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14 novembre 2015

Et Demain ?

Se repasser les images de la soirée. Celles vues à la télé mais aussi celles vécues. Une soirée au théâtre comme si souvent. Un verre avec un ami avant. Rire, parler des pièces qu'on a vues, de celles qu'on ira voir. La représentation réussie, l'émotion procurée par ce si beau spectacle ...

Apprendre la nouvelle en sortant. Céder un peu à la panique, rentrer chez soi, se dire qu'on ne veut plus sortir, qu'on va quitter Paris. Envie de se blottir contre son enfant, de rester là dans sa chambre à l'abri au milieu des peluches pour toujours.

Se réveiller après quelques heures de sommeil seulement. Lancer une machine, couper les ongles de l'enfant ... Gestes du quotidien pour reprendre le cours normal de la vie. Réfléchir en se lavant les cheveux. S'être demandé si souvent quelle aurait été notre réaction face à la barbarie.

Se rendre compte que le choix est là à présent. Pas en cachant des enfants ou en prenant le maquis. Juste en continuant à aller au théâtre. Un résistance passive, un NON clair à ceux qui veulent qu'on se terre comme des cloportes.

Chercher les issues possibles des yeux au départ, peut-être, mais rester assis dans son fauteuil sans fuir. Dérisoire ? Sans doute mais la meilleure façon pour notre civilisation de rester debout, sans céder à la haine mais en préservant nos piliers que sont la culture et l'ouverture aux autres.

Alors oui, dès demain je reprendrai ma plume pour vous parler d'Eugénie au théâtre du Rond Point. Demain seulement car aujourd'hui, les sanglots sont encore trop près pour écrire. 

13 novembre 2015

Benjamin Walter de Frédéric Sonntag / Théâtre de Vanves et tournée

"Vous googlerez Benjamin Walter !"

Après son intrigant George Kaplan, Frédéric Sonntag se lance sur la piste d'un personnage tout aussi mystérieux pour cette nouvelle pièce : Benjamin Walter est à découvrir jusqu'à demain, samedi 14 novembre, au Théâtre de Vanves puis en tournée.

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Mais qui est Benjamin Walter ? Un auteur trentenaire, dramaturge et parolier. Vous n'en avez jamais entendu parler ? Pourtant il semble bel et bien exister tant les détails apportés sur sa vie, sur son œuvre sont précis et circonstanciés ... Ce fameux Benjamin Walter s'est évanoui dans la nature, laissant ses proches sans nouvelles. Frédéric Sonntag entreprend de partir à sa recherche à travers l'Europe et décide de faire de son enquête un documentaire de théâtre. D'Helsinki à Bilbao en passant par Prague, Sonntag suit les traces laissés par Benjamin Walter tandis qu'à Paris, sa troupe commence à créer un spectacle sur la fuite de cet auteur à partir des éléments trouvés.

La mise en abîme est bien trouvée : créer un spectacle à partir de la création d'un spectacle sur un auteur imaginaire disparu alors qu'il s'était lancé sur la piste d'auteurs réels, en vrac : Brecht, Kafka, Baudelaire. On est troublé : les comédiens jouent leur propre rôle (et incarnent à tour de rôle celui de Frédéric Sonntag), la réalité se mêle à la fiction sans que l'on ne sache plus ce qui est vrai et ce qui est faux. Dans son enquête, Frédéric Sonntag interroge ceux qui ont croisé Benjamin Walter au travers de l'Europe. Leurs interviews projetées en vidéo et en langue originale renforcent l'impression de véracité, tout comme ces photos prises au long du périple.

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On retrouve aussi ce qui nous avait séduit dans George Kaplan : le don de Frédéric Sonntag pour restituer avec un grand réalisme les discussions au sein d'un groupe en train d'élaborer un projet. Comment les voix dissonantes se font entendre dans un collectif, comment des idées farfelues peuvent s'exprimer, comment naît et évolue la discussion. Cet aspect-là de son œuvre me fascine.

La construction de la pièce n'est pas sans rappeler celle du Porteur d'histoire ou du Cercle des illusionnistes d'Alexis Michalik : on est sur la piste de quelqu'un, lui même sur la piste de personnages historiques, les scènes sont comme des poupées gigognes. Mais là où Michalik faisait appel à des notions grand public, Sonntag cite des références extrêmement littéraires, Brecht et Kafka, nous le disions plus haut, mais aussi Deleuze, cité à tout va jusqu'à l'autodérision.

Cette quête mènera-t-elle quelque part ? Est-il au final important de retrouver Benjamin Walter ou bien s'agit-il simplement de se perdre soi-même sur sa piste pour mieux se retrouver ? On est pris comme dans un tourbillon. On perd même un peu pied, d'autant que le spectacle est très (trop ?) long ? L'effort demandé aux spectateurs pour suivre ce fil d'Ariane est important, tous ne pourront à mon avis pas s'y plier ... Benjamin Walter est ainsi une construction intellectuelle formidable, mais une pièce qui ravira plutôt un public averti.

Benjamin Walter, texte et mise en scène Frédéric Sonntag. Avec Simon Bellouard, Marc Berman, Amandine Dewasmes, Clovis Guerrin, Paul Levis, Lisa Sans, Jérémie Sonntag, Fleur Sulmont, Emmanuel Vérité. Jusqu'au 14 novembre 2015 au Théâtre de Vanves (92)

Puis en tournée :
Les 21 et 22 novembre 2015 : La Ferme du Buisson - Scène nationale de Marne-la-Vallée Noisiel (77)
Les 09 et 10 décembre 2015 : le Grand R - Scène nationale de la Roche-sur-Yon (85)
Le 12 janvier 2016 : Le Prisme - Saint-Quentin-en-Yvelines, Élancourt (78)
Le 15 janvier 2016 : Théâtre Paul Eluard - Scène conventionnée de Choisy-le-Roi - Scène conventionnée (94)

22 octobre 2015

Espace vital d'Israel Horovitz / Compagnie Hercub' / Théâtre du Lucernaire

"L'art n'apporte pas de réponse"

Espace Vital : l'expression rappelle les heures les plus sombres de l'histoire de l'Allemagne. C'est aussi le titre d'une pièce d'Israël Horovitz que la  Compagnie Hercub met en scène et interprète avec brio au Théâtre du Lucernaire.

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Photo DR

Le dramaturge américain imagine un chancelier allemand lançant un appel aux juifs du monde entier. L'idée : que tous viennent se réinstaller dans son pays. Une politique volontariste visant à laver définitivement la honte collective supportée par le peuple allemand depuis la Shoah. L'initiative est saugrenue mais son appel reçoit une réponse massive et se heurte rapidement à la réalité : comment accueillir six millions de nouveaux habitants dans un pays occidental rongé par le chômage et les difficultés de logement?

A partir d'une multitude de scènes et tout autant de personnages, la pièce évoque les réactions en chaîne, les conséquences de cette décision politique. La stupeur des intellectuels d'abord, la réaction des médias, les premiers heurts au sein de la population ensuite. Elle décrit aussi les avis divergents au sein de la communauté juive : de la famille américaine qui voit dans ce déménagement un nouveau départ, aux juifs israéliens qui craignent que cela cache autre chose en passant par le survivant des camps, réfugié en Australie, qui veut revenir sur les traces de son enfance. Elle montre aussi les réactions diverses des Allemands, entre ceux qui veulent accueillir et ceux qui plonge dans l'antisemitisme.

La mise en scène est fort habile : les trois comédiens incarnent une cinquantaine de personnages, chacun caractérisé par un accessoire, un vêtement mais surtout un phrasé, un accent. Certains ne font que passer, d'autres sont les personnages récurrents de ce récit à épisodes. On finit par s'attacher à eux. Même si l'on rit un peu au cours de ce récit, la fin ne sera pas vraiment heureuse, on le pressent dès les premières minutes. Cette fable trouve en outre un écho particulier, à l'heure où l'Europe tente d'accueillir au mieux des réfugiés. Beaucoup de dialogues de cette pièce semblent ainsi désagréablement familiers à nos oreilles, des discours de haine qui dépassent la fiction. En cela Espace Vital  nous apprend beaucoup la société telle qu'elle est et telle que nous la souhaiterions.  

Espace vital (Lebensraum) d'Israël Horovitz, adaptation, mise en scène et interprétation Compagnie Hercub' : Michel Burstin, Bruno Rochette et Sylvie Rolland. Au Théâtre du Lucernaire, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h, jusqu'au 29 novembre 2015. Réservations 01 45 44 57 34
Durée : 1h30