Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19 février 2012

"Zakouski ou la vie joyeuse" au Théâtre de l'Opprimé

" Oh la la , quelle histoire ! "

Ou plutôt quelles histoires. Car ce Zakouski ou la vie Joyeuse est en réalité une succession de courtes scènes. Une construction à l'image du titre de la pièce : les Zakouski sont en effet des hors d'oeuvres russes présentés en petites portions. Par extension, le mot désigne aussi de brefs articles publiés dans les premières pages des magazines.

Sur la scène, quatre comédiens interprêtent une vingtaine de personnages, la plupart affublée de faux nez et de perruques. Une esthétique que l'on peut qualifier de clownesque. Nous sommes en URSS dans les années 20. Dans un théâtre, une représentation se prépare mais, forcément, tout ne va pas se passer comme prévu. Nous voici successivement dans la rue, dans le tramway, aux bains ... les personnages se croisent, de nouveaux apparaissent.

Autant de courtes scènes se moquant du régime soviétique encore naissant. Une critique qui reste légère et bon enfant tout de même : Mikhaïl Zochtchenko on est loin de la subversion Nicolaï Erdman et de sa pièce Le Suicidé, publiée un peu plus tard il est vrai. D'ailleurs, alors que l'oeuvre de Erdman sera longtemps interdite, celle de Zochtchenko fera de lui une star en Russie.

Mais ce spectacle, qui se veut burlesque, prête finalement plus à sourire qu'à rire. Le comique des situations est inégal et on peut trouver l'ensemble un peu décousu. On perd le fil entre les personnages et on ne comprend parfois pas toutes les situations. Reste un travail d'acteur assez intéressant. Notamment pour les deux comédiennes de cette troupe, Marie Duverger et Olga Sokolov.

Zakouski ou la vie joyeuse, scènes burlesques d’après des récits de Mikhaïl Zochtchenko. Mise en scène de Serge Poncelet, adaptation d'Eric Prigent. Avec Stéphane Albercini, Marie Duverger, Eric Prigent, Olga Sokolov. Du mercredi au samedi à 20h30, en matinée les dimanches à 17h, jusqu'au 4 mars 2012 au Théâtre de l'Opprimé (78 rue du Charolais, Paris 12e). Réservations : 01 43 40 44 44 . 

13 février 2012

Judith Magre : Rose épanouie à la Pépinière théâtre

rose.jpg

"Cette vie,
c'est tout ce qu'on a. "

C'est un rôle qu'on croirait écrit pour elle. Sur la scène de la Pépinière théâtre, Judith Magre est Rose, une vieille dame juive qui, au soir de sa vie, nous raconte les périples qui l'ont conduite de son petit village d'Europe de l'Est à Miami.

Lorsque la pièce s'ouvre, Judith Magre est assise sur un banc en bois. Elle fait Shiv'ah nous explique-t-elle, une tradition juive de recueillement à la mémoire d'un proche récemment décédé. Un acte de deuil qu'elle accomplit pour une enfant, tuée d'une balle. Une petite fille dont on ne découvrira l'identité que plus tard.

Durant une heure trente, la comédienne va nous conter la vie de cette grand-mère, seule en scène. La campagne ukrainienne dans les années 30, Varsovie avant la guerre, le ghetto, la survie dans les égouts durant deux années - une cachette qui permettra à Rose d'échapper aux camps - puis la chimère que fut le voyage de l'Exodus et enfin l'installation aux États-Unis.

Rose est à elle seule un morceau de l'histoire du XXème siècle. Une histoire incarnée par cette vieille dame, un peu indigne il faut bien l'avouer, qui a croqué la vie à pleines dents malgré les drames. Une vieille dame qui nous livre un message : les souffrances du passé ne peuvent en aucun cas légitimer les crimes d'aujourd'hui. Et lorsque l'on découvre pour qui Rose fait Shiv'ah, on est sans voix devant cette grandeur d'âme.

Magistrale, Judith Magre fait de Rose un personnage attachant, sans cesse entre rires et larmes, capable, du haut des années, d'avoir encore l'oeil qui frise en évoquant son premier amant. Un formidable hymne à la vie.

Rose de Martin Sherman (traduction Perrine Moran et Laurent Sillan), mise en scène Thierry Harcourt. Avec Judith Magre. Jusqu'à fin avril, du mardi au samedi à 19h, le dimanche à 15h à la Pépinière Théâtre.
Réservations : 01 42 61 44 16. 

Au Théâtre de l'Ouest Parisien les 29, 30 et 31 mai à 20h30.

10 février 2012

L'Epreuve de Marivaux / Clément Hervieu-Léger / En tournée

 " − Vous m'aimez donc ?
− Ai−je jamais fait autre chose ? "

loïc corbery, audrey bonnet, daniel san pedro, clement hervieu-leger, marivaux, l'epreuveLoic Corbery, Audrey Bonnet et Daniel San Pedro dans "L'Epreuve" © Brigitte Enguerand

Qu'est-ce qui fait qu'une pièce est une réussite ? Sur le papier, c'est simple : il suffit d'un beau texte, de comédiens talentueux et d'une bonne mise-en-scène. Voilà pour la théorie. Dans la pratique, c'est plus compliqué. Il faut aussi qu'il y ait une alchimie avec le spectateur, un ingrédient mystère,  non quantifiable, qui déclenche chez le public des émotions. Qui fait que, dans notre fauteuil, l'on souffre et l'on se réjouit avec les protagonistes, que l'on ressente des papillons dans l'estomac quand ils sont heureux et que des noeuds de stress se forment en nous quand la tension naît sur scène. Parfois - quand cette alchimie est vraiment là - on se surprend à encourager mentalement les personnages pour qu'ils déclarent leur amour, oubliant un instant que le texte a été écrit il y a fort longtemps et que l'on connaît déjà le dénouement.

L'Epreuve de Marivaux, présentée durant quelques soirées seulement au TOP à Boulogne-Billancourt, réussit parfaitement cela.

Une histoire de duperie, comme dans Le jeu de l'amour et du hasard. Il y est aussi question de tester la véracité de l'amour, par delà les intérêts financiers. Mais ici, on n'est plus dans la légèreté du jeu mais dans la douleur. Lucidor, jeune homme riche, est tombé amoureux d'Angélique, la fille du domaine où il est en convalescence. Avant de la demander en mariage, le jeune homme veut être sûr des motivations de la belle et met en place un cruel stratagème. Au comble de la souffrance, elle qui aime simplement, n'imagine pas une seule seconde que l'on puisse recourir à un tel artifice : qui peut avoir assez de cruauté pour agir ainsi ...

Et dans ce face-à-face amoureux, la mise-en-scène de Clément-Hervieu-Léger est parfaite : les silences mesurés nous font  ressentir avec justesse l'émotion ; la proximité des corps des deux comédiens clame l'amour que les mots n'avouent pas. Audrey Bonnet et Loïc Corbery sont merveilleux. Elle est à la fois douce et grave, ses émotions nous bouleversent. Lui, généralement plein de vie et de fougue (je fais soft cette fois ...), campe ici un jeune homme malade qui tient à peine sur ses jambes. Clément Hervieu-Léger va plus loin dans l'interprétation du texte, nous laissant penser que la mort est proche ...

Le reste de la distribution est également irréprochable. Stanley Weber - que le grand public a pu découvrir dans la série télé Borgia diffusée sur Canal + - nous démontre qu'il est aussi talentueux sur les planches que sur le petit écran. Sous les traits de Maître Blaise, fermier au phrasé rustique, il dévoile sa fibre comique. Nada Strancar (Madame Argante), Adeline Chagneau (Lisette) et Daniel San Pedro (Frontin) complètent cette belle équipe.

Laisser le spectateur un peu rêveur, un peu songeur lorsque le rideau tombe : c'est aussi cela une pièce réussie.  Ce soir-là, je suis sortie un peu groggy du théâtre et c'est dans un état second que j'ai marché dans les rues verglacées, anesthésiée non par le froid mais par une douce torpeur. Je ne vous félicite pas Monsieur Hervieu-Léger : c'est à cause de gens comme vous que le théâtre devient une vraie addiction !

L'Epreuve de Marivaux, mise-en-scène de Clément Hervieu-Léger de la Comédie-Française. Avec Audrey Bonnet, Adeline Chagneau, Loïc Corbery de la Comédie-Française, Daniel San Pedro, Nada Strancar et Stanley Weber.