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11 juillet 2011

Tout ce que je n'ai pas encore eu le temps de voir dans le Off

Après avoir vu cinq pièces en une semaine (trois dans le In, deux dans le Off), voici venu le temps de faire un petit break de quelques jours ... pour replonger au plus vite dans le festival.

J'ai déjà repéré plusieurs pièces : l'hommage de Jean-Claude Dreyfus à Devos (Au chien qui fume), celui de Caubère à Benedetto (Urgent crier ! au Théâtre des Carmes), les Eclats de vie de Jacques Weber au Chêne noir mais aussi Le Pacte des fous, Cours des notaires, et Dorian Gray au Théâtre Buffon. Seul hic, plusieurs de ces pièces sont à la même heure ... il va donc falloir faire un choix, ou sacrifier plusieurs journées de plage !

Je vous raconte tout cela d'ici la fin de la semaine.
D'ici là, n'hésitez pas à laisser en commentaire ce que vous avez vu, aimé ou détesté.

09 juillet 2011

Festival d'Avignon : "Vous plaisantez, Monsieur Tanner" au Cabestan

"Les gens du bâtiment sous tous fous,
il faut le savoir, vraiment tous fous !"

J'avais adoré le livre de Jean-Paul Dubois, m'était marrée devant le film alors je n'ai pas résisté à l'envie d'aller voir la pièce, adaptée et mise en scène par David Teysseyre.

Qui a un jour eu à réaliser quelques petits travaux chez lui, sait quel stress et quelle folle aventure c'est. Alors, quand comme Monsieur Tanner on a une énorme et vieille bâtisse à retaper entièrement, le cauchemar commence ...

vous plaisanter monsieur tanner,cabestan,avignon,david teysseyre,jean-paul dubois,roch-antoine albaladejoPour cette adaptation, Roch-Antoine Albaladéjo est seul en scène, campant Monsieur Tanner mais aussi tous les autres personnages, ouvriers se succédant sur le chantier en véritable armée de l'apocalypse.

"Les jours suivants se présentèrent toutes sortes de maîtres d'oeuvre, maquereaux aux spécialisations variées, souvent plus habiles à faire valser les chiffres que la truelle" nous explique Monsieur Tanner, perdu au milieu d'un bric-à-brac de tuyaux, de planches mal fixées et d'interrupteurs pendants au bout de fils électriques.

Les ouvriers se succèdent donc et l'acteur passe avec une facilité déconcertante d'un accent à un autre, modifiant aussi sa gestuelle. C'est à chaque fois un personnage différent que l'on voit sur scène : Sandre et Kantor, les couvreurs incompétents, Siegfried et Roy, les installateurs de panneaux solaires gay ... Et nous on rit franchement !

Le décor est savamment utilisé - la pomme de douche devient téléphone (avec ou sans fil en démontant le flexible !) - et les éclairages soignés (une multiplicité de combinaison dans un espace réduit).

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Un regret toutefois : avec un seul comédien en scène, on perd l'effet comique de la réaction de Monsieur Tanner face à ces huluberlus (dans le film, la mine perplexe ou désabusée de Jean-Paul Rouve renforçait le côté hilarant de la situation).

"Vous plaisantez, Monsieur Tanner" de David Teysseyre, avec Roch-Antoine Albaladéjo. Au théâtre du Cabestan à Avignon, jusqu'au 31 juillet. Réservations au 04 90 86 11 74

Festival d'Avignon : Arthur Nauzyciel et "Jan Karski (Mon nom est une fiction)"

"Cela ébranlera peut-être
la conscience du monde"

Je ne vais pas tourner autour du pot et attendre le 4eme paragraphe de ce billet pour vous dire que j'ai été fort déçue par ce spectacle. Contrairement à mon credo habituel (je ne parle que de ce que j'ai aimé), je m'exprime tout de même sur cette pièce pour vous expliquer pourquoi ma déception est si grande.

D'abord, il y a dans le sujet initial, une formidable histoire à raconter : Jan Karski était un résistant polonais qui, ayant eu connaissance de ce qui se passait dans le ghetto de Varsovie et dans les camps de concentration, tenta de convaincre l'occident, dès 1942, de la réalité du génocide. Mais ce fut en vain : ni les Britanniques ni les Américains ne prirent, à ce moment-là, la mesure de ce qui se passait là-bas ...

Le texte ensuite, tiré du roman de Yannick Haenel, est magnifique, bouleversant. Mais alors, me direz-vous, qu'est ce qui cloche dans cette pièce ? La forme.

La pièce reprend le même découpage que le roman de Yannick Haenel : trois parties. La première est la description du récit que Jan Karski fit devant la caméra de Claude Lanzmann dans Shoah. C'est Arthur Nauzyciel lui-même qui nous relate cette interview. La seconde, un résumé du livre écrit par Jan Karski - où il relate à peu près les évènements de la même manière - est présentée sous forme d'une vidéo sur laquelle défile une carte du ghetto de Varsovie tandis que résonne la voix de Marthe Keller dans les hauts-parleurs. La troisième partie enfin, où Jan Karski (interprêté par Laurent Poitrenaux) apparaît. Il est seul, dans un corridor qui pourrait être celui d'une salle de concert (on entend de la musique et des applaudissements au loin). Un grand espace magnifique, tout en courbe. Jan Karski, tel un procureur, plein d'exaltation, nous raconte ses terreurs nocturnes, son indignation face à l'immobilisme des alliés, ses difficultés pour vivre normalement après cela ...

Pour être très concrête, cela nous donne un monologue de trois quarts d'heure d'Arthur Nauzyciel (jusque là, tout va bien, je suis restée suspendue à ses lèvres) se concluant par un numéro de claquettes (oui, oui des claquettes !) ; suivi d'une demi-heure de vidéo faisant vraiment très mal aux yeux, avec commentaire enregistré (pour moi, le théâtre c'est du spectacle VIVANT donc là, j'ai commencé à me sentir un peu flouée) et enfin le monologue de Laurent Poitrenaux poignant certes, mais durant 1h30 !!! Puis, en guise de final, l'arrivée d'une danseuse (Alexandra Gilbert), poupée desarticulée aux spasmes d'agonie (techniquement impressionnant). Deux heures quarante au total (alors que le programme annonçait deux heures).

Je pose donc la question : à qui s'adresse un tel spectacle ? Que celui qui peut me jurer qu'il n'a décroché à aucun moment lève la main ! J'ai perdu le fil à plusieurs reprises, contemplé mes voisins : autour de moi, beaucoup de personnes se sont assoupies voire carrément endormies. Un beau gâchis à mon sens : car le récit de Jan Karski, en étant plus condensé, n'aurait eu que plus de force je crois ! Il y avait là de quoi faire un magnifique spectacle grand public (mais je suis peut-être en train de dire un gros mot !) Les applaudissements furent cependant nourris, certains crièrent même "Bravo". Moi je suis restée dubitative : est-ce que je ne comprends rien au théâtre ou bien est-ce du "chiqué" que de crier au génie devant un tel spectacle ?