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06 février 2012

Urbik/Orbik au Théâtre Silvia Monfort : un peu plus que du théâtre

"Bienvenue dans le théâtrographe"

90917_urbik-orbik-joris-mathieu-compagnie-haut-court-paris-15.jpgÉtrange expérience que cette pièce proposée actuellement au Théâtre Silvia Monfort. De quoi s'agit-il ? De nous parler de l'auteur américain Philip K. Dick, à la manière de Philip K. Dick. L'écrivain, qui s'est illustré dans la science fiction et dont beaucoup d'ouvrages ont inspiré le cinéma (Blade Runner, Total Recall, Minority Report), a été fortement marqué par la mort de sa soeur jumelle, alors qu'il n'était qu'un nourrisson. 

La disparition de ce double crée une interrogation récurrente chez Dick : et si tout n'était qu'illusion ? Si, en réalité, des deux jumeaux c'était lui qui était mort ?  Sa vie serait alors juste une fiction ... Une hypothèse qui nourrit ses oeuvres et qui est le point de départ de cette pièce.

Pour construire ce récit, le metteur en scène Joris Mathieu a fait appel à l'écrivain Lorris Murail. Un texte écrit pour être adapté sur scène donc, mais pas sous une forme théâtrale classique. Urbik / Orbik (un titre qui fait référence au roman Ubik de Dick mais aussi à la locution latine Urbi et Orbi) est une création qualifiée de "théâtre optique". 

C'est en cela que l'aventure est vraiment exaltante. Durant une heure, les comédiens évoluent devant nous au milieu d'illusions optiques. On les voient se dédoubler, disparaître, se transformer en hologrammes, être immergés dans des décors vidéo, léviter au milieu du cadre de scène ...

Des voix désincarnées et douces, qui nous bercent et nous hypnotisent. Elles nous content les désillusions d'un monde en péril, menacé par des carences énergétiques. Le froid gagne du terrain. Seule solution pour que la race humaine survive : la création de monde parallèles, les micromondes, dans lesquels les humains pourraient se réfugier. Mais n'est-ce pas là aussi une illusion ?

Au delà de cette intrigue qui satisfera surtout les amateurs de science-fiction (dont je ne suis pas), on appréciera la qualité du texte, la musicalité des mots, choisis avec soin. Et l'on serra aussi scotché par la performance technique, sans vraiment comprendre quel artifice se cache derrière ces effets optiques. Une expérience à tenter absolument !

Urbik/Orbik, à la ville comme à l'univers.  Adaptation, scénographie et mise en scène Joris Mathieu, d’après un roman de Lorris Murail inspiré par l’oeuvre et la vie de Philip K. Dick.
Avec Philippe Chareyron,
Odile Ernoult, Marc Menahem, Marion Talotti  et Vincent Hermano. Musique de Nicolas Thévenet, lumière et scénographie de Nicolas Boudier, création vidéo Loïc Bontems, Siegfried Marque.
Jusqu'au 18 février 2012 au Théâtre Silvia Monfort, Paris 15e. Réservations : 01 56 08 33 46.
Puis en tournée :  le 23 février 2012 au Creusot, le 2 mars 2012 à Thonon, les 8 et 9 mars 012 à Meylan (l'Hexagone), du 19 au 21 mars 2012 à Nantes, du 3 au 5 avril 2012 à la Comédie de Saint-Etienne.

20 janvier 2012

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, François Morel se glisse dans les habits du Bourgeois gentilhomme

"Voilà qui n'est point sot,
et ces gens-là se trémoussent bien."

 

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François Morel dans le rôle de Monsieur Jourdain, Catherine Hiegel à la mise en scène. Je vous avais annoncé cela il y a quelques temps. La pièce se joue depuis la semaine dernière au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Et c'est une réussite. Certaines critiques évoquent une mise en scène un peu plate, j'ai trouvé, au contraire, le tout bien rythmé et enlevé.

Hiegel, ancienne doyen du Français rappelons-le, a opté pour la version intégrale de l'oeuvre, ballet compris. L'ensemble dure donc 3 heures mais on ne s'y ennuie pas un instant. D'abord parce que les moyens sont au rendez-vous : un orchestre de chambre sur scène, en permanence, et des danseurs qui évoluent aux côtés des comédiens. Retour aux origines donc, et mise en valeur, à part égale, de l'oeuvre de Molière et de celle de Lully. Avec en apothéose, la "turquerie" finale, soigneusement chorégraphiée dans un  jeu de lumière des plus élaborés.

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Mais la pièce, il faut être sincère, repose pour beaucoup sur le talent de François Morel. Il campe un Monsieur Jourdain illuminé et doux réveur. On le découvre hypnotisé par la musique et la danse dans la première partie ; on le quitte suspendu au dessus de la scène, Mamamouchi au visage extatique.

Pour le reste, on appréciera plus ou moins les accents précieux conférés à certains personnages (le maitre de danse, le Comte et la Marquise) pour accentuer leur côté snob. Cela m'a beaucoup fait rire mais n'a pas convaincu ceux qui m'accompagnaient.

Le Bourgeois gentilhomme, comédie-ballet de Molière et Jean-Baptiste Lully, mise en scène de Catherine Hiegel. Avec François Morel, Alain Pralon, Marie-Armelle Deguy, Olivier Bioret, Anicet Castel, Stephen Collardelle, Joss Costalat, Eugénie Lefebvre, David Migeot, Emmanuel Noblet, Romain Panassie, Camille Pelicier, Gilian Petrovski, Géraldine Roguez, Frédéric Verschoore, Héloïse Wagner et cinq musiciens. Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, jusqu'au 27 mai 2012. Réservations au 01 42 08 00 32.

19 janvier 2012

Comédie-française : après la grève, la Trilogie de la Villégiature débute enfin

 " Mais on ne touche pas à la villégiature ;
elle doit être aussi digne de nous, aussi luxueuse
et aussi élégante que d’habitude."

Ouf ! Après une semaine d'attente, la première va enfin avoir lieu. Hier soir, c'était la couturière de La Trilogie de la Villégiature de Goldoni, mise en scène d'Alain Françon.

Une couturière à laquelle j'ai pu assister, pour un reportage pour France 3 Ile-de-France que voici (Rédaction : Jean-Noël Mirande, Images : Audrey Natalizi, Son : Stéphane Fouquet, Montage : Sonia Barie)

  

Une belle réussite que cette mise-en-scène. Un spectacle de 4h30 au final (avec deux entractes) mais qui ne nous lasse pas un seul instant. Les trois pièces s'enchainent comme un feuilleton. On suit ainsi l'évolution de ses bourgeois qui s'endettent pour leurs vacances. Le faste doit être partout, dans les robes des dames et sur les tables, quitte à ce que le Retour de la Villégiature soit pénible. Trois épisodes où l'on sent peu à peu le déclin. D'une première partie lumineuse et enjouée, on arrive à un final sombre : les volets sont tirés et les protagonistes, enroulés dans des couvertures, tentent d'échapper aux créanciers. L'enthousiasme des coeurs aussi s'est éteint : difficile retour à la réalité qui conduit à des choix de raison.

Sur scène, les interprètes de la troupe sont à leur meilleur. Georgia Scalliet, Anne Kessler, Laurent Stocker et Guillaume Gallienne constituent le quatuor de tête mais les seconds rôles ne sont pas en reste, tel ce duo amoureux constitué par Danièle Lebrun et Michel Vuillermoz.

On rit beaucoup de ces dialogues subtils mais parfois extrêmement cruels, nous faisant ressentir, derrière la comédie, le drame de cette bourgeoisie qui veut vivre au dessus de ses moyens.

La Trilogie de la villégiature de Carlo Goldoni (texte français de Myriam Tanant), mise en scène d’Alain Françon. Avec Anne Kessler, Éric Ruf, Bruno Raffaelli, Florence Viala, Jérôme Pouly, Laurent Stocker, Guillaume Gallienne, Michel Vuillermoz, Elsa Lepoivre, Hervé Pierre, Adrien Gamba-Gontard, Georgia Scalliet, Adeline d’Hermy, Danièle Lebrun, et les élèves-comédiens de la Comédie-Française : Romain Dutheil, Guillaume Mika, Samuel Roger, Julien Romelard et Floriane Bonanni. Au Théâtre Ephémère de la Comédie-Française jusqu'au 12 mars 2012. Réservations au 0 825 10 1680.

Note : si vous n'aviez pas vu la version proposée en 1978 par Giorgio Strehler, avec, entre autres, Ludmila Mikaël, Catherine Salviat et Pierre Dux, une captation DVD existe, publiée par les Editions Montparnasse.