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09 juillet 2011

Festival d'Avignon : "Vous plaisantez, Monsieur Tanner" au Cabestan

"Les gens du bâtiment sous tous fous,
il faut le savoir, vraiment tous fous !"

J'avais adoré le livre de Jean-Paul Dubois, m'était marrée devant le film alors je n'ai pas résisté à l'envie d'aller voir la pièce, adaptée et mise en scène par David Teysseyre.

Qui a un jour eu à réaliser quelques petits travaux chez lui, sait quel stress et quelle folle aventure c'est. Alors, quand comme Monsieur Tanner on a une énorme et vieille bâtisse à retaper entièrement, le cauchemar commence ...

vous plaisanter monsieur tanner,cabestan,avignon,david teysseyre,jean-paul dubois,roch-antoine albaladejoPour cette adaptation, Roch-Antoine Albaladéjo est seul en scène, campant Monsieur Tanner mais aussi tous les autres personnages, ouvriers se succédant sur le chantier en véritable armée de l'apocalypse.

"Les jours suivants se présentèrent toutes sortes de maîtres d'oeuvre, maquereaux aux spécialisations variées, souvent plus habiles à faire valser les chiffres que la truelle" nous explique Monsieur Tanner, perdu au milieu d'un bric-à-brac de tuyaux, de planches mal fixées et d'interrupteurs pendants au bout de fils électriques.

Les ouvriers se succèdent donc et l'acteur passe avec une facilité déconcertante d'un accent à un autre, modifiant aussi sa gestuelle. C'est à chaque fois un personnage différent que l'on voit sur scène : Sandre et Kantor, les couvreurs incompétents, Siegfried et Roy, les installateurs de panneaux solaires gay ... Et nous on rit franchement !

Le décor est savamment utilisé - la pomme de douche devient téléphone (avec ou sans fil en démontant le flexible !) - et les éclairages soignés (une multiplicité de combinaison dans un espace réduit).

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Un regret toutefois : avec un seul comédien en scène, on perd l'effet comique de la réaction de Monsieur Tanner face à ces huluberlus (dans le film, la mine perplexe ou désabusée de Jean-Paul Rouve renforçait le côté hilarant de la situation).

"Vous plaisantez, Monsieur Tanner" de David Teysseyre, avec Roch-Antoine Albaladéjo. Au théâtre du Cabestan à Avignon, jusqu'au 31 juillet. Réservations au 04 90 86 11 74

Festival d'Avignon : Arthur Nauzyciel et "Jan Karski (Mon nom est une fiction)"

"Cela ébranlera peut-être
la conscience du monde"

Je ne vais pas tourner autour du pot et attendre le 4eme paragraphe de ce billet pour vous dire que j'ai été fort déçue par ce spectacle. Contrairement à mon credo habituel (je ne parle que de ce que j'ai aimé), je m'exprime tout de même sur cette pièce pour vous expliquer pourquoi ma déception est si grande.

D'abord, il y a dans le sujet initial, une formidable histoire à raconter : Jan Karski était un résistant polonais qui, ayant eu connaissance de ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie et dans les camps de concentration, tenta de convaincre l'occident, dès 1942, de la réalité du génocide. Mais ce fut en vain : ni les Britanniques ni les Américains ne prirent, à ce moment-là, la mesure de ce qui se passait là-bas ...

Le texte ensuite, tiré du roman de Yannick Haenel, est magnifique, bouleversant. Mais alors, me direz-vous, qu'est ce qui cloche dans cette pièce ? La forme.

La pièce reprend le même découpage que le roman de Yannick Haenel : trois parties. La première est la description du récit que Jan Karski fit devant la caméra de Claude Lanzmann dans Shoah. C'est Arthur Nauzyciel lui-même qui nous relate cette interview. La seconde, un résumé du livre écrit par Jan Karski - où il relate à peu près les évènements de la même manière - est présentée sous forme d'une vidéo sur laquelle défile une carte du ghetto de Varsovie tandis que résonne la voix de Marthe Keller dans les hauts-parleurs. La troisième partie enfin, où Jan Karski (interprêté par Laurent Poitrenaux) apparaît. Il est seul, dans un corridor qui pourrait être celui d'une salle de concert (on entend de la musique et des applaudissements au loin). Un grand espace magnifique, tout en courbe. Jan Karski, tel un procureur, plein d'exaltation, nous raconte ses terreurs nocturnes, son indignation face à l'immobilisme des alliés, ses difficultés pour vivre normalement après cela ...

Pour être très concrête, cela nous donne un monologue de trois quarts d'heure d'Arthur Nauzyciel (jusque là, tout va bien, je suis restée suspendue à ses lèvres) se concluant par un numéro de claquettes (oui, oui des claquettes !) ; suivi d'une demi-heure de vidéo faisant vraiment très mal aux yeux, avec commentaire enregistré (pour moi, le théâtre c'est du spectacle VIVANT donc là, j'ai commencé à me sentir un peu flouée) et enfin le monologue de Laurent Poitrenaux poignant certes, mais durant 1h30 !!! Puis, en guise de final, l'arrivée d'une danseuse (Alexandra Gilbert), poupée desarticulée aux spasmes d'agonie (techniquement impressionnant). Deux heures quarante au total (alors que le programme annonçait deux heures).

Je pose donc la question : à qui s'adresse un tel spectacle ? Que celui qui peut me jurer qu'il n'a décroché à aucun moment lève la main ! J'ai perdu le fil à plusieurs reprises, contemplé mes voisins : autour de moi, beaucoup de personnes se sont assoupies voire carrément endormies. Un beau gâchis à mon sens : car le récit de Jan Karski, en étant plus condensé, n'aurait eu que plus de force je crois ! Il y avait là de quoi faire un magnifique spectacle grand public (mais je suis peut-être en train de dire un gros mot !) Les applaudissements furent cependant nourris, certains crièrent même "Bravo". Moi je suis restée dubitative : est-ce que je ne comprends rien au théâtre ou bien est-ce du "chiqué" que de crier au génie devant un tel spectacle ?

08 juillet 2011

Festival d'Avignon : Jean-Paul Farré revisite les "Mémoires d'Outre-Tombe" de Chateaubriand

"Les rois n'ont pas de mémoire"

Condenser les 3600 pages des Mémoires d'Outre-Tombe en un spectacle d'une heure quinze : voilà le tour de force que propose Jean-Paul Farré au Chêne noir dans le cadre du festival off d'Avignon. "Soit 1% de l'oeuvre" résume le comédien à l'issue de la représentation.

festival d'avignon off,jean-paul farré,jean-luc tardieu,theatre du chene noir,chateaubriand,memoires d'outre-tombePendant une heure et quart donc, Jean-Paul Farré campe un Chateaubriand vieillissant et désabusé, en robe de chambre et charentaises, au milieu d'une bibliothèque qu'il faut quitter. Déchu, l'auteur de Génie du Christianisme et d'Atala, se voit contraint de réduire son train de vie et de vendre sa propriété. La cause de cette déchéance ? Avoir déplu aux puissants, qu'il égratigne alègrement au cours de ce monologue : Napoléon, Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe. Chateaubriand les a tous côtoyés de près et nous peint ici un tableau impitoyable de cette époque.

Au delà du formidable travail d'adaptation, Jean-Paul Farré se glisse parfaitement dans la peau de l'écrivain, partagé entre l'amertume et la fierté d'être resté fidèle à ses convictions. La mise en scène, signée Jean-Luc Tardieu (à qui ont doit notamment Cocteau-Marais ou encore A la recherche du temps Charlus au Studio Théâtre de la Comédie-Française) est suffisamment sombre pour nous laisser pleinement savourer le texte.

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Un spectacle que l'on découvre avec plaisir, que l'on ait lu ou non les Mémoires d'Outre-tombe. Si, sans quelques connaissances historiques, on se perd un peu dans les méandres politiques du 19eme siècle, la relation ambigüe entre intellectuels et pouvoir reste, elle, intemporelle.

Mémoires d'Outre-Tombe d'après Chateaubriand, avec (et sur une idée de) Jean-Paul Farré, mise en scène de Jean-Luc Tardieu, Théâtre du Chêne Noir à Avignon, jusqu'au 29 juillet à 17h30.
Réservation : 04 90 86 58 11