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09 février 2011

Dan Jemmett et "La comédie des erreurs" de Shakespeare

"Voulez-vous entrer pour voir leur fête ?"

C'est quoi ce décor ? On se croirait dans une fête de village, en plein air, un soir d'été. Un parquet de danse, deux tireuses de bière de part et d'autre. Rien ne manque, pas même les cabines en plastiques des WC mobiles. Pourtant, c'est bien un Shakespeare que je suis venue voir jouer. La comédie des erreurs, dans une mise en scène de Dan Jemmett, au théâtre des Bouffes du Nord.

Passer cette première surprise, je me laisse totalement entraîner. L'histoire est simple mais elle ouvre la porte à tous les quiproquos : un couple de bourgeois donne naissance à des jumeaux. Dans un même temps, ils adoptent deux jumeaux de condition modeste. L'idée : que chacun de leurs fils ait son valet. Mais les binômes ainsi constitués vont être séparés, peu de temps après leur naissance, par un naufrage. Un maître et son valet grandissent à Syracuse, les deux autres à Ephèse. Et les embrouilles commencent lorsque les deux premiers, devenus adultes, partent pour la cité où vivent les deux autres (vous suivez toujours ?C'est simple pourtant) Dès lors, on ne sait plus quel maître parle à quel valet. Les maîtres s'appellent tous deux Antipholus, les deux valets Dromio. A  cela vient s'ajouter l'épouse d'un des deux maîtres ... Bref, difficile de savoir où donner de la tête.

Mais nous, public, on suit parfaitement qui est qui. Certes, un seul comédien joue les deux Antipholus (David Ayala) et un seul joue les deux Dromio (Vincent Berger) mais grâce à leur jeu, ce n'est pas la même personne que nous voyons sur scène : pas la même diction, pas la même gestuelle ... On sait donc à tout moment qui vient d'Ephèse et qui de Syracuse et on rit de ce jeu de miroir et de cette confusion. Belle prestation des deux comédiens donc, tout en humour, sans qu'ils ne sortent jamais leurs gros sabots (même les gags les plus lourds m'ont fait rire)

Les WC mobiles même  deviennent un élément crucial de l'intrigue. Véritable portes d'entrée et de sortie de la scène. C'est là que les jumeaux s'échangent en un clin d'oeil et un claquement de porte. Là aussi que les autres comédiens changent de costumes car à trois, ils jouent tous les autres personnages de l'intrigue (Thierry Bosc, Valérie Crouzet et Julie-Anne Roth qui se distingue particulièrement).

De Dan Jemmett, j'avais déjà apprécié la mise en scène de La grande magie et celle des Précieuses ridicules, les deux à la Comédie française. Avec cette version de La comédie des erreurs, on est encore un cran plus haut dans la fantaisie, boule à facette, musique eightie's et danse endiablée entrecoupant les scènes.

C'est une pièce de jeunesse de Shakespeare dit-on ... En tout cas, c'est une pièce qui plaît à la jeunesse (j'ai l'air d'une vieille conne en disant ça, mais bon ...) : dans la salle hier soir, beaucoup de lycéens. Certains se sont mis debout aux moments des applaudissements. Et moi, quand je vois des ados debout pour du Shakespeare, ça me file des frissons. Alors merci pour cela, Mister Jemmett !

Pour les Bouffes du Nord, c'est fini mais vous pouvez encore voir ce spectacle en tournée. Plusieurs dates sont encore prévues pour la saison 2011-2012, notamment les 31 mai, 1 et 2 juin 2012 au Théâtre de Sartrouville.

17 janvier 2011

"Du mariage au divorce" au Théâtre de Marigny (1)

"Ta-ta-ta! ta-ta-ta!" Vous allez clabauder!

Je n'aurais pas dû me laisser convaincre que "quatre heures au théâtre, ça fait un peu trop" ...

On m'exhortait à être raisonnable - il est vrai qu'en matière de théâtre, je suis plus boulimique que raisonnable - alors je me suis résignée à n'aller voir qu'un seul des deux spectacles présentés au théâtre Marigny sous le titre "Du mariage au divorce" (soit quatre pièces en un acte de Feydeau présentées deux à deux).

J'ai bien tenté un timide "Ce ne sera pas rasoir, tu sais ! C'est du Feydeau et en plus c'est Alain Françon qui signe la mise en scène. Tu te rappelles, tu avais adoré "L'hôtel du libre échange" avec Clovis Cornillac". Mais c'était inutile. Il fallait choisir ...

CIMG1416.JPGMon choix c'est donc porté sur la représentation regroupant "Léonie est en avance" et "Mais n'te promène donc pas toute nue"*.

Si le texte de la seconde pièce m'était déjà connu, j'ai découvert avec délectation la première. La Léonie du tître est en avance, donc, pas à un rendez-vous mais pour accoucher. Rien de plus commun ...sauf que, dans la bourgeoisie des années 1910, accoucher huit mois après son mariage, ça fait un peu désordre ! Se mèlent alors la crudité inhérente à un accouchement, la crainte du qu'en dira-t-on et le respect des convenances.
Des convenances vite oubliées, tant cet accouchement met la maison sans dessus-dessous. Les femmes - Léonie, sa mère, la bonne - prennent le pouvoir et les hommes ne savent plus où donner de la tête (à dire vrai, ils la mettent carrément dans le pot de chambre, leur tête).
Et puis au milieu, il y a la sage-femme, interprêtée par Anne Benoit. Une terreur ! Un physique tout en douceur mais un ton d'adjudant-chef devant lequel tous se mettent au garde à vous.

De convenances, il en est aussi question dans la seconde pièce. Une femme de député qui se promène en chemise alors que son mari reçoit des relations professionnelles, cela ne se fait pas ! Mais Monsieur le député à beau expliquer cela  à Madame, rien n'y fait.
Au comble de l'exaspération, et un peu désarmé devant l'ingéniuté de sa moitié (alias Judith Henry), Eric Elmosnino interprête avec beaucoup de comique un Ventroux survolté, au bord de la crise de nerfs, nous faisant ainsi totalement oublier le Gainsbourg du film de Joann Sfar (je l'avoue : je craignais, dans les premières minutes de la pièce, de ne pas parvenir à me détacher de cette image-là en le voyant sur scène).

Deux heures à se tenir les côtes, on en redemande ... et même celui qui en appelait à ma raison a convenu ,en sortant , que "finalement, on aurait dû aller voir les quatre d'un coup !".

 

* L'autre spectacle, regroupant "On purge bébé" et "Feu la mère de Madame", est également mis en scène par Alain Françon et interprété par les mêmes comédiens : Anne Benoit, Philippe Duquesne, Eric Elmosnino, Judith Henry, Julie Pilod, Gilles Privat, Régis Royer et Dominique Valadié.

12 janvier 2011

"20 000 lieues sous les mers" à l'Alhambra

Mobilis in mobile

"20 000 lieues sous les mers" au théâtre, comment est-ce possible ? Le roman de Jules Verne se préterait plutôt à une adaptation cinématographique, façon blockbuster en 3D et son saturé. Le style de film que je fuis, à peine en ai-je aperçu l'affiche ...

Et lorsque l'on découvre que le spectacle en question dure seulement une heure vingt et que la distribution se résume  à deux comédiens, les interrogations deviennent vite de lourdes craintes.

C'est donc un peu sceptique que je me suis installée dans mon fauteuil à l'Alhambra ce soir-là.

IMG00136-20101207-1411.jpg Pourtant, avant même que le spectacle ne débute, le charme opère. Le décor est soigné, la bande son qui nous accueille aussi. On est déjà dans l'atmosphère, prêts à plonger.

Et puis il y a l'accueil, déjà du spectacle ! Au milieu des fauteuils, Antoine Dumont d'Urville (alias Thierry Le Gad) tout nouvel assistant du professeur Aronnax, nous salue individuellement, nous remercie chaleureusement de notre venue et prend le temps de papoter un instant avec nous. Le procédé n'est pas nouveau, mais il fonctionne à chaque fois.

Quand je vous disais que la distribution se limitait à deux comédiens, c'était oublier les figurants : coquillages vides, poissons empaillés, crâne de dinosaure et autres accessoires "interprêtent" les autres personnages avec brio, tels des marionnettes auxquelles le Professeur Aronnax, alias Sydney Bernard, prête voix.

Autre procédé qui me séduit à coup sûr (je suis restée une enfant, je sais !) : les effets spéciaux . En la matière, l'adaptation théâtrale du film "Les 39 marches" - l'année dernière au théâtre La Bruyère - avait fait fort. Course poursuite au sommet d'un train, long périple dans la lande écossaise, atmosphère pluvieuse ... L'ingéniosité était au rendez-vous pour restituer au mieux les scènes du film.

Oui mais là, comment faire ? Une attaque de calamar  géant (ou bien était-ce un poulpe ?), cela doit être surprenant, effrayant, violent ... Et bien tout y est. Je ne vous dirait pas comment car ce serait gâcher votre plaisir de futur spectateur. Mais sachez que vous ne sortirez pas indemnes après l'attaque de ce monstre marin. Décoiffés et mouillés mais probablement hilares aussi ...Et convaincus, comme moi, que finalement adapter Jules Verne au théâtre, en une heure vingt et avec deux comédiens seulement, c'est possible quand on a du talent.

 

"20 000 lieues sous les mers" à l'Alhambra jusqu'à 30 janvier 2011.

 

Note au lecteur : le poisson en photo ci-dessus n'a absolument rien à voir avec ce spectacle. C'est un poisson que j'ai rencontré il y a quelques semaines dans un restaurant parisien. Un peu cabot, il s'est prêté de bonne grâce à une fastidieuse séance photo. Sa patience méritait bien d'être récompensée ...