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29 mars 2011

"A deux lits du délit" au Théâtre de la Michodière

"C'est chouette, c'est top, je kiffe !"

Si vous aimez le théâtre de boulevard, les portes qui claquent, les gros quiproquos, les chassés-croisés amoureux, les maris cocus, les épouses infidèles (et inversement), les pièces que  l'ont qualifient de "sex comedy" ... alors courez voir A deux lits du délits au Théâtre de la Michodière. Et si vous n'aimez pas ça, allez-y quand même car c'est rudement bien.

La pièce est mise en scène par Jean-Luc Moreau. Comment présenter Jean-Luc Moreau en quelques mots pour ceux qui ne le connaîtraient pas ? Disons que l'homme est un boulimique de théâtre - chaque année il signe plusieurs mises en scène, 7 cette saison à l'affiche - et qu'il peut aussi bien s'illustrer dans des pièces d'actualité (Parce que je la vole bien de Ruquier en ce moment au théâtre St Georges) que dans du classique.

L'accent est mis, dès l'affiche, sur Arthur Jugnot. Et c'est une bonne chose. Dans le rôle d'un hôtelier  par intérim, il excelle à essayer de sauver la mise à deux couples illégitimes qui se retrouvent en même temps dans cet hôtel paumé. Vous l'aurez compris sans peine : chacune des moitiés de ces couples illégitimes forme un couple légitime avec une moitié de l'autre couple. Vous suivez ?  En tout cas, l'effet comique est garanti!

Aux côtés de Jugnot junior, on retrouve Garnier et Sentou. Un duo dont le  ressort réside dans les différences physique des deux comédiens (Garnier c'est le grand un peu rigide, Sentou le petit au corps en caoutchouc). Et ce ressort là est parfaitement utilisé dans l'intrigue. Les demoiselles ne sont pas en reste, vamps à mort, Emile Caen et Juliette Meyniac font tourner la tête à ces trois messieurs. Le rythme est intense, pas un seul temps mort, ça court dans tout les sens !

Disons le franchement, on comprend dès le début comment tout cela va se terminer. Mais on n'est là ni pour le suspense, ni pour réfléchir, juste pour se tenir les côtes toute la soirée. Et le deal est respecté.

La pièce se joue depuis de longs mois et ne désemplit pas. Elle ne devrait cependant pas être reprise à Paris à la rentrée mais une tournée est prévue à partir de janvier 2012.

 

À deux lits du délit de Derek Benfield, mise en scène de Jean-Luc Moreau, avec Arthur Jugnot, Cyril Garnier, Guillaume Sentou, Émilie Caen, Juliette Meyniac. Théâtre de la Michodière. Réservations : 01 47 42 95 22


BONUS : Par un parfait hasard de calendrier, j'ai filmé très récemment Arthur Jugnot pour une interview "face au miroir" diffusée sur France 3 Ile-de-France. Le comédien met en ce moment en scène la pièce Le carton au Palais des glaces. Les extraits qui émaillent l'interview sont donc tirés de A deux lits du délit (avec Mathilde Penin et non Emilie Caen lors de la captation) et du Carton.




 


24 mars 2011

"Pour l'amour de Gérard Philippe" au Théâtre La Bruyère

"Un nom craché aux étoiles à jamais"

Hier soir, au théâtre La Bruyère, à chaque fois que Sophie Artur entrait en scène,  je m'attendais à voir arriver Rosy Varte et Marthe Villalonga dans sa foulée. Les trois quarts d'entre vous trouverons cela saugrenu mais quelques-uns auront peut-être les mêmes réminiscences  : Sophie Artur, c'est avant tout pour moi Caro dans la série culte des années 80 Maguy. On a les références - et les madeleines de Proust - qu'on peut... Alors hier, installée dans un fauteuil de théâtre devant Pour l'amour de Gérard Philippe, c'était un peu comme si j'étais chez ma grand-mère en train de regarder la télé en mangeant une soupe de pâtes (c'est justement d'avoir le droit de manger devant la télé qui rendait la soupe de pâtes de Mamie bien meilleure que celle de ma mère !)

De souvenirs et de réminiscences, il en est aussi question dans la pièce écrite et mise en scène par Pierre Notte. Une certaine nostalgie sous  forme d'archives audio qui émaillent le récit. Fidel à Cuba, le premier homme sur la lune et bien sûr la mort de Gérard Philippe. Un acteur  que la femme interprêtée par Sophie Artur adule au point d'épouser un Monsieur Gérard et d'appeler son fils Philippe. Un enfant pas tout à fait parfait - il ne possède qu'un seul doigt à chaque main - mais qui doit devenir quelqu'un, à coup sûr, selon sa mère. Pour fuir la pression maternelle, l'enfant devenu adulte trouve refuge dans un cirque où il parvient à apprivoiser une ourse réputée tueuse...

Mais dans la pièce, l'intrigue semble finalement assez secondaire. C'est le texte qui importe le plus. Un texte ciselé, des répliques qui font mouche ... mais récitées à la cadence d'une mitraillette par tous les acteurs (probablement une indication de jeu, mais dans quel but ?). Les acteurs justement: pour la promo, l'accent est mis sur Raphaël (le chanteur) et Emma de Caunes, mais ce ne sont finalement pas eu que l'on retient le plus après le spectacle (j'irai même jusqu'à dire que Raphaël est presque transparent). Outre Sophie Artur, déjà citée, Bernard Alane et Romain Apelbaum nous offrent un jeu bien plus drôle et plus intéressant à mon sens.

 

Pour l'amour de Gérard Philippe, écrit et mis en scène par Pierre Notte, avec Bernard Alane, Romain Apelbaum, Sophie Artur, Emma de Caunes, Raphael. Du mardi au Samedi au Théâtre La Bruyère Réservations : 01 48 74 76 99

20 mars 2011

"Othello" mis en scène par Ostermeier à Sceaux

"Was sagst du da? "

Quand je me suis aperçue de ma boulette, j'ai failli renoncer. Quelle boulette ? Acheter des places de théâtre et découvrir, après coup, que la pièce est en allemand, surtitrée en français... Certains rigolent encore après avoir vu ma tête lorsque je me suis rendue compte de la méprise !

Mais comme Thomas Ostermeier a la réputation d'être un grand metteur en scène et que l'histoire d'Othello est archi-connue, je me suis dit que j'arriverai bien à suivre l'intrigue, malgré le désagrément de lever les yeux vers les surtitres tout en continuant à regarder ce qui se passe sur le plateau.

Avant de vous décrire cette fabuleuse mise en scène, petit rappel pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler d'Othello. La pièce a été écrite par Shakespeare en 1604. L'histoire débute à Venise. Othello, chef militaire, est promu général. Il choisit alors comme lieutenant Cassio, au détriment de Iago, son fidèle serviteur. Celui-ci met alors tout en oeuvre pour se venger. Il parvient à convaincre Othello que sa jeune épouse, Desdémone, a succombé à Cassio.

Le personnage central de cette oeuvre, c'est la jalousie. La jalousie de Iago envers la promotion de Cassio, une jalousie que Iago réussit à instiller dans les veines d'Othello, jusqu'à l'autodestruction ... La pièce évoque aussi le racisme : Othello est un Maure et l'union de cet homme noir - fut-il un grand soldat - avec la blanche Desdémone secoue la société entière.

Thomas Ostermeier, co-directeur de la Schaubühne am Lehniner Platz, une des plus grande salle de théâtre de Berlin, a déjà réalisé plusieurs mise en scène pour le festival d'Avignon, notamment Hamlet en 2008. Et Shakespeare sied à merveille à ce metteur en scène.

En pénétrant dans la salle, j'ai immédiatement remarqué le sol de la scène : une surface noire à l'effet miroir. J'ai d'abord pensé que le plateau avait été recouvert d'une sorte de résine voire d'une plaque de verre... Mais lorsque les comédiens - et les musiciens, car la bande-son du spectacle est jouée en live - sont entrés en  scène, un murmure a parcouru la salle : c'est de l'eau qui recouvre le sol !!! De l'eau noire dans laquelle les comédiens pataugent jusqu'aux chevilles, n'hésitant pas à se jeter au sol et finir ainsi tremper des pieds à la tête. Au bord de la scène, une fosse où se noyer, plonger ... Et des éclaboussures de cette eau noire qui semble si lourde, qui pèse sur les âmes comme les vêtements trempés pèsent sur les épaules des interprètes. Au gré de l'intrigue, cette eau s'éloigne et revient, en flux et reflux, telle une marée.

Et l'interprétation dans tout ça ? Les comédiens semblent vraiment jouer avec leurs tripes, parviennent à nous émouvoir mais la barrière de la langue ne permet tout de même pas de saisir les nuances, les intonations sur tel ou tel mot.

J'ai finalement bien fait de ne pas renoncer : même si cela fut un peu fastidieux de lire les dialogues pendant 2h40, cette mise en scène là méritait bien cet effort.

 

Othello de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier. Les Gémeaux, Scène nationale, à Sceaux (92) jusqu'au 27 mars 2011. Réservations : 01 46 61 36 67