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08 juillet 2011

Festival d'Avignon : Jean-Paul Farré revisite les "Mémoires d'Outre-Tombe" de Chateaubriand

"Les rois n'ont pas de mémoire"

Condenser les 3600 pages des Mémoires d'Outre-Tombe en un spectacle d'une heure quinze : voilà le tour de force que propose Jean-Paul Farré au Chêne noir dans le cadre du festival off d'Avignon. "Soit 1% de l'oeuvre" résume le comédien à l'issue de la représentation.

festival d'avignon off,jean-paul farré,jean-luc tardieu,theatre du chene noir,chateaubriand,memoires d'outre-tombePendant une heure et quart donc, Jean-Paul Farré campe un Chateaubriand vieillissant et désabusé, en robe de chambre et charentaises, au milieu d'une bibliothèque qu'il faut quitter. Déchu, l'auteur de Génie du Christianisme et d'Atala, se voit contraint de réduire son train de vie et de vendre sa propriété. La cause de cette déchéance ? Avoir déplu aux puissants, qu'il égratigne alègrement au cours de ce monologue : Napoléon, Louis XVIII, Charles X, Louis Philippe. Chateaubriand les a tous côtoyés de près et nous peint ici un tableau impitoyable de cette époque.

Au delà du formidable travail d'adaptation, Jean-Paul Farré se glisse parfaitement dans la peau de l'écrivain, partagé entre l'amertume et la fierté d'être resté fidèle à ses convictions. La mise en scène, signée Jean-Luc Tardieu (à qui ont doit notamment Cocteau-Marais ou encore A la recherche du temps Charlus au Studio Théâtre de la Comédie-Française) est suffisamment sombre pour nous laisser pleinement savourer le texte.

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Un spectacle que l'on découvre avec plaisir, que l'on ait lu ou non les Mémoires d'Outre-tombe. Si, sans quelques connaissances historiques, on se perd un peu dans les méandres politiques du 19eme siècle, la relation ambigüe entre intellectuels et pouvoir reste, elle, intemporelle.

Mémoires d'Outre-Tombe d'après Chateaubriand, avec (et sur une idée de) Jean-Paul Farré, mise en scène de Jean-Luc Tardieu, Théâtre du Chêne Noir à Avignon, jusqu'au 29 juillet à 17h30.
Réservation : 04 90 86 58 11

07 juillet 2011

Festival d'Avignon : Flânerie photographique dans les rues

Pas de compte-rendu de spectacle aujourd'hui mais un album photo. Il y a tant de choses à voir dans les rues d'Avignon que je voulais absolument partager cela avec ceux qui sont loin du chant des cigales.

Pour accéder à l'album, il faut juste cliquer sur la photo :

042.JPG

Demain, je vous parlerai de la pièce Mémoires d'Outre-Tombe avec Jean-Paul Farré (d'après Chateaubriand) que j'ai vu ce soir.

 

06 juillet 2011

Festival d'Avignon : "Le Suicidé" de Nicolaï Erdman mis en scène par Patrick Pineau à la Carrière de Boulbon

"Ce qu'un vivant peut penser,
seul un mort peut le dire"

Vous avez déjà pu voir sur ce blog, un reportage sur la dernière répétition à Bobigny de la pièce Le Suicidé de Nicolaï Erdman, avant la venue de toute la troupe, Patrick Pineau et Anne Alvaro en tête, au Festival d'Avignon.

10 jours et 710 km plus tard (et pas mal de degrés supplémentaires aussi), me voici dans la Carrière de Boulbon pour enfin voir la pièce, en entier et en costume cette fois, lors de la générale. C'était hier soir. Une soirée superbe, en plein air, au son des grillons. Quoi de mieux pour commencer les vacances ?

La Carrière de Boulbon, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c'est une des plus grandes scènes du Festival In (environ 1200 places), située dans un village à une quinzaine de kilomètres d'Avignon. C'est là que Peter Brook créa il y a 26 ans son Mahabharata.

Hier soir, ce n'est pas en Inde mais en Russie que Patrick Pineau nous a entrainés. Ou plus précisément en URSS. Le Suicidé de Nicolaï Erdman fut écrit en 1929. Rapidement censurée, cette pièce valut à son auteur de multiples déboires et ennuis ... Car cette farce - contrairement à ce que laisse présager le titre, la pièce est hilarante - est des plus subversives : c'est une véritable critique de la Russie soviétique.

Une intrigue qui démarre de façon très triviale : en pleine nuit, un homme a envie de saucisson et réveille madame pour cela. Lui est chômeur, elle nourrit la famille et estime avoir le droit de dormir tranquille. C'est cette petite réflexion qui fait prendre la mouche à l'époux affamé. Excédé, il quitte le lit conjugal ... laissant  sur place une épouse paniquée, persuadée qu'il veut en finir. On rameute alors le voisinage et chacun met son grain de sel dans ce prétendu suicide. Quitte à se suicider, autant le faire pour une grande cause ! Le communisme, la religion, le romantisme ... tous les idéologues se précipitent à sa porte tels des VRP.


Au milieu de tout de charivari, Sémione Sémionovitch Podsékalnikov, pseudo-suicidaire, perd un peu pied et se laisse convaincre que, finalement, un suicide est une belle fin. Patrick Pineau, metteur en scène de la pièce, incarne lui-même ce rôle. On a peine à croire qu'endosser cet habit fut pour lui une solution de secours tant il y excelle, notamment dans les scènes comiques. Fabuleux passages où le héros veut apprendre à jouer de l'hélicon pour faire fortune ou fracasse la vaisselle au sol et perd les pédales quand son épouse fait de même. A ses côtés, Sylvie Orcier joue l'épouse accablé par le comportement de son mari et Anne Alvaro la belle-mère bigote. Impossible de citer tous les comédiens présents sur scène - une quinzaine au total - mais aucun ne dénote dans cette distribution où chaque personnage est une touche colorée dans cette peinture de la Russie stalinienne.

Une pièce très distrayante donc, mais qui nous fait aussi toucher du doigt, par le biais de ce comique un peu absurde, ce qu'était la vie à cette époque. Le décor nous  révèle l'exiguité des appartements communautaires, les conversations entre les personnages nous renvoient sans cesse la peur du goulag pour un mot de trop. 

Et si vous êtes vraiment trop loin d'Avignon, sachez que la pièce sera diffusée sur Arte le 10 juillet. Une tournée est ensuite prévue avec 70 représentations à travers la France (Lyon, Bobigny, Sénart, Chambéry,...) au cours de la saison 2011-2012. Vous n'avez donc plus aucune excuse : passer à côté serait vraiment y mettre de la mauvaise volonté !