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30 décembre 2013

Antigone de Jean Anouilh / Marc Paquien / Comédie-Française (reprise)

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«On ne sait jamais
pourquoi on meurt.»

Après son succès la saison dernière, au Théâtre du Vieux Colombier, c'est Salle Richelieu qu'est reprise la fabuleuse mise en scène d'Antigone d'Anouilh signée Marc Paquien. 

Rappelons en quelques mots l'intrigue : Polynice et Eteocle se sont entre-tués pour régner sur Thèbes. Leur oncle, Créon, nouveau souverain de la ville, fait de l'un un héros et interdit l'ensevelissement de l'autre, déchéance suprême. Antigone brave cet interdit et parvient à jeter quelques poignées de terre sur le corps de son frère. Elle est jeune, fille et soeur de roi, fiancée au fils de Créon: autant de raisons qui poussent le nouveau roi à vouloir passer cet acte sous silence. Mais Antigone refuse tout compromis. Elle revendique cet acte haut et fort mettant ainsi Créon fasse à son devoir: faire appliquer la loi. 

La scénographie est sobre : le plateau est presque nu avec seulement quatre chaises et un mur, au fond, doté de trois portes, respectant parfaitement les consignes d'Anouilh ("Un décor neutre.Trois portes semblables.")

La réussite de la pièce repose surtout sur la distribution: Françoise Gillard est faite pour le rôle d'Antigone. On a souvent apprécié la comédienne dans ces rôles de filles en rébellion (elle fut une magnifique Mégère apprivoisée dans la mise en scène d'Oskaras Korsunovas), elle nous convainc une fois de plus ici. Des cheveux courts, une chemise et un pantalon d'homme un peu trop grands la font paraître frêle et chétive mais il y a en elle une telle puissance lorsqu'elle se met à hurler sa haine, une telle violence ! Face à elle, Créon est incarné par Bruno Raffaelli. Sa stature, sa voix grave symbolisent parfaitement la toute puissance du monarque.  Lorsqu'il s'approche d'elle, assise sur une chaise, sa masse vient voiler le projecteur comme une éclipse. Et lorsqu'il la saisit par les poignets, on a l'impression qu'il pourrait la briser en un seul mouvement. Effets saisissants.  Mais Antigone est forte : même si son destin est scellé, ses convictions, elles, sont plus puissantes.

Deux autres personnages sont particulièrement intéressants et mis en valeur dans cette distribution. Le garde interprété par Stéphane Varupenne symbolise parfaitement le fonctionnaire qui applique les ordres sans réfléchir, cherchant par dessus tout à éviter les problèmes. A Antigone enfermée et condamnée à mort, il résume d'un ton monocorde les avantages et les inconvénients d'être garde et non soldat. La pièce d'Anouilh, rappelons-le, a été écrite pendant l'occupation... Clothilde de Bayser incarne  quant à elle merveilleusement le choeur. De longs monologues dans lesquels elle souligne que tout est écrit, inéluctable dans cette tragédie. 

Au delà de la tragédie antique, c'est bien de la relation au pouvoir dont il est question. L'idéalisme d'Antigone s'impose ainsi à la vision de la politique de Créon. Pour autant, le monarque n'a rien de caricatural : on ressent dans le personnage interprété par Bruno Raffaelli une certaine résignation. Faire le bien du peuple, maintenir la paix sociale implique des décisions difficiles. 

L'oeuvre d'Anouilh n'a absolument pas vieilli. Chaque mot, chaque phrase prête à réflexion : une pièce à ne pas rater!

Antigone de Jean Anouilh, mise en scène de Marc Paquien. Avec Véronique Vella, Bruno Raffaelli, Françoise Gillard, Clotilde De Bayser, Nicolas Lormeau, Benjamin Jungers, Stéphane Varupenne, Nâzim Boudjenah, Marion Malenfant, Pierre Hancisse et les élèves-comédiens de la Comédie-Française Laurent Cogez, Carine Goron et Lucas Hérault. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 2 mars 2014. Réservations au 0 825 10 1680.

09 décembre 2013

Psyché de Molière / Véronique Vella / Comédie-Française

"Ma fille, sois-lui moins sévère. 
Tu tiens de sa Psyché le destin en tes mains..."

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C'est pour répondre à une commande royale - une pièce monumentale pour célébrer le carnaval - que Molière et Lully créèrent Psyché. Cinq heures de théâtre, de chant et de danse données dans la salle des Machines des Tuileries, le must de la technique à l'époque. Féérie et démesure donc pour raconter l'histoire de cette princesse, si belle qu'elle suscite la jalousie de toutes - de ses soeurs à la déesse Vénus - et dont tous tombent amoureux, le dieu Amour compris. 

De la Terre à l'Olympe, les tableaux se succèdent. Pour cette version - de deux heures seulement, rassurez-vous - Véronique Vella a su tirer le meilleur de tous - les comédiens sont excellents comme à l'accoutumée - et s'appuie sur les talents de chacun : Sylvia Bergé (Vénus) dans un impressionnant morceau de chant lyrique, Coralie Zahonero et Jennifer Decker, les deux soeurs jalouses, aux claquettes, Françoise Gillard (Psyché), excellente danseuse, entraînant Benjamin Jungers (Amour)dans un corps à corps très chorégraphique. Les chansons du chœur, elles, sont entonnées sur un rythme jazzy, accompagnées au piano. Les costumes sont dignes d'un conte de fée. Bref, on en prend plein les yeux!

Petit bémol toutefois : sans aller jusqu'à dire que cela part dans tous les sens, l'ensemble manque un peu d'unité. Peut-être est-ce inhérent à l'oeuvre, oscillant entre comédie et tragédie, alexandrins et vers libres. 

Psyché de Molière, mise en scène et direction des chants Véronique Vella, musique originale Vincent Leterme. Avec Claude Mathieu, Sylvia Bergé, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Jérôme Pouly, Laurent Natrella, Benjamin Jungers, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Pierre Hancisse, Claire de la Rüe du Can, les élèves comédiens Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matĕj Hofmann, Paul Mcaller, Pauline Tricot, Gabriel Tur et les pianistes Véronique Briel et Vincent Leterme. A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 4 mars 2014 (en alternance). Réservations : 0 825 10 1680

05 décembre 2011

La Comédie-Française nous émeut avec "Le Petit Prince" au Studio Théâtre

"On risque de pleurer un peu
si l’on s’est laissé apprivoiser..."


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Il y a des oeuvres avec lesquelles ont n'a pas le droit à l'erreur. Des monuments auxquels on ne peut porter atteinte. A mes yeux, Le Petit Prince en fait partie. Aussi, on ne peut que doublement saluer le travail d'Aurélien Recoing : pour  la prise de risque d'abord, mais aussi pour avoir aussi bien réussi cette adaptation. Une réussite qui doit beaucoup à la scénographie de Muriel Trembleau.

Tout y est. A commencer par la poésie. Il faut voir le narrateur, incarné par Christian Gonon, débuter son récit tout en faisant des tours de magie, cartes à jouer en main. Les enfants sourient mais ne perdent pas une miette du discours, d'autant qu'il s'agit de souligner que les grandes personnes ne comprennent jamais rien. Échange de sourires complices. Et puis bientôt, ce n'est plus à nous qu'il parle mais à lui même. Merveilleuse prestation de Christian Gonon qui porte ce spectacle de bout en bout et nous émeut aux larmes. On est avec lui au milieu du désert, au pied d'une silhouette d'avion noire.

Grande fidélité à l'oeuvre. Au texte mais aussi aux illustrations pour les costumes. Et cela avec seulement quatre comédiens. Pourtant, aucun personnage ne manque : le roi, le vaniteux, l'ivrogne, le businessman, l'allumeur de réverbères ... ils sont tous là, interprêtés par un seul et même comédien, Christian Blanc. Changement de veste, de chapeau, quelques accessoires, un peu de fard sur les pommettes puis sur le nez ... Hop ! Le tour est joué : on saute de planète en planète avec le Petit Prince pour découvrir ces personnages un peu farfelus.

Et puis il y a la rose, si fragile et si vaniteuse, Suliane Brahim, sublime comme d'habitude.

Spectacle réussi donc, aussi permettons-nous de chipoter un peu. Benjamin Jungers, très bon interprête, a la blondeur du Petit Prince mais pas la taille : un peu grandet !  (oui, bon je sais, il faut savoir faire preuve d'abstraction) La pureté et l'ingénuité sont là mais il manque un peu d'enfance et de fragilité. Et puis il y a la rencontre avec le renard. Lire ce passage du livre, ou simplement l'évoquer, me met normalement les larmes aux yeux. Pas ici : le renard (Christian Gonon également) est un peu agressif, trop rugissant. Au lieu d'un animal fuyant et apeuré, on est face à un fauve. Alors la douceur et la mélancolie ne sont pas au rendez-vous et le "J’y gagne, à cause de la couleur du blé" tombe un peu à plat. Qu'importe, j'ai tout de même versé ma larme à la fin.

Et comme je suis sure que vous êtes tous des enfants bien sages, voici un petit bonus :

Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, mise en scène d’Aurélien Recoing. Avec Christian Blanc, Christian Gonon, Benjamin Jungers et Suliane Brahim. Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 24 novembre 2011 au 8 janvier 2012 à 18h30. Réservations : 01 44 58 98 58.
Le spectacle sera repris en décembre 2012 au Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne.