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22 septembre 2015

Père d'August Strindberg / Arnaud Desplechin / Comédie-Française

"Car enfin, de quoi s’agit-il dans cette lutte à mort,
sinon précisément du pouvoir ? "

Pour une première au théâtre, c'est un coup de maître ! A la Comédie-Française, salle Richelieu, le cinéaste Arnaud Desplechin met en scène Père d'August Srindberg.Un face à face magistral entre Michel Vuillermoz et Anne Kessler.

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Le dramaturge suédois nous fait pénétrer dans l'intimité d'un couple qui se déchire. Le "père" dont il est question est capitaine dans l'armée. Scientifique et rationnel, il veut soustraire sa fille à la nuée de femmes bigotes qui peuplent son logis - nourrice, domestiques, mère et grand-mère - et, pour cela, souhaite l'envoyer étudier à la ville. Laura, la mère de l'adolescente, s'y refuse et veut la garder auprès d'elle. Cette divergence va virer à l'affrontement. Duel à fleuret mouché au départ, l'opposition va rapidement prendre un tour dramatique. Pour parvenir à ses fins, Laura tisse autour de son époux un piège inextricable, instillant en lui le doute sur sa paternité et le faisant passer pour fou.

Au fond l'éducation de l'enfant n'est qu'un prétexte dans cette lutte à mort. Il y a dans le combat de Laura une part de féminisme, à une époque où les maris donnent à leur femme de l'argent de poche et où le "pater familias" est omnipotent. Dans son combat, Laura va aller loin, trop loin, déployant un machiavélisme qui semble la dépasser au final. Anne Kessler est, une fois de plus,  remarquable de justesse. Le ton posé mais ferme dans les premières scènes, elle laisse éclater fureur, rage et sanglots par la suite. Face à elle, Michel Vuillermoz est tout aussi excellent. 

La mise en scène d'Arnaud Desplechin nous séduit. Il parvient à créer une atmosphère étouffante. Un huis-clos, dans une bibliothèque aux rayonnages chargés, où tout semble n'être que souffrance. On ressent physiquement un sentiment d'oppression, renforcé par une bande son très travaillée, avec en permanence une musique en sourdine permanente. On aura tout de même eu du mal, les premières minutes, à supporter un bourdonnement discret mais continu. Qu'importe ce détail, ce Père ouvre superbement la saison salle Richelieu

Père d'August Strindberg, texte français Arthur Adamov, mise en scène Arnaud Desplechin. Avec la troupe de la Comédie-Française : Martine Chevallier, Thierry Hancisse, Anne Kessler, Alexandre Pavloff, Michel Vuillermoz, Pierre Louis-Calixte, Claire de La Rüe du Can et Laurent Robert (élève-comédien). A la Comédie-Française, salle Richelieu, jusqu'au 4 janvier 2016 (en alternance). 
Réservations au 01 44 58 15 15 Durée : 1h55.

Comme une pierre qui ... / Sébastien Pouderoux et Marie Rémond / Studio Théâtre de la Comédie-Française

"Préférez-vous les chansons
qui délivrent un message subtil ou évident?
"

A la Comédie-Française, la saison s'ouvre de façon très rock -faut-il y voir un signe de la part du nouvel administrateur ? - avec Comme une pierre qui ... au Studio-Théâtre. Un spectacle atypique mais ô combien réussi, signé Marie Rémond et Sébastien PouderouxLe pensionnaire du Français et sa complice ont fait le pari fou de reconstituer l'enregistrement de la chanson de Bob Dylan Like a rolling stone. 

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New-York, 1965, studio de la Columbia. Une page de l'histoire du rock est en train de s'écrire mais eux ne le savent pas encore. Autour de Bob Dylan (Sébastien Pouderoux), sont réunis le guitariste Mike Bloomfield (Stéphane Varupenne), Bobby Gregg (Gabriel Tur) à la batterie et Paul Griffin (Hugues Duchêne) au piano. A ce trio, il faut ajouter Al Kooper (Christophe Montenez). Le jeune guitariste, alors inconnu, s'incruste dans le groupe et hérite pour la peine de l'orgue. Depuis la régie du Studio-Théâtre, Gilles David, dans le rôle du producteur, dirige cet enregistrement. 

D'entrée de jeu, on se dit que l'entreprise semble bien compromise : Bloomfield tente, tant bien que mal, de faire jouer tout le monde ensemble, entre un Dylan mutique, un Bobby Gregg qui se fait plaquer par sa femme pendant la session et un Paul Griffin qui claque la porte face à tant de désorganisation. Le succès finalement, ça tient à quoi ? Plus qu'une reconstitution "historique", c'est une plongée dans les secrets de la création artistique que nous proposent Marie Rémond et Sébastien Pouderoux.  

Les cinq comédiens sur scène nous bluffent tout d'abord par leurs compétences musicales : je ne suis pas une grande mélomane mais leur prestation est totalement crédible. Côté interprétation, on est, comme souvent avec cette troupe, comblé. Sébastien Pouderoux est magistral dans le rôle de Dylan, loin d'une pâle imitation, il incarne le personnage dans sa complexité et confirme tout le bien qu'on pensait déjà de lui. Christophe Montenez, lui, nous fait découvrir son talent comique dans ce rôle de jeune musicien gauche et intimidé. Le voir jouer de l'orgue en ouvrant grand la bouche à chaque accord est juste hilarant.

Ce spectacle est une pépite, plein de finesse et d'humour et n'a qu'un seul défaut : être bien trop court ! Au bout d'une heure, on a envie de réclamer un "bis".

Comme une pierre qui ... d’après le livre de Greil Marcus "Like a Rolling Stone, Bob Dylan à la croisée des chemins", sur une idée originale de Marie Rémond, adaptation et mise en scène Marie Rémond et Sébastien Pouderoux.  Avec Gilles David, Stéphane Varupenne, Sébastien Pouderoux, Christophe Montenez, Gabriel Tur et  Hugues Duchêne (élève-comédien). Au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du mercredi au dimanche à 18h30, jusqu'au 25 octobre 2015. Durée : 1h10.

15 septembre 2015

"Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit" de Mark Haddon / Philippe Adrien / Théâtre de la Tempête

"Et c'est même devenu une pièce de théâtre !"

Au Théâtre de la Tempête, cette année encore, c'est le directeur des lieux qui ouvre la saison : Philippe Adrien met en scène Le Bizarre incident du chien pendant la nuit. Une pièce adaptée du roman de Mark Haddon qui triomphe à Londres depuis plusieurs années. Et sa traduction française sera, on en prend le pari, également un succès !

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Photo  Antonia Bozzi

Le bizarre incident dont il est question, c'est le meurtre sauvage de Wellington, le chien de madame  Shears, tué d'un coup de fourche. Surpris sur les lieux, Christopher est un jeune autiste de 15 ans. Il n'est pas coupable et entend bien trouver le responsable de ce geste. En menant ses investigations, dans la grande tradition des enquêteurs britanniques, l'adolescent va découvrir bien plus que le meurtrier de Wellington.

Christopher, c'est Pierre Lefebvre. Le comédien est le fils de Philippe Adrien et on l'a vu grandir professionnellement sur scène, du rôle de garçon d'étage dans Le Dindon en passant par celui d'Horace dans L'Ecole des femmes ou encore l'année dernière dans La Grande nouvelleIl atteint dans ce rôle de jeune autiste les sommets, restituant avec beaucoup de réalisme la gestuelle et le comportement induits par cette maladie. 

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Photo : Antonia Bozzi

La mise en scène de Philippe Adrien restitue elle aussi parfaitement le monde tel que le perçoit Christopher : personnages qui se déplacent dans une étrange chorégraphie, sons distordus, lumières oscillantes. Un extérieur déboussolant et de facto hostile que Christopher surmontera pour parvenir à ses fins.

C'est à la fois drôle et émouvant, sans aucun pathos. On se laisse totalement prendre par l'intrigue et par cette forme de narration si particulière : Christopher a écrit l'histoire sous forme de roman que son éducatrice lit à voix haute ; roman qui devient lui même une pièce de théâtre jouée devant nous. D'un bout à l'autre ce Bizarre incident du chien pendant la nuit est une réussite. Un vrai coup de cœur à partager ! 

Le Bizarre incident du chien pendant la nuit d'après le roman de Mark Haddon, adaptation Simon Stephens, mise en scène Philippe Adrien (texte français Dominique Hollier). Avec Pierre Lefebvre,  Juliette Poissonnier, Sébastien Bravard, Nathalie Vairac, Bernadette Le Saché, Mireille Roussel, Laurent Montel, Laurent Ménoret, Tadié Tuéné. Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), du mardi au samedi 20h, dimanche 16h, jusqu'au 18 octobre 2015. Réservations au 01 43 28 36 36. 

Durée : 2h15