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19 mars 2012

Surprenante "Erzuli Dahomey, déesse de l'amour" à la Comédie-Française

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Un de mes collègues de travail m'a avoué récemment ne pas vouloir aller à la Comédie-Française car, pour lui, on n'y présente que "des spectacles poussiéreux". Autant vous dire que ses propos m'ont faite bondir, parce que totalement faux. Quelle meilleure preuve que cette Erzuli Dahomey, déesse de l'amour ?

Une pièce écrite en 2008 (pas le temps de s'être empoussiérée donc) par Jean-René Lemoine et sélectionnée par le bureau des lecteurs en 2010. C'est Eric Génovèse, sociétaire de la maison de Molière, qui en signe la mise en scène aujourd'hui au Vieux-Colombier (notons qu'il ne s'agit pas d'une entrée au répertoire puisque, pour cela, c'est salle Richelieu que la pièce doit être jouée).

C'est un spectacle décoiffant, voire même déconcertant. L'histoire : Victoire Maison (Claude Mathieu) est une grande bourgeoise qui vit en province, entourée de sa bonne Fanta (Nicole Dogué), ses deux jumeaux Frantz et Sissi (Pierre Niney et Françoise Gillard) et le précepteur des deux adolescents, le Père Denis (Serge Bagdassarian). Une vie ronronnante troublée par l'annonce de la mort du fils ainé, Tristan, au Mexique ; annonce un peu eclipsée par le décés de lady Di qui affecte beaucoup plus la bonne et les jumeaux. Un autre événement vient pousser le chamboulement de cette famille à son comble : l'arrivée impromptue de  Félicité Ndiogomaye Thiongane (Bakary Sangaré). Arrivée du Sénégal, elle débarque, en plein repas, dans son boubou bleu, pour réclamer le corps de son fils West (Nâzim Boudjenah), enterré à la place de Tristan. West ne serait-il pas le fantôme qui hante la famille depuis peu ? 

Les acteurs sont tous très bons, notamment Claude Mathieu , géniale dans le rôle de cette grande bourgeoise frustrée , et Nicole Dogué dans celui de la bonne antillaise bientôt possédée par une déesse vaudou (d'où le titre) ; Françoise Gillard et Pierre Niney jouent, dans la complicité, des jumeaux incestueux avec, en prime, un très beau numéro de danse.

Regrettons cependant que la scénographie use et abuse des entrées et sorties de personnages par les trappes  et que le recours à des accords musicaux entre les scènes soit systématique (un peu saoûlant à force !)

Au delà de nombreuses scènes plus que cocasses, il ne s'agit pas vraiment d'une comédie : l'issue reste dramatique et la pièce est une vraie réflexion sur le choc des cultures, l'esclavage, la condition des noirs. Le  spectacle présente cependant des longueurs (2h35 avec entracte) et même si certaines scènes sont de vraies pépites, l'ensemble est décousu. Dommage !

Erzuli Dahomey, déesse de l’amour de Jean-René Lemoine, mise en scène d’Éric Génovèse. Avec Claude Mathieu, Françoise Gillard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nâzim Boudjenah, Pierre Niney et Nicole Dogué, Djibril Pavadé. A la Comédie-Française, Théâtre du Vieux Colombier, jusqu'au 15 avril 2012. Réservations : 01 44 39 87 00/01.

14 mars 2012

Cantona et son "Ubu enchainé" débarquent au Théâtre de l'Athénée

A partir de vendredi 16 mars, Eric Cantona sera sur la scène du Théâtre de l'Athénée pour interprêter Ubu enchainé d'Alfred Jarry (mise en scène Dan Jemmett).

Je vous ai déjà parlé de ce spectacle  (vu à l'automne dernier à Sénart), plus que décevant. Un avis que vous êtes plusieurs à partager, à lire les commentaires laissés sur le blog.

(Re)lire le billet sur la pièce. 

Et si, toutefois, vous décidiez d'aller en juger par vous même à l'Athénée, n'hésitez pas à nous donner votre avis.

13 mars 2012

"La meilleure part des hommes" au Théâtre de la Tempête : mon coup de coeur en ce début d'année.

"Je ne sais pas comment ils ont été heureux, c'est précisément le genre de choses privées qui ne sont plus ce qu'elles sont quand on les voit de dehors..."

C'est un formidable travail d'adaptation et d'interprétation que nous propose Pauline Bureau et ses comédiens sur la scène du théâtre de la Tempête. La jeune metteuse en scène livre une version théâtrale de La meilleure part des hommes, roman de l'écrivain Tristan Garcia et gros succés de l'année 2008. 2h20 de pur délice où sont condensées les 300 pages de l'oeuvre.

L'histoire, c'est celle de quatre personnages que l'on suit de 1981 à 2007. Au travers de leur  vie, leurs amours, leurs trahisons, c'est aussi l'histoire d'une époque qui se dessine. Une époque marquée par l'épidémie du Sida. Valentine (Marie Nicolle) est une jeune journaliste. A ses côtés, trois hommes : il y a William Miller, son ami (Thibaut Corrion), Dominique Rossi alias Doumé (Régis Laroche), son collègue de travail à Libération, et Jean-Michel Leibovitz (Zbigniew Horoks), son ancien prof, devenu son amant.

Entre Willie et Doumé nait une histoire d'amour qui devient vite une histoire de haine : les deux hommes prennent  des directions  opposées. William Miller devient un écrivain provoc' prônant le refus du préservatif. Dominique Rossi, lui, se lance dans le militantisme et crée l'association  de prévention Stand up. Dans le roman, Tristan Garcia s'est inspiré de l'écrivain Guillaume Dustan pour créer le personnage de Willie. Le risque, lors du passage à la scène, était de tombé dans l'imitation. Un écueil que Pauline Bureau a su parfaitement éviter. Thibaut Corrion incarne un Willie provocateur et tête à claques certes, mais parvenant à déclencher chez nous de l'empathie. La rebellion de cet écorché vif peut même susciter une certaine tendresse tant on sent le mal-être percer sous une fausse confiance en soi. Marie Nicolle est elle aussi très émouvante dans le rôle de Valentine.

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Valentine (Marie Nicolle) - Photo Antonia Bozzi

Aux côtés de ces quatre personnages principaux, une multitude de personnages secondaires campés par les cinq autres comédiens. Parmi eux, Jean-Philippe Bardotti, conseiller ANPE de William Miller, est hilarant. C'est le comédien Nicolas Chupin qui l'interprête. Nicolas Chupin qui  se glisse aussi dans le costume d'un animateur télé caricatural, façon Ardisson.

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William Miller (Thibaut Corrion) face à son conseiller ANPE (Nicolas Chupin) - Photo Antonia Bozzi

La scénographie mèle habillement les deux niveaux du récit: sur le plateau, les courtes scènes s'enchainent - tantôt à cour, tantôt à jardin, parfois même en hauteur - comme des épisodes. Des images de l'époque projetées sur écran géant agissent comme un sablier mais nous aident aussi à recontextualiser le récit.

La musique est elle aussi utilisée fort à propos. Derrière l'écran géant, par transparence, on voit apparaitre un guitariste et une batterie. Les morceaux émaillent le récit. En ouverture, Like a virgin chanté par l'ensemble des comédiens, nous aide à planter le décor, à mieux saisir l'époque.

On s'attache vraiment à ses quatre personnage. La pièce est bouleversante : le monologue final de Valentine évoquant les fantômes qui vivent à nos côtés m'a laissée en larmes. Car , au delà de ces histoires d'amours et de haines, il est avant tout question d'amitié et de fidélité. Et ce discours-là trouve forcément un écho en chacun de nous.

La meilleure part des hommes d'après le roman de Tristan Garcia, adaptation et mise en scène Pauline Bureau. Avec Yann Burlot, Nicolas Chupin, Thibaut Corrion, Zbigniew Horoks, Vincent Hulot, Régis Laroche, Marie Nicolle, Anthony Roullier et Adrien De Van. Au Théâtre de la Tempête, jusqu'au 7 avril 2012. Réservations : 01 43 28 36 36.
Puis du 10 au 13 avril à Amiens (Comédie de Picardie), du 17 au 19 avril 2012 à Chalon-sur-Saône et le 10 mai 2012 à la Scène nationale de Petit-Quevilly - Mont-Saint-Aignan.