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12 juillet 2015

Noces de sang de Federico Garcia Lorca / William Mesguich / Avignon - Théâtre du Chêne Noir

"A qui la faute ?"

Dans la chaleur avignonaise, William Mesguich restitue l'Andalousie des années 1930. Noces de sang de Federico Garcia Lorca est à découvrir au Théâtre du Chêne noir.

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Photo : Marie Julliard

Il y a d'abord cette mère, veuve andalouse, corsetée dans sa rigueur et ses principes. Le double de Bernarda Alba, en somme, personnage créé quelques années plus tard par l'auteur. Mais si Bernarda est mère de cinq filles qu'elle cloitre pour protéger son honneur, cette mère-là n'a plus qu'un garçon. Son mari et son autre fils ont été tués à coups de couteau par une famille rivale. Dès la première réplique, l'on sent bien que le malheur plane encore et que cette histoire de vendetta digne de Colomba n'est pas terminée. Le fils survivant est sur le point de se marier. Sa fiancée fut celle d'un autre auparavant. Celui-là même est le dernier rejeton de la famille rivale.

L'histoire est tirée d'un fait divers de l'époque, dans les environ d'Almeria. Garcia Lorca lui ajoute une dimension mystique, faisant entrer en scène les personnages de la Mort et de la Lune. Les deux divinités dialoguent ensemble. Il y a ainsi dans cette œuvre une dimension tragico-poétique, faisant de ce drame plus une fable qu'un témoignage réaliste. Autant d'éléments que William Mesguich sait mettre en valeur.

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Photo : Marie Julliard

Comme souvent dans le OFF, les décors sont épurés - succession des pièces oblige - et la pièce repose pour beaucoup sur le jeu des acteurs. Ils sont cinq en scène, William Mesguich et Sterenn Guirriec assurant les rôles des deux jeunes hommes et des deux jeunes femmes. Michèle Simmonet, elle, est parfaite dans le rôle de cette mère froide et austère.

Les accords de Flamenco qui ponctuent la pièce nous plongent encore plus dans l'atmosphère du lieu et de l'époque. William Mesguich sait créé des univers, des ambiances. Nous l'avions constaté déjà avec son adaptation des Mystères de Paris. Avec ces Noces de sang, il signe une nouvelle fois une mise en scène réussie. 

Noces de Sang de Federico Garcia Lorca, adaptation Charlotte Escamez, mise en scène William Mesguich. Avec Estelle Andrea, Eric Bergeonneau, Sterenn Guirriec, William Mesguich, Michèle Simonnet. Festival Off d'Avignon, Théâtre du Chêne Noir, tous les jours à 12h30 jusqu'au 26 juillet 2015 (relâche les 18 et 25 juillet). Réservations au 04 90 86 74 87. Durée : 1h20.

09 juillet 2015

L'Apprenti de Daniel Keene / Yann Dacosta / Le Petit Louvre - Avignon (festival OFF)

"Rêver, c'est ce qui est important"

Comment choisit-on les pièces dans le OFF ? Sur leur titre ? La couleur de l'affiche ? J'opterais plutôt pour le metteur en scène. Pour cette pièce, Yann Dacosta m'avait convaincue cet hiver avec L'Affaire de la Rue de Lourcine. A Avignon, il met en scène L'Apprenti du dramaturge australien Daniel Keene. A découvrir tous les jours à 14h au Petit Louvre.

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Photo
© Julie Rodenbour

Pascal est un quinquagénaire solitaire qui aime par dessus tout faire ses mots-croisés en silence, au café. Jusqu'à ce que débarque Julien, 12 ans, bavard comme une pie. L'adolescent ne s'entend pas avec son père et a décidé de trouver une nouvelle figure paternelle. C'est sur Pascal qu'il a jeté son dévolu, après l'avoir longuement observé par sa fenêtre. On suivra les deux personnages une année durant, témoins de cette amitié croissante qui va bel et bien devenir un amour filial.

Yann Dacosta explique qu'il a envisagé chaque scène "comme une vignette de Sempé". Des petits moments de vie croqués sur le vif, des instants du quotidien apparemment insignifiants mais qui en disent long sur chaque personnage. Le besoin d'amour de Julien, le plaisir que prend Pascal a devenir le père spirituel du jeune homme. Instants de complicité, chamailleries aussi.

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Photo © Julie Rodenbour

La scénographie est sombre, la distribution réussie. Florent Houdu nous fait oublier qu'il a beaucoup plus de 12 ans. Dans ce rôle d'adolescent questionneur, il est à la fois agaçant  et extrêmement attachant. Jean-Marc Talbot et sa voix rocailleuse "collent" parfaitement à ce quinquagénaire bourru qui s'attendrit peu à peu.

Pour parler des film qui réchauffent le cœur, les anglo-saxons emploient le terme de "feel-good movie". On pourrait de la même façon dire que cet Apprenti est une "feel-good play", un spectacle plein de douceur et de tendresse à partager avec ceux qu'on aime.

L'Apprenti de Daniel Keene, traduction Séverine Magois, mise en scène Yann Dacosta. Avec Florent Houdu et Jean-Marc Talbot. Au Petit Louvre à Avignon, à 14h, jusqu'au 26 juillet 2015 (relâche le lundi 20 juillet). Réservations au 04 32 76 02 79. Durée :1h.

07 juillet 2015

Richard III de Shakespeare / Thomas Ostermeier / Festival d'Avignon

 

"Mein Königreich für ein Pferd"

C'était une des pièces les plus attendues du Festival d'Avignon cette année. La preuve en est : dix minutes après l'ouverture de la billetterie, l'ensemble des places pour les onze représentations étaient vendues ! Et les chanceux qui parvinrent à décrocher un billet ne furent pas déçus. La preuve en est : cette ovation "public debout" pour Thomas Ostermeier et ce Richard III de Shakespeare interprété de façon époustouflante par Lars Eidinger.

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Photo : Arno Declair

Comme à l'accoutumée, Ostermeier - dont on a ici vanté si souvent le talent - propose une mise en scène énergique. La pièce s'ouvre dans un nuage de cotillons, au son assourdissant d'une batterie. Le décor : une usine désaffectée au sol recouvert de sable. Peut-être pour mieux absorber le sang versé par le machiavélique Richard ? Au milieu de la scène pend un micro, dans lequel celui-ci viendra nous susurrer ses confidences.

Mais le metteur en scène ne se contente pas de ces artifices scénographiques, il dirige aussi merveilleusement ses comédiens, ceux de la Schaubühne de Berlin dont il est le directeur. Lars Eidinger, enlaidi et recroquevillé, réussit le tour de force d'incarner un Richard III à la fois répugnant et séduisant. Deux heures quarante durant, le tyran joue la proximité avec le public, cherchant à tout moment notre acquiescement et faisant de nous ses complices. Et il a de l'humour ce Richard, allant même jusqu'à réveiller un spectateur assoupi au premier rang. 

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Photo : Arno Declair

Le spectacle est en allemand, précisons-le. Thomas Ostermeier a fait le choix d'une nouvelle traduction de l'oeuvre de Shakespeare - traduction confiée à Marius von Mayenburg - en prose plutôt qu'en vers "pour mieux pénétrer la psychologie des personnages" explique-t-il. Le sur-titrage en français découle de cette traduction allemande et non du texte anglais original. Quelques passages mythiques ont cependant été conservés dans la langue originale à notre plus grand plaisir. 

La pièce est une réussite d'un bout à l'autre. Une expérience théâtrale de laquelle on ressort émerveillés et sonnés. Notez  que la pièce sera diffusée sur Arte le 13 juillet 2015 à 22h45. A voir et à enregistrer ! 

Richard III de William Shakespeare, traduction Marius von Mayenburg, mise en scène Thomas Ostermeier. Avec Thomas Bading, Robert Beyer, Lars Eidinger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny Köning, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach, Sebastian Schwartz et le batteur Thomas Witte. Festival d'Avignon, Opéra Théâtre, jusqu'au 18 juillet 2015 (relâche les 10 et 15 juillet). Durée 2h30.
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