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14 juillet 2013

Avignon OFF : Il était une fois ... Le Petit Poucet / Emmanuel Besnault

"Rallume les étoiles"

 

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Tout a commencé par une invitation via Twitter. L'auteur de la missive en moins de 140 signes : Emmanuel Besnault, metteur en scène de 21 ans à peine. A Avignon, il présente Il était une fois ... Le Petit Poucet au Théâtre au Coin de Lune, une petite salle à deux pas de La Luna.

La pièce, inspiré du fameux conte de Perrault, s'appuie sur un texte de Gérard Gelas, le patron du Théâtre du Chêne noir, institution avignonaise. La Compagnie de l'éternel été - quel joli nom ! - a un peu arrangé cela, y rajoutant quelques chansons fort entraînantes, reprises en chœur avec guitare, djembé et accordéon. On y retrouve le Petit poucet, devenu adulte et marquis, tentant de se remémorer son enfance. A ses cotes, des valets facétieux l'aident au mieux avec la complicité du public. 

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La jeunesse de cette troupe, la fraîcheur de leur jeu est ce qu'il y a de mieux pour affronter la chaleur de plomb des après-midi avignonais. Un boite en bois sur roulette, théâtre dans le théâtre, permet une mise en scène pleine de facéties. Rarement un spectacle pour enfant m'aura autant fait rire. C'est régressif à souhait et la nouvelle fin trouvée à cette histoire vous régalera au sens propre.


Encore un mot sur ce tout jeune metteur en scène. Emmanuel Besnault n'a donc que 21 ans mais déjà pas mal d'année de théâtre derrière lui. Pur Avignonais, il évolue sur les planches depuis l'age de 15 ans. Il y a quelques semaines, il a réussi le concours d'entrée au Conservatoire National Supérieur d'art dramatique. Trois années d'études qui le force à repousser quelques projets de mise en scène m'a-t-il expliqué autour d'un coca après la représentation (une si gentille invitation en impliquait forcément une autre de ma part). Ses metteurs en scène préférés ? Ostermeier et Laurent Pelly... une réponse qui ne pouvait me rendre le personnage que plus sympathique. 

Alors si vous êtes à Avignon - avec ou sans enfant - allez découvrir cette fabuleuse histoire. Quant à moi, je garde un œil sur cet autre petit poucet qu'est Emmanuel Besnault. Deviendra-t'il marquis, comédien, metteur en scène ? Qui sait, s'il trouve des bottes de 7 lieues, directeur du festival In dans 20 ans ? Gageons en tout cas que cette pièce n'est que l'un des premiers cailloux qu'il sèmera sur le chemin qui conduit au succès.

Il était une fois ... Le Petit Poucet d'après le conte de Charles Perrault. Texte de Gérard Gélas, mise en scène et scénographie Emmanuel Besnault. Avec Johanna Bonnet ou Elisa Oriol, Benoît Gruel, Lou de Laâge, Schemci Lauth, Maïa Liaudois, François Santucci et Manuel Le Velly. 
Au Théâtre Au Coin de la Lune, rue Buffon à Avignon, tous les jours à 14h40 jusqu'au 31 juillet 2013. 

Reprise à Paris !!!!!!!
Au théâtre du Lucernaire, jusqu'au 8 mars 2015, les mercredis et samedis à 15h (du mardi au samedi pendant les vacances scolaires à 15h), les dimanches du 8 janvier au 8 mars 2015 à 15h
Relâche 25 décembre, 1er janvier et les 1er, 7 et 18 février
Dès 5 ans. Durée : 55 minutes. 

03 juin 2013

Après avoir triomphé à Avignon l'année dernière, Marie Tudor (m.e.s Pascal Faber) est à l'affiche au Lucernaire jusqu'au 22 juin 2013

" Je veux qu'on ait peur, entends-tu, milord? qu'on trouve cela splendide,
ef
froyable et magnifique (...)"

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Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène de  Pascal Faber, est actuellement à l'affiche au Théâtre du Lucernaire. La pièce a été un des succès du festival Off d'Avignon 2012. Voici le billet que j'avais écrit alors : 

Une reine bafouée par son amant, une jeune fille trompée elle aussi par ce même homme avide. Un pauvre et honnête ciseleur pétri d'amour pour cette jeune fille qu'il a recueillie et élever sans savoir qui elle était. Voilà en quelques mots, l'intrigue (mal) résumée. Si vous ne connaissez pas l'histoire, tant mieux, vous ne prendrez que plus de plaisir à la découvrir au fil de la pièce. "Traiter Marie Tudor comme un véritable drame policier populaire, un thriller décomplexé" : voilà l'intention du metteur en scène Pascal Faber. Intention bien transposée : il y a un vrai suspense dans la mise en scène de ce drame passionnel.

Les décors sont sobres et l'ambiance soignée grâce aux lumières. Un lumière bleutée et du brouillard ne transportent sur les bords de la Tamise la nuit, pour le premier acte ; lumière plus rougeoyante ensuite, lorsque l'on est chez la reine. L'ensemble reste assez sombre, sombre comme ces intrigues de cour, ces luttes d'influences autour de la Reine d'Angleterre. Une parfaite fidélité au texte aussi même si le metteur en scène s'est affranchie de certaines didascalies.

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Mais ce qui fait la qualité de ce spectacle, c'est surtout le niveau de l'interprétation. Waouw ! Il y a de quoi avoir le souffle coupé. Qu'elle est belle cette Marie Tudor (Séverine Cojannot ce jour-là). Majestueuse et digne, puis passionnée et autoritaire. Il faut la voir tenir tête à son amant qui l'a trahie, lui rappeler qui elle est, lui signifier qu'elle a le pouvoir de faire se dresser l'échafaud. En gardant toujours des sanglots étouffés au fond de la voix tant cette décision est dure. Le reste de la distribution ne démérite pas, Pierre Azéma (Gilbert le ciseleur), Frédéric Jeannot (Fabiani) et Flore Vannier-Moreau (Jane) en tête.

Après ce passage à Paris, jusqu'au 22 juin 2013, la pièce sera à nouveau à Avignon dans le Off, du 6 au 28 juillet 2013 au Théâtre de l'Oulle à 12h30. 

Marie Tudor de Victor Hugo, mise en scène Pascal Faber. Avec Pierre Azéma, Séverine Cojannot, Stéphane Dauch, Pascal Guignard, Frédéric Jeannot, Florence Le Corre, Flore Vannier-Moreau, Sacha Petronijevic, Christophe Borie. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, le dimanche à 17heures, jusqu'au 22 juin 2013. 

24 juillet 2012

Avignon : avec "Un ennemi du peuple" d'Ibsen, Thomas Ostermeier nous donne à nouveau une leçon de théâtre.

"Don't want to be a richer man"


Quelqu'un m'a dit un jour "si la mise en scène est bonne, l'interprétation à la hauteur, qu'importe la barrière de la langue". Hier, pour la deuxième fois, Thomas Ostermeier et les comédiens du Schaubühne Berlin m'ont permis de vérifier cet adage. Un ennemi du peuple, présenté à Avignon dans le In, est une telle réussite que l'on oublie que la pièce est en allemand.

Avec Othello - vu au Théâtre des Gémeaux à Sceaux - j'avais déjà été bluffée. Sur la scène de l'Opéra-Théâtre, le metteur en scène allemand dépoussière une nouvelle fois Ibsen, son auteur de prédilection, après  Une Maison de poupée en 2003 (déjà à Avignon) et Solness le constructeur en 2004, entre autres.

Avant de parler de la "magie" opérée par Ostermeier, évoquons d'abord l'histoire. Dans une petite ville thermale, le docteur Stockmann découvre que les eaux sont fortement polluées et néfastes à la santé des curistes. Fort de cette découverte, il imagine devenir le héros de la cité, le sauveur. Mais les thermes sont une manne financière pour la ville. Dénoncer cette pollution, c'est mettre à mal toute l'économie. Stockmann devient, en l'espace d'une journée, un paria. Son frère, conseiller municipal, et ses amis lui tournent peu à peu le dos, le dénigrent, le discréditent publiquement.

Pour cette création, Ostermeier a d'abord travaillé le texte. Une véritable adaptation en a été faite avec Florian Borchmeyer. A l'oeuvre originale d'Henrik Ibsen - écrite en 1882 - des extraits nouveaux ont été adjoints. Certains passages, au tournure de phrase un peu désuettes, ont aussi été un peu modifiés. Il en résulte un texte totalement contemporain, résonnant pleinement à nos oreilles, surtout le passage évoquant la crise financière, la nécessaire remise en cause du système. Car le débat dépasse largement celui de la pollution des thermes et de la question de rendre cela public ou non. La question centrale c'est celle de la vérité face aux contraintes économiques, celle du bien général face aux intérêts particuliers. Le docteur Stockmann, s'adressant au public, va même jusqu'à proner la décroissance. Un véritable débat avec le public s'organise alors. Les comédiens se mèlent aux spectateurs, nous interrogent. Et cela fonctionne pleinement.

Venons en à la scénographie. Mobilier sommaire, murs noirs recouverts de dessin à la craie. Au cours du spectacle, on efface un peu, on réécrit et nous voilà dans un autre lieu. Simple et minimaliste, jusqu'à l'arrivée des comédiens avec des seaux de peinture et des rouleaux : en un clin d'oeil l'espace est - à peu près - repeint en blanc (du coup on se demande comment ils vont remettre cela en ordre pour le lendemain, d'autant que la pièce s'achève par un mitraillage en règle du docteur Stockman à la peinture multicolore. Ostermeier nous a habitués au hors norme : pour Othello, le plateau était entièrement recouvert d'eau et les comédiens pataugeaient durant tous le spectacle.

Mais ce n'est finalement pas cela qui séduit le plus dans ce spectacle. J'ai surtout apprécié la musique pop qui n'agrémente pas le récit mais le complète : les paroles sont d'ailleurs intégrées au surtitrage comme Changes de Bowie et les titres interprêtés par les comédiens eux même. Des comédiens brillantissime de bout en bout.  Stefan Stern, déjà remarquable dans le rôle de Iago dans Othello, confirme son talent dans le rôle du Docteur Stockmann. A ses côtés, Eva Meckbach (Madame Stockmann), seule femme de la distribution, David Ruland ((Aslaksen), Moritz Gottwald (Billing), Chritoph Gawenda (Hovstad), Thomas Bading (Morten Kiil) sans oublier Ingo Hülsmann qui incarne un politicien terrifiant de cynisme.

Hier soir à Avignon, la moitié de la salle était debout au moment des saluts. Une ovation amplement méritée. Seul regret : pas de grande tournée prévue en France, juste quelques dates, début 2013, au TNP à Villeurbanne. Mais cela vaut le déplacement !