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06 avril 2012

Au Théâtre Silvia Monfort : Jérôme Thomas et Markus Schmid renovent le cirque avec "ICI"

Ici, theatre silvia monfort, Jérôme Thomas, Markus Schmid, Pierre Bastien, jonglageSpectacle inclassable - tous les critiques sont unanimes sur ce point - Ici, présenté actuellement au Théâtre Silvia Monfort, peu laisser perplexe. Spectacle muet, mais pas silencieux, il met en scène deux artistes : Jérôme Thomas, jongleur, et Markus Schmid, mime.

Du "cirque" ? Oui mais sous sa forme la plus moderne : trois séquences qui s'enchainent et dans lesquelles les deux protagonistes développent prouesse physique et visuelle.

Dans le premier tableau, Thomas et Schmid nous livrent un face à face entre deux personnages caparaçonnés et dotés de faux nez. Assis face à face, les deux "clowns" manipulent une mystérieuse substance visqueuse avant de se lancer dans un nettoyage frénétique de fourchettes. J'avoue, je suis restée assez hermétique à la poésie de ces fourchettes, même quand il s'agit de les faire crisser sur la table en inox.

Plus intéressants, les deux tableaux suivants mettent également en scène les machines sonores de Pierre Bastien. Serpents de papier propageant une onde imaginaire qui gagne peu à peu le corps des deux interprètes - les deux artistes sont alors pris de spasmes et tremblements de plus en plus forts  (mais comment font-ils pour soutenir si longtemps cet effort physique ?)- orgues de papier ou mécanoïde, sorte de construction en mécano projetant sa silhouette sur le mur de scène tandis que les deux compères déploient d'immenses cellophanes ou jonglent avec des feuilles de papier.

On admire la technique, l'implication physique. Pour autant, je ne suis pas vraiment parvenue à entrer dans cette univers. La symbolique - l'enfermement - est restée pour moi également insaisissable tout au long de la petite heure que dure ce spectacle. Pour autant, beaucoup de personnes dans la salle ont visiblement apprécié.

Ici, un projet de Jérôme Thomas, Markus Schmid, Pierre Bastien. Avec Jérôme Thomas et Markus Schmid. Au Théâtre Silvia Monfort, jusqu'au 14 avril. Réservations : 01 56 08 33 88.

29 mars 2012

Au Théâtre de la Tempête, "Les Papotins" : un spectacle plein de poésie pour voir le monde autrement.

"Le champ de vision humain
comporte des failles."

Un papier avec une croix au milieu. De chaque côté de la croix, un point. Si vous fermez un oeil et fixez intensément cette croix, en  plaçant la feuille à une trentaine de centimètres de votre visage, un des deux points disparaît (si ça ne marche pas, avancez ou reculez le papier). Une expérience qui n'a rien de magique : cette disparition est liée à une zone aveugle de notre oeil appelée "tache de Mariotte", du nom du savant qui l'a mise en évidence. Lorsque les deux yeux sont ouverts, chacun compense la zone aveugle de l'autre et nous ne nous apercevons pas de cette lacune.

Voir le monde autrement : c'est un peu le but du spectacle que propose en ce moment le Théâtre de la Tempête. Les papotins ou la tache de Mariotte nous emmène dans l'univers de jeunes adultes "atypiques". C'est comme ça qu'ils se décrivent eux-mêmes, réfutant le terme "autistes". Depuis 20 ans, le journal Le Papotin est leur moyen d'expression. Aujourd'hui, leurs écrits prennent vie sur scène, leurs bons mots prennent voix au travers de comédiens.

 

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Photo : Antonia Bozzi

Sur scène, ils sont quatre. Il y a Arnaud (Philippe Frécon), capable de vous préciser dans quel sens s'ouvre le capot de n'importe quelle voiture, Carole (Silvia Cordonnier) qui voudrait faire un film regroupant tous les contes de fée en une seule histoire, Thomas (Philippe Richard), génie des maths qui vous démontre à quel point il est facile de calculer le carré d'un nombre à trois chiffres, et Nathanael (Christian Mazzuchini), le théoricien, qui classe par catégorie à peu près tout ce qui nous entoure (y compris les différentes formes d'attachement, de l'affection à la passion). Leurs raisonnements surprennent,  dérangent parfois mais un bon sens désarmant pointe souvent derrière ces discours décalés. A laisser sans voix les politiciens qu'ils ont rencontré et dont les interviews sont reconstituées ici.

Rappelons-le : sur scène, ce ne sont pas les vrais jeunes auteurs du Papotin mais des acteurs qui les incarnent. Et c'est là le tour de force de l'adaptation et la mise en scène de Eric Petitjean. Quatre acteurs formidables qui rentrent vraiment dans la peau de personnages pas faciles à incarner. Le spectacle est découpé en six journées. A chaque fois, le rituel d'arrivée est le même: chacun a ses tics, ses mimiques, ses gestes inattendus. Nathanael, les mains sur les hanches nous scrute avec angoisse et méfiance. Une posture qu'il conserve lorsqu'il nous déclame à toute vitesse ses théories. Les comédiens nous interpellent comme le feraient les personnages qu'ils incarnent : un peu abruptement, jamais méchament. "Comment tu t'appelles ? Est-ce que tu aimes qu'on te chatouille les pieds ?"

Le spectacle nous fait sourire de bout en bout  mais  nous fait aussi réfléchir aussi sur le regard que l'on aurait porté sur Carole, Thomas, Nathanael et Arnaud si on les avait croisé dans la vraie vie, dans le bus, le métro ou dans la rue : aurions-nous eu autant de bienveillance à leur égard ? Probablement pas. Une question de regard porté sur le monde : une tache de Mariotte que le deuxième oeil ne compense pas en somme ...

Les papotins ou la tache de Mariotte d'après le journal Le Papotin, mise en scène Eric Petitjean. Avec Silvia Cordonnier, Philippe Frécon, Christian Mazzuchini et Philippe Richard. Au Théâtre de la Tempête (salle Copi) du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30, jusqu'au 7 avril 2012. Réservations : 01 43 28 36 36. 

22 mars 2012

"L'Eden Cinéma" de Marguerite Duras (m.e.s Jeanne Champagne) repris au Théâtre de la Tempête

"C'est là que nous avons été jeunes,
que la mère a vécu son espoir le plus grand"

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Reprise au Théâtre de la Tempête  du 25 janvier au 24 février 2013

Révélée en 1950 par Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras écrit elle-même, 27 ans plus tard, l'adaptation théâtrale de son roman sous le titre de L'Eden Cinéma (création au Théâtre d'Orsay avec la Compagnie Renaud-Barrault).

Après Malakoff et Tours, la pièce, mise en scène par Jeanne Champagne, est reprise au Théâtre de la Tempête.

C'est sur les bords du Pacifique que se déroule l'intrigue. En Indochine plus précisément.  Suzanne et Joseph nous racontent comment leur mère - "La Mère", comme ils l'appellent - ancienne institutrice, a dépensé toutes ses économies pour acheter des terres impropres à la culture, car inondées à chaque grande marée, conduisant sa famille à la ruine. 

"La Mère", c'est Tania Torrens. La comédienne, qui fut sociétaire de la Comédie-Française, parvient à nous glacer le sang dans ce personnage au bord de la folie. Dans son entêtement à vaincre l'océan, à gagner face à l'administration qui l'a dupée, elle perd toute fibre maternelle et utilise sa fille comme moyen de subsistance.  Mais la comédienne peut aussi être poignante, comme dans la scène où elle récite la lettre envoyée aux services attribuant les concessions.

Dans le rôle de Suzanne, Agathe Molière maitrise parfaitement l'art du minaudage, petite fille éblouie par les richesses que peut lui offrir Monsieur Jo alias Fabrice Bénard (photo ci-dessous).

 

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Jeanne Champagne réussit parfaitement à recréer l'atmosphère coloniale des années 30. La scénographie est particulièrement réussie. Sur le plateau, entièrement recouverte de sable, les personnages semblent évoluer dans un paradis perdu. La lumière, très belle, est celle d'un soir d'été, réminiscence d'un monde sur le déclin. Beau voyage, dans le temps et dans l'espace, que cet Eden Cinéma.

L'Eden Cinéma de Marguerite Duras, mise en scène Jeanne Champagne. Avec Sébastien Accart, Fabrice Bénard, Agathe Molière, Tania Torrens et Sylvain Thirolle. Au Théâtre 71 à Malakoff, jusqu'au samedi 24 mars 2012 (mercredi et jeudi à 19h30, vendredi et samedi à 20h30). Réservations : 01 55 48 91 00.
Puis à Tours, au Nouvel Olympia, Centre dramatique Régional les 3 et 4 avril 2012.

Au Théâtre de la Tempête (Cartoucherie de Vincennes), du 25 janvier au 24 février 2013.
Réservations au 01 43 28 36 36