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05 février 2014

Macbeth de Shakespeare / Anne-Laure Liégeois / Théâtre 71 - Malakoff

"Il va y avoir du sang ..."


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Photo : Christophe Raynaud de Lage


Comment expliquer à un néophyte que l'intérêt d'aller voir la même pièce, à quelques semaines d'écart, dans des mises en scène différentes ? La preuve par l'exemple est la seule solution pour démontrer que l'on peut assister à deux spectacles totalement distincts et pourtant parfaitement réussis l'un et l'autre. Prenez Macbeth : Laurent Pelly en a proposé une magnifique version il y a peu. Au Théâtre 71 à Malakoff, Anne-Laure Liégeois réussit tout autant, dans un autre registre. 


La metteuse en scène a déjà signé plusieurs pièces à la Comédie-Française. Une puce, épargnez-la de Naomi Wallace et La Place royale de Corneille notamment. Deux mises en scène assez sages disons-le ouvertement, pour qui avait vu sa Duchesse de Malfi, à Malakoff déjà, en 2011. On désespérait de retrouver un jour la même folie, la même démesure qu'elle avait su mettre dans cette pièce de John Webster. Voilà qui est réparé avec Macbeth. Des litres de sang, de la boue, de l'eau ... un peu trash mais génial !


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Photo : Christophe Raynaud de Lage


La pièce s'ouvre sur un Macbeth, épée en main, se battant contre des jets d'eau. Très beau visuellement et impressionnant sur le plan de la machinerie. On découvre alors que la scène est parcourue par une sorte de petit canal. Au fond, un portail à plusieurs vantaux coulissants. C'est à peu près tout mais c'est suffisant. Les artifices sont ailleurs, comme cette fosse de boue dans laquelle viendront se vautrer les sorcières, trois comédiennes n'ayant pour seuls atours que des bottes rouges.   


Les comédiens sont aussi très convaincants. A commencer par Olivier Dutilloy dans le rôle titre mais surtout Anne Girouard dans celui de lady Macbeth. Celle-ci s'est fait connaitre du grand public grâce à la série Kaamelott (la très nunuche Guenièvre, c'était elle !). La voici dans un style diamétralement opposé, parfaite de bout en bout. Sans aller jusqu'à citer les 14 autres acteurs présents sur scène, disons juste qu'il n'y a aucune fausse note dans cette distribution. 


Vous l'aurez compris, ce spectacle se savoure de la première à la dernière minute - durant 2h50 tout de même - sans une seule seconde d'ennui. 


Macbeth de William Shakespeare, traduction Yves Bonnefoy, mise en scène Anne-Laure Liégeois. Avec Olivier Dutilloy, Anne Girouard, Pauline Belle, Sébastien Bravard, Elsa Canovas, Alessandro de Pascale, Philippe Houriet, Pauline Masse, Noé Mercier, Sarah Pasquier, Jean-François Pellez, Jérémy Petit, Loïc Renard, Alexandre Ruby, Charles-Antoine Sanchez, Willie Schwartz. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au 14 février 2014, mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi et samedi à 19h30.
Réservations au 01 55 48 91 00. Durée : 2h50.


En tournée :
Espace des Arts, Scène Nationale – Chalon-sur-Saône, 20 et 21 février 2014 - 03 85 42 52 12
Le Grand T, Théâtre de Loire-Atlantique – Nantes, 24 au 28 février 2014 - 02 51 88 25 25 
La Piscine – Châtenay-Malabry, 4 mars 2014 - 01 41 87 20 84 
La Passerelle, Scène Nationale des Alpes du Sud – Gap, 18 mars 2014 - 04 92 52 52 52
Le Cratère, Scène Nationale – Alès, 20 et 21 mars 2014 - 04 66 52 52 64
Maison de la Culture d’Amiens - Amiens, 25 et 26 mars 2014 - 03 22 97 79 77 
L’Entracte, Scène conventionnée de Sablé-sur-Sartre - Sablé-sur-Sarthe, 28 mars 2014 - 02 43 62 22 22
Théâtre de l’Union, Centre Dramatique National du Limousin – Limoges, 1 au 3 avril 2014 - 05 55 79 90 00
Le Fracas, Centre Dramatique National Montluçon, 8 et 9 avril 2014 - 04 70 03 86 18

29 avril 2012

"Une puce, épargnez-la" : Naomi Wallace première dramaturge américaine au répertoire de la Comédie-Française

 "L'enfer va se déchaîner"

une puce,épargnez-la,naomi wallace,anne-laure liégeois,guillaume gallienne,catherine sauval,christian gonon,julie sicard,félicien juttner,comédie-française,théâtre éphémèreCe n'est pas le premier texte américain à faire son entrée au répertoire - Un tramway nommé désir de Tennessee Williams y figure déjà - mais c'est le premier écrit par une femme. Naomi Wallace est originaire du Kentucky et a déjà publié plus d'une dizaine de pièces. Une puce, épargnez-la - One Flea Spare en version originale - a été créée en 1995 à Londres.

C'est d'ailleurs dans la capitale anglaise que se situe l'intrigue, durant la grande épidémie de peste au 17e siècle. Les époux Snelgrave (Guillaume Gallienne et Catherine Sauval) sont cloitrés dans leur demeure, en quarantaine. Tous leurs domestiques sont morts de la peste. Au milieu du chaos qui frappe la ville, deux personnages s'invitent chez les Snelgrave : Bunce le matelot (Félicien Juttner) et Morse (Julie Sicard), une fillette  qui se fait passer pour la seule rescapée d'une famille amie des Snelgrave.

Et dans ce huis-clos, les deux intrus vont bousculer les conventions, perturber le quotidien du très puritain William Snelgrave. En mettant à mal le couple : Darcy Snelgrave est une épouse délaissée, dédaignée par son mari depuis qu'un incendie, 36 ans plus tôt, a laissé des traces dans sa chair. Col montant et gants qu'elle ne retire jamais, Darcy aspire pourtant à la sensualité. Face à l'impudeur de la jeune Morse et au désir de Bunce, c'est une révolution qui s'opère dans cette prison dont Kabe (Christian Gonon) contrôle tous les accés.

"La violation d'un corps social par un autre corps social", c'est ainsi qu'Anne-Laure Liégeois, la metteuse en scène, résume la pièce (rappelez-vous, La duchesse de Malfi, l'année dernière au Théâtre 71 à Malakoff, s'était elle aussi). Même si cette maison va devenir un tombeau - Morse nous l'annonce dès le début de la pièce : certains vont mourir - la sensation d'enfermement diminue au fil de la détention et, ce, grâce à l'ingénieuse scénographie d'Anne-Laure Liégeois. Peu à peu les murs s'éloignent, l'espace grandit, les portes s'ouvrent et, même si la fenêtre reste inexorablement condamnée, on a l'impression que le carcan s'efface peu à peu.

Guillaume Gallienne est parfait dans le rôle - peu flatteur - de Snelgrave, il parvient à nous donner des frissons de dégoût. Catherine Sauval est très émouvante dans la peau de l'épouse qui redécouvre le plaisir de la chair, au soir de sa vie, sous les caresses de Félicien Juttner. Quant à Julie Sicard, je suis toujours émerveillée par sa capacité à être totalement crédible dans des rôles de fillettes.

Une distribution impeccable - comme toujours au Français serais-je tentée de dire ! - et un texte fort bien écrit (Naomi Wallace parvient à trouver un langage à la fois moderne et adapté à cette intrigue se déroulant au 17e siècle). La construction du récit, cependant, s'étire un peu en longueur. C'est là le seul bémol.

Une puce, épargnez-la de Naomi Wallace, traduction de Dominique Hollier. Mise en scène et scénographie d’Anne-Laure Liégeois. Avec Catherine Sauval, Guillaume Gallienne, Christian Gonon, Julie Sicard et Félicien Juttner. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française, jusqu'au 12 juin 2012.
Réservation : 0 825 10 1680.

25 janvier 2011

"La duchese de Malfi" au Théâtre 71 à Malakoff

"Elle ternit le passé et illumine l'avenir"

Cette pièce-là pourrait bien entrer dans le top 10 de celles que j'ai le plus aimées. Un beau texte, une héroïne fascinante, voire éblouissante, et une interprétation irréprochable.

Il s'agit de La duchesse de Malfi, présentée au Théâtre 71 à Malakoff. Comme beaucoup, je ne connaissais pas ce texte, ni même son auteur, l'Anglais John Webster, contemporain de Shakespeare. Mais comme j'ai toujours un a priori positif sur les pièces dont le rôle-tître est une femme, j'ai tenté l'aventure.

J'ai lu (et je ne dirai pas où) que cette pièce était "un pilier du répertoire britannique". Je me suis alors sentie un peu ignare mais, en bonne journaliste, j'ai cherché à vérifier l'info. Et cela tombe bien, une de mes proches est mariée avec un Anglais et vit en Angleterre. Alors Webster? Inconnu au bataillon (bon, je vous l'accorde, mes amis ne sont pas des spécialistes du théâtre élisabéthain, mais quand même, "un pilier du répertoire" ...). J'ai donc poursuivi mes recherches sur le net. Webster est principalement connu pour deux oeuvres :  The White Devil (1609-1612) et The Duchess of Malfi (1613-1614, éd. 1623), parfois traduite en Français sous le tître La Duchesse d'Amalfi. Quant à savoir si ces ouvrages sont étudiés par les écoliers britanniques, il semblerait que non ...

Bien dommage donc que cette duchesse-là soit si méconnue. Jeune veuve, elle se voit interdire un second mariage par ses deux frères. Qu'importe, la duchesse est une insoumise qui, non seulement passe outre et se remarie, mais, qui plus est, choisit pour mari son intendant, un homme n'ayant pour rang et fortune que son intelligence. Un vrai mariage d'amour qui reste secret et duquel naîtront trois enfants. La tragédie, car c'en est une, débutera lorsque les deux frères découvriront cette union et y mettront fin au  nom de la morale - alors même que l'un des deux, cardinal, vit de façon des plus dépravée, et que l'autre nourrit des sentiments incestueux pour sa soeur ... Et c'est dans les épreuves que ses chers frères lui font subir qu’apparaît au grand jour la grandeur de l'héroïne. Pour rien au monde elle ne reniera son amour, quitte à être ouvertement traitée comme une putain.  

L'histoire est écrite au 17eme siècle, l'action se déroule au 16eme siècle en Italie (s'inspirant de l’histoire vraie de la Duchesse d’Amalfi et d’Antonio Bologna à Milan) mais le texte est résolument moderne. Sans doute parce qu'il a été retraduit et adapté  par la metteuse-en-scène elle-même, Anne-Laure Liégeois, en collaboration avec Nigel Gearing. Un travail ciselé qui nous suspend aux lèvres des comédiens pendant 3h15 (tout de même) sans que l'on s'ennuie une seule minute.

Chapeau bas !

Au Théâtre 71 à Malakoff jusqu'au 5 février 2011 puis à Châtenay-Malabry (92) le 10, à Colmar les 16 et 17. En mars : Amiens (les 8 et 9), Limoges (du 15 au 18) et Besançon (du 23 au 25 mars 2011)