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08 mars 2014

Anna et Martha de Dea Loher / Robert Cantarella / Théâtre 71 à Malakoff

 "Le temps, pour nous, s’est brisé."

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Photo : Jean-Louis Fernandez

Dea Loher n'est pas (encore) très connue en France. En Allemagne, son pays d'origine, elle est semble-t-il une dramaturge reconnue. Une de ses pièces, Anna et Martha, est actuellement à l'affiche du Théâtre 71 à Malakoff, dans une mise en scène de Robert Cantarella.

Et sur, scène il y a du beau monde : Catherine Hiegel, Catherine Ferran et Nicolas Maury accompagnés, pour être exaustive, de Valérie Vivier. Tous les quatre sont domestiques. "Madame", leur patronne, restera invisible tout au long de la pièce. Et pour cause : on comprendra au fil des dialogues qu'elle est morte et que son cadavre repose dans un bruyant congélateur, sur le côté de la scène. Anna et Martha, couturière et cuisinière à son service depuis des années, nous dresse son portrait au vitriol tandis que s'activent autour d'elles Meier, le chauffeur, et Xana, la femme de ménage étrangère.

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Photo : Jean-Louis Fernandez

La pièce fait penser aux Bonnes de Genet pour la haine que les domestiques entretiennent à l'égard de leur maîtresse. Mais il y a aussi un peu du Godot de Becket dans la construction. Les sujets abordés s’enchaînent sans lien logique, les deux personnages secondaires semblent parfois déconnectés de l'histoire. La forme peu surprendre mais le texte est incisif.

Catherine Hiegel et Catherine Ferran portent magnifiquement cette pièce. Assises sur deux chaises au centre de la scène, elles déversent tout le fiel et la perfidie de ces vieilles domestiques aigries, envers leur patronne défunte bien sûr, mais entre elles aussi. Dialogues acides qui font beaucoup rire, surtout lorsqu'il est question du penchant de Madame pour la chirurgie esthétique et les produits de beauté.  Nicolas Maury, lui, est fascinant dans le rôle de Meier, personnage mi-homme mi-chien dont l'interprétation repose presque exclusivement sur la gestuelle tant le texte est court. Le comédien-caméleon nous avait déjà impressionné dans Le Triomphe de l'amour de Marivaux (M.E.S Galin Stoev) au TGP à Saint-Denis : il y interprétait le rôle de la princesse Léonide. On prend plaisir à découvrir ici une autre facette de son (grand) talent.

Anna et Martha de Dea Loher, traduction Laurent Muhleisen, mise en scène Robert Cantarella. Avec Catherine Hiegel, Catherine Ferran, Nicolas Maury, Valérie Vivier. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 13 mars 2014, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 16h. Réservations au 01 55 48 91 00. Durée : 1h45

04 mars 2012

Rencontre avec François Morel et Marie-Armelle Deguy

Il y a quelques semaines, je vous parlais du Bourgeois Gentilhomme, mis en scène par Catherine Hiegel au Théâtre de la Porte Saint-Martin. J'ai, depuis, eu l'occasion d'être invitée à une conférence de presse avec François Morel et Marie-Armelle Deguy, alias Monsieur et Madame Jourdain.

J'avais, pour l'occasion, apporté mon camescope pour vous faire partager cette rencontre (bon, côté qualité de l'image, c'est pas top, désolée ! Mon camescope perso étant, par rapport à la caméra que j'utilise pour le boulot, l'équivalent d'une voiture sans permis par rapport à une Formule 1 !).

Marie-Armelle Deguy avait déjà joué dans Le Bourgeois  gentilhomme (sous les traits de Dorimène cette fois), à la fin des années 80, alors qu'elle était pensionnaire à la Comédie-Française. A la même époque, elle interprêta également Armande dans Les femmes savantes, mise en scène par ... Catherine Hiegel. Je me suis donc permise de la questionner sur le travail de la metteuse en scène: a-t-elle constaté une évolution entre ces deux expériences?

Voici sa réponse :




Il fut aussi question de mise en scène avec François Morel. Le comédien s'y est essayé, avec succés, à plusieurs reprise (cf le billet sur Instants Critiques). Aurait-il pu se lancer pour une pièce comme Le Bourgeois gentilhomme



20 janvier 2012

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, François Morel se glisse dans les habits du Bourgeois gentilhomme

"Voilà qui n'est point sot,
et ces gens-là se trémoussent bien."

 

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François Morel dans le rôle de Monsieur Jourdain, Catherine Hiegel à la mise en scène. Je vous avais annoncé cela il y a quelques temps. La pièce se joue depuis la semaine dernière au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Et c'est une réussite. Certaines critiques évoquent une mise en scène un peu plate, j'ai trouvé, au contraire, le tout bien rythmé et enlevé.

Hiegel, ancienne doyen du Français rappelons-le, a opté pour la version intégrale de l'oeuvre, ballet compris. L'ensemble dure donc 3 heures mais on ne s'y ennuie pas un instant. D'abord parce que les moyens sont au rendez-vous : un orchestre de chambre sur scène, en permanence, et des danseurs qui évoluent aux côtés des comédiens. Retour aux origines donc, et mise en valeur, à part égale, de l'oeuvre de Molière et de celle de Lully. Avec en apothéose, la "turquerie" finale, soigneusement chorégraphiée dans un  jeu de lumière des plus élaborés.

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Mais la pièce, il faut être sincère, repose pour beaucoup sur le talent de François Morel. Il campe un Monsieur Jourdain illuminé et doux réveur. On le découvre hypnotisé par la musique et la danse dans la première partie ; on le quitte suspendu au dessus de la scène, Mamamouchi au visage extatique.

Pour le reste, on appréciera plus ou moins les accents précieux conférés à certains personnages (le maitre de danse, le Comte et la Marquise) pour accentuer leur côté snob. Cela m'a beaucoup fait rire mais n'a pas convaincu ceux qui m'accompagnaient.

Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet de Molière et Jean-Baptiste Lully, mise en scène de Catherine Hiegel. Avec François Morel, Alain Pralon, Marie-Armelle Deguy, Olivier Bioret, Anicet Castel, Stephen Collardelle, Joss Costalat, Eugénie Lefebvre, David Migeot, Emmanuel Noblet, Romain Panassie, Camille Pelicier, Gilian Petrovski, Géraldine Roguez, Frédéric Verschoore, Héloïse Wagner et cinq musiciens. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, jusqu'au 27 mai 2012. Réservations au 01 42 08 00 32.