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06 juillet 2011

Festival d'Avignon : "Le Suicidé" de Nicolaï Erdman mis en scène par Patrick Pineau à la Carrière de Boulbon

"Ce qu'un vivant peut penser,
seul un mort peut le dire"

Vous avez déjà pu voir sur ce blog, un reportage sur la dernière répétition à Bobigny de la pièce Le Suicidé de Nicolaï Erdman, avant la venue de toute la troupe, Patrick Pineau et Anne Alvaro en tête, au Festival d'Avignon.

10 jours et 710 km plus tard (et pas mal de degrés supplémentaires aussi), me voici dans la Carrière de Boulbon pour enfin voir la pièce, en entier et en costume cette fois, lors de la générale. C'était hier soir. Une soirée superbe, en plein air, au son des grillons. Quoi de mieux pour commencer les vacances ?

La Carrière de Boulbon, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c'est une des plus grandes scènes du Festival In (environ 1200 places), située dans un village à une quinzaine de kilomètres d'Avignon. C'est là que Peter Brook créa il y a 26 ans son Mahabharata.

Hier soir, ce n'est pas en Inde mais en Russie que Patrick Pineau nous a entrainés. Ou plus précisément en URSS. Le Suicidé de Nicolaï Erdman fut écrit en 1929. Rapidement censurée, cette pièce valut à son auteur de multiples déboires et ennuis ... Car cette farce - contrairement à ce que laisse présager le titre, la pièce est hilarante - est des plus subversives : c'est une véritable critique de la Russie soviétique.

Une intrigue qui démarre de façon très triviale : en pleine nuit, un homme a envie de saucisson et réveille madame pour cela. Lui est chômeur, elle nourrit la famille et estime avoir le droit de dormir tranquille. C'est cette petite réflexion qui fait prendre la mouche à l'époux affamé. Excédé, il quitte le lit conjugal ... laissant  sur place une épouse paniquée, persuadée qu'il veut en finir. On rameute alors le voisinage et chacun met son grain de sel dans ce prétendu suicide. Quitte à se suicider, autant le faire pour une grande cause ! Le communisme, la religion, le romantisme ... tous les idéologues se précipitent à sa porte tels des VRP.


Au milieu de tout de charivari, Sémione Sémionovitch Podsékalnikov, pseudo-suicidaire, perd un peu pied et se laisse convaincre que, finalement, un suicide est une belle fin. Patrick Pineau, metteur en scène de la pièce, incarne lui-même ce rôle. On a peine à croire qu'endosser cet habit fut pour lui une solution de secours tant il y excelle, notamment dans les scènes comiques. Fabuleux passages où le héros veut apprendre à jouer de l'hélicon pour faire fortune ou fracasse la vaisselle au sol et perd les pédales quand son épouse fait de même. A ses côtés, Sylvie Orcier joue l'épouse accablé par le comportement de son mari et Anne Alvaro la belle-mère bigote. Impossible de citer tous les comédiens présents sur scène - une quinzaine au total - mais aucun ne dénote dans cette distribution où chaque personnage est une touche colorée dans cette peinture de la Russie stalinienne.

Une pièce très distrayante donc, mais qui nous fait aussi toucher du doigt, par le biais de ce comique un peu absurde, ce qu'était la vie à cette époque. Le décor nous  révèle l'exiguité des appartements communautaires, les conversations entre les personnages nous renvoient sans cesse la peur du goulag pour un mot de trop. 

Et si vous êtes vraiment trop loin d'Avignon, sachez que la pièce sera diffusée sur Arte le 10 juillet. Une tournée est ensuite prévue avec 70 représentations à travers la France (Lyon, Bobigny, Sénart, Chambéry,...) au cours de la saison 2011-2012. Vous n'avez donc plus aucune excuse : passer à côté serait vraiment y mettre de la mauvaise volonté !

 

28 juin 2011

"Le Suicidé" mis en scène par Patrick Pineau : dernière répétition avant le départ pour Avignon

Voici la vidéo de la dernière répétition à Bobigny de la pièce Le Suicidé de Nicolaï Erdman, mis en scène par Patrick Pineau, avec notamment Anne Alvaro. Une pièce qui sera jouée, du 6 au 15 juillet, à la Carrière de Boulbon dans le cadre du Festival d'Avignon (IN).

J'espère vous reparler très vite de ce spectacle dont je n'ai vu pour l'instant qu'un morceau de l'Acte III, en répétition et sans les costumes.



18 juin 2011

"Et sous le Portrait de Molière,… un gobelet en plastique" : visite théâtralisée de la Comédie-Française

"Si vous avez aimé cette visite,
écrivez à Madame Mouillette
comme ça je garderai ma place."

Si vous rechercher une visite très conventionnelle de la Comédie-Française, pour devenir incollable sur chaque tableau qui orne ses murs ou sur chaque événement qui survinrent dans cette très vieille institution au fil des siècles, oubliez tout de suite cette visite théâtralisée*.

En revanche, si vous voulez passer deux heures inoubliables avec Nicolas Lormeau (pardon : son "cousin" Fabrice, très peu au fait de l'histoire des lieux mais pistonné pour occuper ce poste) et écouter des anecdotes (vraies ou fausses ?) sur les coulisses de cette maison, alors achetez votre billet dès maintenant ! Car cette visite théâtralisée est un petit joyau dont la valeur est aussi liée à la rareté : quelques visites chaque année et seulement une dizaine de spectateurs à chaque fois.

Et sous le Portrait de Molière, … un gobelet en plastique. Tel est le titre de cette visite loufoque. Et qu'importe si la table où repose les gobelets en plastique dans la foyer des comédiens a été déplacée depuis... Méler des détails prosaïques et inutiles - "Ce lustre comporte 8 ampoules" - et des vraies infos sur les us et coutumes de la maison (ce qu'il advient lorsqu'un comédien "oublie" de venir jouer, comment travaillent les couturières et les tailleurs ...).

Fabrice, notre guide, sifflet de chef de gare à la bouche, nous accueille à l'entrée. "Avancez et attendez moi devant la statue de Talma. Talma, c'est le Monsieur assis là, tout nu, et qui donne l'impression de réfléchir." Et devant le mur où figurent les portraits de tous les comédiens de la troupe, chacun en prend pour son grade - sociétaire ou pensionnaire, pas de différence - ça tacle sévère sur les particularités physiques de chacun. 

Lors la découverte des loges des comédiens, notre guide farfelu se pose un peu pour nous expliquer, exemples en mains, comment sont fabriqués les costumes et les perruques. On peut alors tater les étoffes des modèles apportés voire même glisser une perruque et un chapeau sur sa tête (et c'est en voyant celui qui vous accompagne coiffé tel un mousquetaire qu'on regrette d'avoir laissé l'appareil photo à la maison).
Au passage, Fabrice nous fait remarquer que son costume est en fait une tenue de camouflage, de la même couleur que l'épaisse moquette qui recouvre le sol des couloirs. Effectivement, une fois allongé sur le sol, il pourrait passer inaperçu si ses mains ne dépassaient pas ! 

La scène phare de cette visite, c'est celle où Fabrice prend un malin plaisir à mimer Denis Podalydès. Grand amateur de foot, le comédien suit les  matches à la télé pendant les représentations, dans le foyer, en gardant l'oreille tendue vers le retour-son venant de la scène pour ne pas rater son entrée. On a alors l'impression de voir la scène pour de bon, d'être là avec les comédiens pendant la représentation.

On ressort de cette visite enchantés avec la sensation d'être un peu plus proches de tous ces comédiens que l'on voit sur scène tout au long de l'année. On a alors bien envie de prendre sa plume pour écrire à l'administratrice, Madame "Mouillette" comme l'appelle Fabrice, et de lui dire : "Très chère Madame Mouillette, gardez Fabrice pour les visites la saison prochaine et puis essayez aussi de donner un peu plus de grands rôles à son "cousin" Nicolas Lormeau."

* Des visites plus classiques sont également proposées.