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18 février 2014

Un Chapeau de paille d'Italie de Labiche / Giorgio Barberio Corsetti / Comédie-Française Salle Richelieu (reprise)

"Je me disais comme ça :
"Mon Dieu ! qu'est-ce que je vais donc faire
de ma soirée ? "

Lorsque l'on va voir une pièce de Labiche, on s'attend forcément à rire... mais cette version d'Un chapeau de paille d'Italie - créée sur la scène du Théâtre Ephémère de la Comédie-Française en 2012 et reprise salle Richelieu dès le 21 février 2014 - est plus que drôle : totalement hilarante, du début à la fin.

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Giorgio Barberio Corsetti signe une mise en scène brillante, s'appuyant sur une scénographie ingénieuse et des rythmes musicaux tantôt rock, tantôt d'inspiration jazz manouche. Nous voilà entrainés dans le tourbillon de cette folle journée où Fadinard, sur le point d'épouser la belle Hélène, part à la recherche d'un chapeau de paille pour remplacer celui que son cheval à manger. Il faut dire que le chapeau appartenait à une "respectable" femme mariée, occupée à la bagatelle avec son amant lorsque l'incident survint. Pour réparer la faute du cheval et sauver l'honneur de la dame, Fadinard se lance  dans une quête à travers la ville, les huit fiacres de sa noce à sa suite. Et puisque c'est la loi du genre, les quiproquos vont, bien entendu, se multiplier.

Fadinard c'est Pierre Niney. Révélation sur scène lors de la création de la pièce, le jeune pensionnaire est aujourd'hui un des membres les plus célèbres de la troupe après quelques passages très réussis par la case cinéma. Le comédien est talentueux, il nous le prouve une fois de plus dans ce rôle. A ses côtés, Christian Hecq campe un beau-père rustre aux mimiques irrésistibles et Adeline D'Hermy une promise très cruche, bien gênée par les épingles dans sa robe. A pleurer de rire ! 

Au milieu de ce joli bazar, le décor joue lui aussi son rôle. Rien de classique ici. L'appartement de Fadinard est en chantier et les bâches en plastiques deviennent autant de ressorts comiques. Au dernier acte, les meubles empilés en quinconce symbolisent au mieux ce chaos. Le tout dans une ambiance seventies jusque dans les costumes. C'est joyeux, enlevé, rythmé. De quoi nous mettre de bonne humeur pour une semaine au moins. Encore mieux que de la vitamine C pour affronter l'hiver : courez à la Comédie-Française voir Un chapeau de paille d'Italie !

Un chapeau de paille d’Italie, comédie en cinq actes d’Eugène Labiche et Marc-Michel, mise en scène de Giorgio Barberio Corsetti. Avec Cécile Brune, Coraly Zahonero, Jérôme Pouly, Laurent Natrella,  Julie Sicard, Bakary Sangaré (en alternance), Christian Hecq, Nicolas Lormeau (en alternance), Gilles David, Félicien Juttner, Pierre Niney, Adeline d’Hermy, Jennifer Decker, Elliot Jenicot, Louis Arene, les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Heidi-Eva Clavier, Lola Felouzis, Matëj Hofmann, Paul McAleer, Pauline Tricot, Gabriel Tur  et les musiciens,  Christophe Cravero, Hervé Legeay et Hervé Pouliquen.

A la Comédie-Française, salle Richelieu, en alternance, du 21 février au 13 avril 2014.
Réservations au 0 825 10 1680. 

Session de rattrapage : les Editions Montparnasse ont publié, en DVD, une captation très réussie de la pièce, réalisée par Olivier Simonnet (prix de vente : 15 euros).

En voici un extrait :

 

 

03 juin 2013

Un vent d'Orient souffle sur la Comédie-Française avec "Rituel pour une métamorphose" du Syrien Saadallah Wannous

« C’est de la magie. Je suis complètement éblouie. »

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Sensation d'être une mauvaise élève qui n'a pas fait ses devoirs : voilà deux semaines que j'ai vu Rituel pour une métamorphose à la Comédie-Française et je n'ai pas encore pris le temps de vous en parler. Pour me faire pardonner, vous trouverez dans ce billet une vidéo en prime. Après avoir vu la pièce en simple spectatrice, j'y suis retournée une seconde fois pour tourner un reportage pour France 3 Ile-de-France. 

Et ce fut plutôt un plaisir que de voir cette pièce - la première oeuvre de langue arabe à entrer au repertoire de la Comédie-Française - deux fois.  Sous des allures de conte, Rituel pour une métamorphose est un pamphlet politique. Son auteur, Saadallah Wannous utilise la société du 19e siècle pour mieux dénoncer la Syrie qu'il a connue, celle de Hafez El Assad dans les années 90 (la pièce a été écrite en 1994, Wannous est décédé en 1997). 

L'histoire en quelques mots : Abdallah (Denis Podalydes) est une figure politique de Damas. On le surprend dans une position compromettante avec Warda, la courtisane (Sylvia Bergé), ce qui lui vaut d'être directement conduit en prison. Le mufti (Thierry Hancisse), qui a dans un premier temps formenté cette arrestation, décide de sauver Abdallah. A-t-il peur que le pouvoir politique soit ébranlé par ce scandale ou veut-il profiter de la situation pour démettre le chef de la police ? Ses motivations restent obscures. Il parvient tout de même à ses fins en substituant à la courtisane l'épouse légitime, Mou'mina (Julie Sicard). Mais Mou'mina n'accepte qu'à une condition : être répudié pour retrouver sa liberté. Une liberté qu'elle entend utiliser à sa guise en devenant à son tour courtisane. Et quand la première dame de la cité devient une prostitué, c'est la société entière qui s'écroule.

Parallèlement à l'histoire de Mou'mina, les personnages secondaires en disent aussi beaucoup sur l'hypocrisie de cette société. Il y a Soumsom (Louis Arene), le travesti que tout le monde raille et désapprouve même si nombreux sont ceux qui l'on mis dans leur lit. Il y a aussi Afsah (Nazim Boudjenah) et Abbas (Eliot Jenicot), les deux fiers à bras, un peu plus que de simples compagnons d'armes ... Une pièce chorale donc qui trouve dans la troupe de la Comédie-Française les ressources nécessaires à sa pleine mise en valeur.

La mise en scène de Sulayman Al-Bassam nous entraine dans un conte des mille et une nuits sans toutefois tomber dans les clichés orientalistes. La "métamorphose" de Mou'mina / Almâssa est visuellement très forte : la jeune femme devient de plus en plus scintillante au fil de sa progression jusqu'à devenir un être métallique et immobile, véritable icône.

On est envoutés, hypnotisés par cette fable. Après avoir vu deux représentations, je pense qu'il y a encore des détails qui m'ont échappé tant la pièce est riche en symboles. Alors, si vous suivez mes conseils, n'hésitez pas : allez-y  mais surtout donnez-moi votre point de vue ensuite !

Rituel pour une métamorphose de Saadallah Wannous, mise en scène et version scénique de Sulayman Al-Bassam, traduction et collaboration à la version scénique Rania Samara. Avec Thierry Hancisse, Sylvia Bergé, Denis Podalydès, Laurent Natrella, Julie Sicard, Hervé Pierre, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Elliot Jenicot, Marion Malenfant et Louis Arene. 
A la Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu'au 11 juillet 2013 .  Réservation : 0 825 10 1680. Durée  2h15 sans entracte.

19 mars 2012

Surprenante "Erzuli Dahomey, déesse de l'amour" à la Comédie-Française

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Un de mes collègues de travail m'a avoué récemment ne pas vouloir aller à la Comédie-Française car, pour lui, on n'y présente que "des spectacles poussiéreux". Autant vous dire que ses propos m'ont faite bondir, parce que totalement faux. Quelle meilleure preuve que cette Erzuli Dahomey, déesse de l'amour ?

Une pièce écrite en 2008 (pas le temps de s'être empoussiérée donc) par Jean-René Lemoine et sélectionnée par le bureau des lecteurs en 2010. C'est Eric Génovèse, sociétaire de la maison de Molière, qui en signe la mise en scène aujourd'hui au Vieux-Colombier (notons qu'il ne s'agit pas d'une entrée au répertoire puisque, pour cela, c'est salle Richelieu que la pièce doit être jouée).

C'est un spectacle décoiffant, voire même déconcertant. L'histoire : Victoire Maison (Claude Mathieu) est une grande bourgeoise qui vit en province, entourée de sa bonne Fanta (Nicole Dogué), ses deux jumeaux Frantz et Sissi (Pierre Niney et Françoise Gillard) et le précepteur des deux adolescents, le Père Denis (Serge Bagdassarian). Une vie ronronnante troublée par l'annonce de la mort du fils ainé, Tristan, au Mexique ; annonce un peu eclipsée par le décés de lady Di qui affecte beaucoup plus la bonne et les jumeaux. Un autre événement vient pousser le chamboulement de cette famille à son comble : l'arrivée impromptue de  Félicité Ndiogomaye Thiongane (Bakary Sangaré). Arrivée du Sénégal, elle débarque, en plein repas, dans son boubou bleu, pour réclamer le corps de son fils West (Nâzim Boudjenah), enterré à la place de Tristan. West ne serait-il pas le fantôme qui hante la famille depuis peu ? 

Les acteurs sont tous très bons, notamment Claude Mathieu , géniale dans le rôle de cette grande bourgeoise frustrée , et Nicole Dogué dans celui de la bonne antillaise bientôt possédée par une déesse vaudou (d'où le titre) ; Françoise Gillard et Pierre Niney jouent, dans la complicité, des jumeaux incestueux avec, en prime, un très beau numéro de danse.

Regrettons cependant que la scénographie use et abuse des entrées et sorties de personnages par les trappes  et que le recours à des accords musicaux entre les scènes soit systématique (un peu saoûlant à force !)

Au delà de nombreuses scènes plus que cocasses, il ne s'agit pas vraiment d'une comédie : l'issue reste dramatique et la pièce est une vraie réflexion sur le choc des cultures, l'esclavage, la condition des noirs. Le  spectacle présente cependant des longueurs (2h35 avec entracte) et même si certaines scènes sont de vraies pépites, l'ensemble est décousu. Dommage !

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, mise en scène d’Éric Génovèse. Avec Claude Mathieu, Françoise Gillard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Pierre Niney et Nicole Dogué, Djibril Pavadé. A la Comédie-Française, Théâtre du Vieux Colombier, jusqu'au 15 avril 2012. Réservations : 01 44 39 87 00/01.