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09 mars 2012

Emmanuelle Béart émouvante dans "Se trouver" de Pirandello au Théâtre de la Colline

 "Seul est vrai qu'il faut se créer, créer !
Et alors seulement on se trouve."

"Une comédienne n'est plus définissable comme femme." Ces quelques mots résument toute la question soulevée par la pièce. Dans Se trouver de Pirandello, actuellement au Théâtre de la Colline, Emmanuelle Béart campe une comédienne à la dérive.

Donata Genzi, l'héroïne,  est une vraie star. Adulée par son public, reconnue par ses pairs, elle s'est oubliée elle-même, perdue dans tous les rôles qu'elle a interprêtés, au point de ne plus savoir ce qu'est la vraie vie.

La pièce a été écrite au début des années 1930 par Luigi Pirandello. Elle est dédiée à Marta Abba, interprête et muse du dramaturge. Créée pour la première fois en France en 1966 par Claude Régy (avec Delphine Seyrig dans le rôle de Donata Genzi), elle a, depuis, rarement été reprise car réputée difficile à jouer. Stanislas Nordey et Emmanuelle Béart s'y sont pourtant lancés. Et avec succés !

Nous sommes dans le hall imposant d'une villa italienne, au bord de la mer. Les personnages, appartenant tous à la haute société, conversent sur l'arrivée d'une nouvelle invitée, Donata Genzi. Tous ont entendu parler d'elle, connaissent les ragots à son sujet, ont une opinion toute faite sur la comédienne (et les comédiennes en général)  mais brûlent de la rencontrer. Lorsque la diva parait, magnifique dans une robe verte - il faut oser - couleur sensée porter la poisse aux comédiens, les questions fusent. Faire face à tous ces gens, s'expliquer, se justifier ... c'en est trop pour la comédienne à bout de forces. Plutôt partir en mer avec Ely l'exalté (Vincent Dissez), fuir, se retrancher avec ce nouvel amant dans son studio d'artiste pendant de longs jours. S'abandonner à lui, vivre l'amour qu'elle a tant de fois jouer sur scène sans l'avoir expérimenté. Mais est-ce cela se trouver ? Vivre dans la vraie vie implique-t-il de renoncer au théâtre ?

Emmanuelle Béart est parfaite dans ce rôle. On regrette sa rareté au théâtre (sept pièces seulement en 25 ans). Le texte est magnifique : chaque phrase résonne comme une question philosophique. Est-on sincère lorsque l'on joue ? Peut-on l'être aussi dans la vie ? Comment passer d'un rôle à l'autre sans se perdre soi-même ? On ressort de cette pièce avec mille questions en tête mais en aimant encore plus le théâtre.

Se trouver de Luigi Pirandello, mise en scène de Stanislas Nordey. Avec Emmanuelle Béart, Claire Ingrid Cottanceau, Michel Demierre, Vincent Dissez, Olivier Dupuy, Raoul Fernandez, Marina Keltchewsky, Frédéric Leidgens, Marine de Missolz, Véronique Nordey, Julien Polet, Laurent Sauvage. Au Théâtre de la Colline, du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30, jusqu'au 14 Avril 2012. Réservations : 01 44 62 52 52.

29 février 2012

Isabelle Carré et Samuel Labarthe nous livrent leurs "Pensées secrêtes" au Théâtre Montparnasse

"Le jour où votre cerveau arrête de fonctionner, tout cela disparaît."

pensées secrêtes,isabelle carré,samuel labarthe,théâtre montparnasse,david lodge,chritophe lidon,gérald sibleyrasPouvoir lire les pensées  d'autrui en observant son cerveau : c'est le rêves des scientifiques. Et c'est aussi le ressort de cette pièce de David Lodge, adaptée par Gérald Sibleyras

Isabelle Carré et Samuel Labarthe interprêtent un duo de professeurs enseignant dans une université britannique. Lui, c'est le scientifique, spécialiste des sciences cognitives, pour qui les émotions ne sont que des branchements dans le cerveau. Elle, écrivain, a une vision plus poétique de la conscience : tout est liée à l'âme. Ajoutez à cela le coté séducteur et sûr de lui de ce Ralf Messenger, là où Helen  Reed n'est que sensibilité et émotion...  

Sur scène, Samuel Labarthe est parfait dans ce rôle de  quinquagénaire dragueur face à une Isabelle Carré , toute en fragilité et douceur pour incarner cette jeune veuve inconsolable. Barbe de trois jours, cheveux coiffés en arrière, il insuffle au personnage une confiance en lui qui frise la suffisance.  Elle, larme au coin de l'oeil, semble une proie bien facile. Et ce Ralf Messenger est par moment une vraie tête à claques ! Spécialiste de la conscience, il n'en a aucune : c'est un prédateur qui n'hésite pas à faire inviter par son épouse la femme qu'il convoite. Mais c'est aussi un scientifique brillant et, si ces propos heurtent la romantique Helen Reed, elle continue à chercher sa compagnie tant sa conversation lui plaît.

Un dialogue subtilement mené, par des conversations directes mais aussi par des monologues dans lesquels les deux protagonistes livrent au public leurs "pensées secrêtes", elle en les couchant par écrit sur son ordinateur, lui par l'intermédiaire d'un dictaphone sur lequel il enregistre tout ce qui lui passe par la tête dans le cadre d'une expérience scientifique (et quand je dis "tout ce qui lui passe par la tête", c'est à prendre au sens littéral, associations d'idées graveleuses comprises).

La scénographie est habile : un seul décor pour représenter tous les lieux et un recours, modéré, à la vidéo. 

Christophe Lidon met ainsi en valeur le grand talent des deux comédiens et nous fait sourire sans tomber dans les clichés de la comédie romantique. Vous vous en doutez, la blanche colombe finira par se faire croquer. Mais l'essentiel n'est pas là. Ce que l'on retiendra, c'est le débat animé entre ces deux esprits, même si parfois on tombe un peu dans le discours universitaire.

Pensées secrêtes de David LODGE (Adaptation de Gérald SIBLEYRAS), mis en scène par Christophe LIDON. Avec Isabelle CARRÉ et Samuel LABARTHE. Au Théâtre Montparnasse, du mardi au samedi à 20h30, matinée le samedi à 17h30. Réservations : 01 43 22 77 74   

24 février 2012

"Il faut je ne veux pas" : un petit bijou magnifiquement orchestré par Besset au Théâtre de l'Oeuvre

" Dites-moi un peu,
vous qui avez le sens commun,
qu’est-ce que signifie cette chose-là :
faire la cour à une femme ? "

il faut je ne veux as,il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée,alfred de musset,je ne veux pas me marier,jean-marie besset,théâtre de l'oeuvre,blanche leleu,chloé olivères et adrien melinIl faut je ne veux pas : derrière ce titre se cachent en réalité deux pièces. La première, Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée, a été écrite par Alfred de Musset en 1845. Une pièce assez peu jouée aujourd'hui dont on découvre, avec un grand plaisir, la beauté du texte dans la bouche des comédiens. La seconde, Je ne veux pas me marier, est plus récente (2008) et signée du metteur en scène de ce spectacle, Jean-Marie Besset.

Présentée l'une après l'autre, ces deux pièces deviennent une  oeuvre à part entière tant elles se répondent et se complètent. Ce que nous montre Besset dans cet assemblage c'est que, par delà les siècles, le face à face amoureux n'a guère changé. "Vieux refrain, orchestration nouvelle" résume l'auteur et metteur en scène. "D'où vient cette science qu'ont les femmes pour réformer les hommes qui les aiment ? Les adapter constamment à leurs besoins, à leurs désirs ? Renouveler le lien du couple ?"

Une marquise corsetée qui malmène son prétendant en rejetant les formules d'amour toutes faites et refusant qu'on lui fasse la cour. Une future mariée, perdue au milieu des cartons de table à la veille de ses noces, qui  doute et remet tout en cause, au désespoir de son promis. L'une est blonde (Blanche Leleu), l'autre brune (Chloé Olivères) mais ces deux trentenaires  se ressemblent tant,  toute deux en quête d'absolu et rejètant la facilité de certaines relations amoureuses. Face à elles, le même amoureux (Adrien Melin) un peu désarmé, le chapeau haut de forme ou le manteau à la main, ne sachant jamais s'il doit partir ou rester, s'il faut croire ces mots si durs ou s'il faut comprendre le contraire ...

Les trois comédiens sont brillants (Adrien Melin est cependant légèrement meilleur dans le rôle contemporain que chez Musset) et la mise en scène vraiment, vraiment réussie. On appréciera le passage d'une histoire à l'autre: comme dans un déménagement, la maîtresse de maison indique quels objets emporter et laisse place à la nouvelle occupante des lieux qui fait installer ses effets.

Outre cette jolie mise en scène, Jean-Marie Besset réussit à mettre en musique son propre texte, face  aux mots de Musset, si beaux. Il nous livre un décryptage parfait du couple sans jamais tomber dans le théâtre de boulevard et les jeux de mots vaseux. Une finesse qui fait mouche : on rit beaucoup, on se reconnaît souvent, surtout lorsque l'on est soi-même une fille de trente ans (avouons-le, tout aussi prise de tête que les deux héroïnes).

Il faut je ne veux pas d'Alfred de Musset et Jean-Marie Besset, mise en scène de Jean-Marie Besset. Avec Blanche Leleu, Chloé Olivères et Adrien Melin. Au Théâtre de l'Oeuvre, Du mardi au samedi à 21h00, en matinée le samedi à 18h30 et le dimanche à 15h30. Réservations : 01 44 53 88 88