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15 juillet 2014

Regardez mais ne touchez pas ! de Théophile Gautier / Jean-Claude Penchenat / Théâtre du Ranelagh

 "Le Cid campeador n'aurait pas mieux fait."

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Regardez mais ne touchez pas ! est une pièce relativement méconnue de Théophile Gautier, l'auteur du Capitaine Fracasse. Et pour cause : elle n'avait plus été jouée depuis sa création en 1847. Le metteur en scène Jean-Claude Penchenat fait de ce mélodrame aux couleurs hispaniques un spectacle fort drôle. Après le festival d'Avignon cet été, la pièce est présentée au Théâtre du Ranelagh à Paris. 

Celle qu'il faut regarder mais surtout ne jamais toucher, c'est la reine d'Espagne. Si l'on contrevient à la règle, la sanction est sans appel : la mort. Alors lorsque le cheval de la souveraine s'emballe, les sauveteurs ne se bousculent pas. Un jeune homme se précipitera tout de même au secours de la dame en détresse avant de prendre la fuite. Mais lorsque la belle suivante de la reine promet sa main à ce sauveur inconnu, elle attise la convoitise du roublard Don Melchior, bien étranger à l'affaire. Le chevaleresque Don Gaspard, véritable sauveur, aura fort à faire pour démasquer l'imposteur.

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La romance est bien sirupeuse, les sentiments chevaleresques poussés à leur maximum mais tout ici est interprété au second degré. Le mélodrame vire alors à la comédie. D'autant que c'est une Espagne de carte postale qui nous est présentée. En cela aussi la mise en scène en rajoute des tonnes, à grand renfort de capes qui virevoltent, de coup de talons façons flamenco et de mouvements d'éventails. 

Ce spectacle décalé et burlesque met fort habilement en valeur un texte qui pourrait paraître un brin suranné. Au final, on rit beaucoup. A voir donc !

Regardez mais ne touchez pas ! de Théophile Gautier, mise en scène de Jean-Claude Penchenat. Avec Alexis Perret, Damien Roussineau, Paul Marchadier, Samuel Bonnafil, Flore Gandiol, Jeanne Gogny ou Chloé Donn, Sarah Bensoussan ou Judith Margolin. Du 12 septembre au 31 décembre 2014, au Théâtre du Ranelagh Durée : 1h25

13 avril 2012

Au coeur de la Révolution avec "Quatrevingt-treize" d'Hugo à la maison de la Poésie

"De là cet extraordinaire 93.
Sous un échafaudage de barbarie
se construit un temple de civilisation."

J'ai toujours adoré qu'on me raconte des histoires, surtout quand les conteurs sont talentueux, l'histoire émouvante et la langue employée pleine de finesse. Alors forcément, Quatrevingt-treize, présenté à la Maison de la Poésie, avait tout pour me plaire.

L'oeuvre de Victor Hugo est, certes, un roman mais les dialogues sont si nombreux que le texte s'adapte parfaitement à la scène. Cinq comédiens nous font vivre cette année charnière par le prisme de la contre-révolution en Bretagne. Comme souvent chez Hugo, l'Histoire sert de trame à l'histoire. Le marquis de Lantenac, à la tête de la révolte contre-révolutionnaire, trouve face à lui son propre neveux, Gauvain, rallié à la cause révolutionnaire, et Cimourdain, prêtre et ancien précepteur du jeune homme, mandaté par le Comité de Salut Public. Trois hommes et trois visions politiques : Lantenac, c'est l'Ancien Régime, Gauvain l'idéalisme républicain, Cimourdain, l'inflexibilité révolutionnaire.

Le tour de force de l'adaptation de Godefroy Ségal est de nous immerger totalement dans cette Révolution alors même qu'il n'y a ni décors ni costumes. On est pourtant au coeur de la bataille navale, au coeur des combats sur terre. Grâce à la force de la narration, certes, mais aussi aux bruitages effectués par les comédiens "hors champ". Le vent souffle dans les voiles, les coups de feu claquent et le canon tonne.

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Les peintures de Jean-Michel Hannecart, projetées sur écrans géants au dessus de la scène, parfont le dispositif scénique. On est comme des enfants, émerveillés et suspendus aux lèvres des comédiens. Citons les tous tant ils ont su nous transmettre leur enthousiasme : François Delaive (qui incarne à la fois Lantenac et Cimourdain), Nathalie Hanrion et Géraldine Asselin, qui prennent en charge une grande partie de la narration,  Alexis Perret (Gauvain, notamment) et Boris Rehlinger. Le récit est dense, les personnages nombreux mais on n'en perd pas une miette et l'on ne voit pas le temps passer.

Certaines histoires sont faites pour nous endormir, d'autres pour éveiller nos consciences. Alors que nous sommes sur le point de glisser notre bulletin dans l'urne, Quatrevingt-treize est une piqûre de rappel nécessaire pour comprendre comment est née notre République et quels étaient les idéaux des hommes qui l'ont construite.

Quatrevint-treize de Victor Hugo, adaptation et mise en scène Godefroy Ségal. Avec Géraldine Asselin, François Delaive, Nathalie Hanrion, Alexis Perret et Boris Rehlinger. A la Maison de la Poésie, jusqu'au 14 avril puis du 2 au 20 mai 2012 (du mercredi au samedi à 20h00 - dimanche 16h00). Réservations : 01 44 54 53 00. Durée : 1h50