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04 juin 2013

"Le Dindon" de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien : reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin

"On a pas idée d'un pareil charivari !"

Article mis à jour le 4 juin 2013 (version initiale du 17 septembre 2011)
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Florence Müller, Guillaume Marquet et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

Après avoir triomphé au Théâtre de la Tempête et en tournée, Le Dindon de Feydeau, mis en scène par Philippe Adrien, est à l'affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin. Passage du public au privé donc pour ce spectacle nommé quatre fois aux Molières en 2011.

Des portes qui claquent : c'est un grand classique. Mais des portes qui se déplacent sur scène et tournoient à vous en donner le vertige,  j'avoue : c'est surprenant (bravo à Jean Haas pour le décor). Dès la scène d'exposition le ton est donné : une femme fuit, un homme la poursuit  et tourne, tourne, tourne le manège .... Pas juste un gadget technique mais un vrai ressort de mise en scène pour symboliser ce charivari : on perd pied en même temps que les personnages.

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Vous vous en doutez, dans l'hôtel où se retrouvent fortuitement l'ensemble des protagonistes, tout ne se passe pas comme prévu. Un zeste d'accent anglais, une provinciale sourde, une fille aux moeurs légères et bien sûr quelques commissaires pour constater les adultères... autant d'ingrédients qui renforcent encore plus ce méli-mélo.

Voilà pour l'intrigue dans les grandes lignes. Pour le reste, j'aurais bien dit qu'il y a dans cette mise en scène "une précision d'horlogerie" mais comme, pour Philippe Adrien, "il n'y a rien de plus chiant qu'une montre", je vais m'abstenir et plutôt citer à nouveau le metteur en scène pour qui "mettre en scène consiste aussi bien à mettre en ordre qu'en désordre". Une bien belle confusion sur scène donc, mais une confusion millimétrée et parfaitement rythmée. Quelques libertés avec les didascalies originelles, toutefois, mais cela tombe plutôt juste : les corps disent ce que les mots nous cachent, par des postures plus que suggestives. Je reste cependant un peu plus réservée sur le haka incongru au milieu de la pièce (mais on peut aussi considérer que cela illustre assez bien le combat de coqs auquel se livrent les mâles dans cette intrigue !)

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Pierre-Alain Chapuis et Mila Savic
Photo précédente : Eddie Chignara et Alix Poisson (photo : Antonia Bozzi)

 

Côté interprétation : du grand art. Douze comédiens sur scène avec en tête Eddie Chignara (Pontagnac), Pierre-Alain Chapuis (Vatelin) et Guillaume Marquet (Rédillon), Molière du jeune talent masculin pour ce rôle (et on comprend pourquoi !). Mais ce sont les demoiselles qui, à mon sens, brillent le plus : Alix Poisson en Lucienne Vatelin et Mila Savic, campant une Maggy Soldignac folle à souhait !

Un spectacle des plus réussis, vous l'aurez compris, que l'on ne saurait que vivement vous conseiller. 

Le Dindon de Feydeau, mise en scène de Philippe Adrien. Avec Vladimir Ant, Pierre-Alain Chapuis, Eddie Chignara, Bernadette Le Saché, Pierre Lefebvre, Guillaume Marquet, Florence Müller , Patrick Paroux, Alix Poisson, Juliette Poissonnier, Mila Savic et Dominique Gould. Au Théâtre de la Tempête, du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h. Réservation au 01 43 28 36 36.

NB : la distribution semble avoir été légèrement modifiée pour cette reprise au Théâtre de la Porte Saint-Martin. 

 

26 mai 2012

Clément Poirée et la troupe de "Beaucoup de Bruit pour rien" en route pour Londres et le festival "Globe to Globe"

Je vous en avais déjà parlé cet hiver dans mon billet sur Beaucoup de bruit pour rien au Théâtre de la Tempête : la pièce, mise en scène par Clément Poirée, a été retenue pour réprésenter la France dans le cadre du festival Globe to Globe.

Le principe de ce festival exceptionnel - cela devrait être la seule et unique édition - est de représenter les 37 pièces de Shakespeare en 37 langues, au Théâtre du Globe à Londres. La semaine prochaine, les Français monteront sur la scène de ce théâtre mythique pour deux représentations. A quelques jours de cette grande échéance, entre deux répétitions, Clément Poirée a eu la gentillesse de m'accorder une interview. 

Sur la terrasse -  ce jour-là très ensoleillée  - du Théâtre de la Tempête, le metteur en scène a déjà les yeux plein d'étoiles lorsqu'il me décrit le Théâtre du Globe, ses 1500 spectateurs - dont certains debouts dans la fosse - et sa physionomie si particulière :  "c'est un lieu tout en bois, à ciel ouvert. Un théâtre circulaire avec une scène qui avance sur la foule. Tout y est modifié par rapport à ce que l'on peut imaginer dans un théâtre classique : les acteurs auront à intéresser un public tout autour d'eux.  C'est très différent mais très excitant aussi, il va falloir trouver nos repères dans cette perspective là."

Des contraintes qui impliquent des modifications de la mise en scène initiale. D'autant que le rythme auquel s'enchaineront les spectacles interdit tout montage de décors. Autre composante à prendre à compte : la lumière. "C'est une pièce sur les faux-semblants, les apparences. On avait beaucoup travaillé sur les reflets, le jeu de lumière... Tout cela avait pris une importance capitale pour raconter l'histoire." Au Globe, il faudra faire avec la lumière du jour en matinée. En soirée, la tradition veut qu'on joue pleins feux pour rester dans l'esprit du théâtre élisabétain.

A cela, il faudra ajouter des modifications dans la distribution : trois comédiens présents sur la scène du Théâtre de la Tempête sont à présent engagés sur d'autres projets. C'est Aurélie Toucas qui reprend le rôle de Marguerite, en remplacement de Manon Combes. Les deux watchmen seront, eux, interprétés par Raphaël Almosni et Nicolas Chupin (que l'on avait vu dans La meilleure part des hommes, à La Tempête aussi).

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Benedict/Bruno Blairet et Béatrice/Alix Poisson sur la scène du Théâtre de la Tempête en novembre dernier.
Photo : Antonia Bozzi

Mais qu'importe la difficulté, Clément Poirée y voit seulement "un défi très intéressant". "Qu'est-ce qu'il reste d'une mise en scène quand on lui enlève sa coquille et que l'on repart de rien dans un autre lieu ? " s'interroge-t-il. "Cela a un effet très libératoire. C'est une sorte de retour aux sources, si ce n'est qu'on ne repart pas de zéro en réalité : il reste des traces de ce travail fait précédemment, même en son absence."

Conscient du côté exceptionnel de ces représentations, le metteur en scène se refuse pourtant à envisager cela comme un quelconque tremplin ou un moment charnière dans sa carrière. Tout juste concède-t-il, avec un énorme sourire, que jouer au Globe pour la première date de la tournée - et a fortiori alors que c'est la première fois qu'une de ses pièces part en tournée* - est un "joli clin d'oeil".

Du Shakespeare chez Shakespeare : cela fait rêver ... Et bien nous y serons ! Accrédités pour le "media call" et spectateurs de la première représentation en matinée. Promis, tous les détails seront en ligne, à condition de trouver une connexion wifi ... Au fait, comment on traduit Mes illusions comiques en anglais?

*Nous vous communiquerons les dates et lieux de la tournée française ultérieurement.

17 novembre 2011

Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare / Clément Poirée / Théâtre de la Tempête

"Il y avait alors dans le ciel une étoile qui dansait,
et c’est sous elle que je suis née"

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Manon Combes, Alix Poisson et Suzanne Aubert
Photo : Antonia Bozzi

Encore du Shakespeare. Mais on aurait tort de s'en priver. Surtout lorsque c'est une aussi belle réussite que ce Beaucoup de bruit pour rien, proposé par Clément Poirée au Théâtre de la Tempête.

L'histoire pour commencer : de retour de la guerre, Don Pedro trouve l'hospitalité chez le vieux Leonato. Dans sa suite, ses deux amis, Claudio et Benedict, mais aussi son demi-frère, le sombre Don Juan. Au premier regard, Claudio tombe amoureux de la belle et fragile Héro, fille de Leonato. Un coup de foudre réciproque et un mariage vite plannifié. Mais Don Juan, prêt à tout pour nuire, jette le discrédit sur la demoiselle, compremettant ainsi l'union. Parallèlement, chacun s'emploie à réunir la piquante Béatrice, nièce de Leonato, à l'excentrique Benedict.

Béatrice, c'est un peu la jumelle de Catharina dans La Mégère apprivoisée : pleine d'esprit, elle est tout autant indomptable  et opposée au mariage. Elle manie également les mots comme des lames, au détriment de la gent masculine en général et de Benedict  (Bruno Blairet) en particulier. Un personnage merveilleusement incarné par Alix Poisson, déjà remarquable et remarquée dans Le Dindon. La comédienne passe sans difficulté des passages légers, pleins de badinage et de moquerie, à des  scènes où elle nous montre ses talents de tragédienne.

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Photo : Antonia Bozzi


Car cette pièce est pleine de ce que Clément Poirée décrit comme "des revirements difficiles à assumer pour les acteurs"*. Une pièce assez gaie mais dont le point de départ est "un constat mélancolique sur le monde". "Shakespeare nous montre comment les sentiments les plus hauts sont manipulables (...) tout est volatile. Malgré tout, à la fin, Béatrice et Benedict font le choix de l'amour, mais pas d'un amour idéaliste, simplement celui de l'instant" nous explique le metteur en scène. Pour lui, la pièce met ainsi en avant "une force de vie qui ne peut être que le présent." Mais pour cela, il faut accepter, comme il l'a fait, "les détours, les voyages de la pièce", car comme souvent chez Shakespeare, les intrigues sont multiples. Poirée décide de n'en privilégier aucune, de ne pas faire le choix d'un fil directeur.  

Les personnages secondaires prennent ainsi toute leur ampleur. Telle Margaret (Manon Combes), la suivante de Héro (Suzanne Aubert). Doté d'un accent du Sud, elle manie admirablement les effets de jupe et aguiche son monde apportant ainsi comique et fraîcheur. La scène où les deux comédiennes font mine de ne pas voir Béatrice et évoque les qualités de Benedict est irrésistible. Et que dire de ces watchmen, voisins de Leonato surveillant les environs (Eddie Chignara et Julien Villa), qui prennent un mot pour un autre ? Hilarants ...

Notons qu'il s'agit (encore une fois) d'une nouvelle traduction de l'oeuvre, signée Jude Lucas. Résultat plutôt concluant.

La pièce sera présentée à Londres en juin, dans le cadre du Globe to Globe Festival : Shakespeare dans toutes les langues avant le début des J.O. (on en reparlera). Et l'on peut déjà dire que la France n'aura pas à rougir de la prestation de ces athlètes-là !

*Les propos de Clément Poirée ont été recueillis lors du débat à l'issue de la représentation du 15 novembre.

Beaucoup de Bruit pour rien de William Shakespeare (texte français de Jude Lucas), mise en scène par Clément Poirée. Avec Suzanne Aubert, Bruno Blairet,  Eddie Chignara, Manon Combes, François de Brauer, Jean-Claude Jay, Matthieu Marie, Laurent Ménoret, Alix Poisson et Julien Villa.  Au Théâtre de la tempête, jusqu'au 11 décembre 2011. Réservations au 01 43 28 36 36.