvelle pièce de ce jeune dramaturge.

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Photo © Franck Harscouët

Dans une maison de retraite cossue en Suisse, Eva Makovski, brillante scientifique, n'a désormais aucune autre occupation que d'attendre la mort - parfois de façon très théâtrale - avec la complicité de sa voisine de chambre, vieille dame esseulée qui perd un peu la boule. L'arrivée d'une journaliste aux motivations quelques peu suspectes va bousculer ce petit monde bien tranquille.

En reprenant certains des codes du théâtre de boulevard, Clément Koch aborde de grands thèmes d'actualité. On comprend très vite que le laboratoire pharmaceutique pour lequel travaillait Eva Makovski a privilégié ses profits à la santé des patients. La question de la fin de vie est elle aussi présente au cœur de ce récit : ce que l'on trouve de l'autre côté de la route, en face de cette maison de retraite, c'est au choix, le fabricant de pâtes de fruit - dernières douceurs dans lesquelles se réfugient les pensionnaires - ou le cimetière.

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Photo © Franck Harscouët

Maaike Jansen est fabuleuse dans ce rôle de femme forte et vive d'esprit. Elle forme un épatant duo avec Dany Laurent, la voisine de chambre. Le côté bourru de l'une répond merveilleusement à la naïveté et la douceur de l'autre. A leurs côtés, Laurence Pierre incarne une jeune femme sur le fil du rasoir, venue chercher des réponses pour apaiser le mal qui la ronge. Gérard Maro est lui aussi impeccable dans le rôle du directeur d'entreprise sans scrupule.

De l'autre côté de la route est une pièce bien moins légère qu'elle ne le laisse paraitre de prime abord. Si l'on douta un peu du succès de l’œuvre dans les premières minutes (le personnage de l'aide-soignante semblant si caricatural et joué avec tant d'emphase par Maïmouna Gueye), la pièce su nous séduire au final, réussissant parfaitement à aborder dans l'humour des questions de société.

De l'autre côté de la route de Clément Koch, mise en scène Didier Caron. Avec Maaike Jansen, Laurence Pierre, Gérard Maro, Dany Laurent et Maïmouna Gueye. Au Théâtre Michel, du mercredi au samedi à 21h, samedi à 16h30, dimanche à 16h45. Réservations au 01 42 65 35 02. Durée : 1h40.

14 octobre 2015

La 432 / Les Chiche Capon / Apollo Théâtre

"Et c'est ainsi que naquit l'harmonie"

Voila plusieurs années déjà que j'ai découvert, avec stupeur et délice, le travail des Chiche Capon, bande de clowns totalement déjantés à l'humour plutôt trash. Leur spectacle La 432 est de retour, à l'affiche de l'Apollo Théâtre (à partir du 22 octobre 2015) et c'est le genre de nouvelle qui me fait bondir de joie. Pour la peine, revoici le billet que j'avais écrit après avoir vu ce spectacle. 

Le La 432, si j'ai bien compris, c'est la fréquence de résonance de l'univers, fréquence qui sert de référence en musique. "Réaliser un spectacle musical multiculturel universel seul à même de réaliser la mutualisation de tous les publics", c'est, sur le papier, l'intention affichée des Chiche Capon. Sur scène, cela ne se passe pas forcément comme prévu ... mais avec ces zozos tout droit échappés de l'asile, il faut s'attendre à tout!

 chiche capon,la 432,théâtre de belleville

Une annulation du spectacle dès les premières minutes, des disputes et des mandales sur scène, un comédien à moitié nu qui s'échappe dans le public, un incendie en coulisses ... et, quand même, quelques notes de musique pour accompagner le tout. C'est la recette des Chiche Capon  alias Fred Blin, physique de crooner et voix de fausset, Patrick de Valette, grimaces et mimiques hors catégorie, Ricardo Lo Guidice et sa voix d'or, sans oublier le géant Matthieu Pillard, souffre-douleur des trois autres. Un humour un peu particulier, parfois trash, mais qui fonctionne pleinement: on reste hilare pendant une heure quinze, à bout de souffle à force de rire.

A aucun moment les comédiens ne sortent de leur personnage, même au moment des saluts - tirage de lacets et hésitation à se relever - au point que l'on vient à se demander s'ils ne sont pas comme cela dans la "vraie vie".

chiche capon,la 432,théâtre de belleville

Ces quatre-là maitrisent leur art : avec une solide formation de clowns, au Samovar de Bagnolet, pour trois d'entre eux (et une collaboration avec le Cirque du Soleil pour Patrick de Vallette) et une longue expérience de musicien pour Ricardo Lo Giudice, les Chiche Capon n'en sont pas à leur coup d'essai. Leur spectacle Le Oliver Saint John Gogerty a cartonné à la Pépinière Théâtre avant d'être repris dans le Off à Avignon en 2012.

La 432, un spectacle des Chiche Capon. Avec Fred Blin, Patrick de la Valette, Ricardo Lo Giudice et Matthieu Pillard. A l'Apollo Théâtre, à partir du 22 octobre 2015, les jeudis et vendredis à 21h30.